Quatre fois moins de millionnaires dans la région

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte quatre fois moins de millionnaires, en... (Photo 123RF)

Agrandir

Photo 123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte quatre fois moins de millionnaires, en proportion, que dans le reste de la province.

C'est ce que révèlent les données obtenues par Le Progrès-Dimanche auprès du ministère du Revenu du Québec. En 2015, 21 personnes ont déclaré des revenus de plus de 1 M$ dans la région, et 3200 au total ont fait de même dans la province.

Ce sont donc 0,04% des particuliers de la province qui ont déclaré de tels revenus, avant impôts, à la ligne 199 de leur déclaration de revenus, comparativement à 0,01% au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce constat, qui vaut pour l'année 2015, demeure aussi valable pour les années précédentes.

À titre indicatif, à Québec, on comptait 182 millionnaires pour la même année, pouvait-on lire récemment dans Le Soleil. Des articles réalisés dans les dernières années par d'autres médias montrent d'ailleurs sans étonnement que le nombre de millionnaires est concentré à Québec et à Montréal.

De 2006 à 2015, le nombre de millionnaires a augmenté d'un peu plus de 30% dans la région, tandis qu'il a augmenté de 22% à travers le Québec.

Dans la région, au courant des 10 dernières années fiscales, le plus petit nombre de millionnaires a été de 11, en 2008, un chiffre que l'on peut associer à la crise financière mondiale. Le nombre le plus haut de particuliers millionnaires, 26, a été atteint en 2011. Il est cependant difficile d'expliquer les variations d'une année à l'autre, étant donné le faible nombre de millionnaires. Les données peuvent être rapidement affectées par un ou deux déménagements, par exemple.

Il est impossible, pour des raisons de confidentialité évidentes, d'obtenir des renseignements sur la provenance de ces revenus et les secteurs d'activités de ces particuliers.

L'année 2006 était dernière période fiscale à laquelle il était possible de remonter pour la région. Dans le cas de données trop faibles, ce qui pouvait être le cas pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, les données ne peuvent être fournies, pour éviter les risques d'identification des particuliers, nous a-t-on mentionné, au ministère du Revenu.

Des transferts d'entreprise

La ligne 199 de la déclaration de revenus inclut les revenus en gain de capital, et donc les profits réalisés par exemple lors de la vente d'une entreprise.«Pour une personne qui vend son entreprise et qui réalise un profit de 1 M$, ça paraît dans ses revenus, mais seulement pour un an, explique le professeur en comptabilité de gestion à l'Université du Québec à Chicoutimi, Ralph Doyle. Et on observe beaucoup de transferts d'entreprises dans les dernières années.»

Comme Carl Côté, président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord, il identifie aussi l'absence de sièges sociaux et l'utilisation de stratégies fiscales pour analyser les données régionales.

«Il est cependant difficile de comparer notre région, car ce n'est pas la même dynamique du tout qu'à Montréal, par exemple», a-t-il précisé.

La concentration de familles bien nanties dans les grands centres, des artistes et des joueurs de hockey, par exemple, ou encore la plus grande taille des entreprises et les revenus de placement plus élevés sont selon lui des éléments qui peuvent expliquer la disproportion entre des régions comme la nôtre et Montréal ou Québec.

Carl Côté, président de la Chambre de commerce... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 3.0

Agrandir

Carl Côté, président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

À cause du contexte économique difficile

Le réinvestissement des revenus des entrepreneurs dans l'économie, le contexte économique régional difficile et l'exode des capitaux régionaux sont les principales raisons qui expliquent que la région compte en proportion quatre fois moins de millionnaires, selon le président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord.

Carl Côté, nouveau président de l'organisation, a souligné d'entrée de jeu que les données n'incluent pas les entrepreneurs potentiellement millionnaires qui réinvestissent leurs revenus dans l'économie régionale.

«Dans la région, nous n'avons pas de grands sièges sociaux comme à Montréal, et donc pas les salaires importants qui accompagnent les postes de président de conseil d'administration ou de président-directeur général qui vont avec. Les entrepreneurs de PME vont se déclarer un salaire, mais souvent vont en prendre une partie pour le réinvestir dans une société de gestion», a-t-il expliqué, à l'occasion d'un entretien avec Le Progrès-Dimanche.

Ces sociétés de gestion permettent aux entrepreneurs d'investir, par exemple, dans l'immobilier, ou de mettre leurs avoirs en commun avec d'autres entrepreneurs pour soutenir un projet.

La ligne 199 de la déclaration de revenus inclut principalement les revenus d'emploi, de dividendes et d'intérêts, ainsi que les gains en capital, a précisé pour sa part Ralph Doyle, professeur en comptabilité de gestion à l'Université du Québec à Chicoutimi. Ces stratégies fiscales permettent de retarder l'imposition sur les revenus, mais certaines ne sont accessibles qu'aux dirigeants d'entreprise.

Notons que selon l'édition 2016 du Portrait économique des régions du Québec publié à l'été 2016 par le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, le salaire moyen d'un entrepreneur, selon les plus récentes données, en 2010, était de 65 500$, dans la région comparativement à près de 72 100$ dans la province.

L'exode des capitaux régionaux

Il n'en demeure pas moins que le contexte économique régional difficile a un impact sur l'écart régional et provincial au chapitre du nombre de millionnaires, estime-t-il.

«Il est extrêmement difficile de sortir des revenus à partir de nos entreprises conventionnelles [...]. Dans le contexte de compétition mondiale, il est plus difficile de dégager des bénéfices», indique-t-il. Les bas prix des métaux et de l'aluminium, ainsi que la crise forestière des dernières années ont ralenti l'économie dans des secteurs qui ont autrefois été synonymes de fortunes pour certains.

M. Côté pointe aussi du doigt l'exode des capitaux régionaux par l'achat d'entreprises régionales ou leur intégration dans de grands groupes dont les sièges sociaux sont situés à l'extérieur de la région. Il cite en exemple les firmes de génie et conseil et la disparition de nombreux dépanneurs indépendants sous des bannières, entre autres.

«C'est aussi de plus en plus difficile pour les entreprises indépendantes de s'en sortir, pour faire face à la compétition. Et dans plusieurs domaines, la mode est au clé en main, et ça incite plusieurs firmes à se regrouper», explique celui qui est aussi directeur général du Groupe conseil Nutshimit-Nippour, une entreprise elle-même issue du regroupement de deux firmes régionales, en 2014.

La solution: la diversification économique

Et la solution à ce constat morose? La diversification, selon le président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord, Carl Côté. «Il faut se diversifier du quasi mono-industriel. On ne peut plus simplement se fier à nos grands donneurs d'ordre. Et ce n'est pas une situation qui est temporaire : même si l'économie se replace, ça va revenir. Il faut s'adapter, le marché change.»

Sur ce plan, bonne nouvelle : Desjardins soulignait dans sa dernière étude économique régionale, datant d'avril, que les initiatives «pour diversifier les sphères d'activités et pour accroître la valeur ajoutée se poursuivent, ce qui supporte l'économie régionale». La production d'aluminium pour l'industrie automobile, l'expansion du tourisme, la deuxième et troisième transformation du bois, ainsi que le développement de l'agriculture nordique sont notamment soulignés.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer