La retraite, un bien grand mot

Le professeur Gérard Bouchard a reçu un hommage... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Le professeur Gérard Bouchard a reçu un hommage par son ami Marc St-Hilaire.

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La retraite est un terme bien large et un peu irréel pour Gérard Bouchard. Le sociologue et historien tirera sa révérence à titre d'enseignant en histoire à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) au terme de la session d'automne, mais l'inactivité ne fait surtout pas partie de ses plans.

Rencontré en marge du 69e Congrès de l'Institut d'histoire de l'Amérique française qui se tient à l'hôtel Le Montagnais de Chicoutimi toute la fin de semaine, l'homme qui aura 73 ans après Noël a jugé bon de passer le flambeau, même si la passion de l'enseignement est toujours bien présente.

«Il y a un moment où l'on se dit que c'est peut-être le temps de tendre la main à des plus jeunes, soutient Gérard Bouchard en entrevue. Il faut se méfier d'un sentiment qu'on peut acquérir en vieillissant, celui de se croire irremplaçable et indispensable. C'est la pire erreur qu'une personne vieillissante peut faire. Il ne faut pas attendre que les étudiants nous envoient le message. Il faut être raisonnable et je crois que c'est le moment.»

M. Bouchard pourra garder un certain contact comme pédagogue en continuant de donner des conférences. Il a aussi demandé le statut d'enseignant émérite à l'UQAC, afin de demeurer associé à l'établissement.

«J'aimais beaucoup l'enseignement et la notion pédagogique avec les jeunes, poursuit celui qui fait partie du corps professoral du département des sciences humaines depuis 1971. Je m'amusais beaucoup dans mes cours. Je ne sais pas si mes étudiants s'amusaient, mais moi j'y prenais beaucoup de plaisir.»

Gérard Bouchard ne devrait toutefois pas s'ennuyer beaucoup dans les prochains mois. En plus d'avoir terminé un écrit sur l'Union européenne il y a peu de temps, il travaille sur un autre projet traitant des mythes nationaux. Une rédaction qui devrait le tenir occupé pendant deux ou trois ans. Il reprendra aussi sa place de chroniqueur à La Presse sur une base bihebdomadaire.

Bien connu pour avoir coprésidé la Commission Bouchard-Taylor en 2007-2008 sur les pratiques d'accommodement et pour avoir été le fondateur du projet BALSAC qu'il a dirigé de 1972 à 2010, Gérard Bouchard est conscient que ces deux projets sont des grands moments de sa vie. Il retient néanmoins les dernières années, qui lui ont permis de se pencher sur une question qui n'était pas d'actualité au début de sa carrière.

«Depuis une quinzaine d'années, j'ai beaucoup travaillé dans le domaine de l'histoire culturelle, de l'étude des mythes et des valeurs qui sont censées porter une société et motiver ses membres, raconte M. Bouchard. Un jeune qui grandit doit se faire une identité, il faut qu'il se fasse une idée de ce qu'il veut faire dans la vie et il faut qu'il acquière des motivations. C'est rarement l'individu qui l'invente lui-même, c'est la société qui lui communique. Ça veut dire que ces valeurs, symboles et traditions doivent rester vivants.»

Selon le professeur, les valeurs qui façonnent la société se sont peu à peu effritées avec le temps, qu'il appelle lui-même le «fondement symbolique».

«On vit dans des sociétés qui sont très fractionnées, remarque Gérard Bouchard. Je ne suis pas pessimiste en disant ça, je dis simplement que ce sont de nouveaux problèmes qui n'existaient pas avant et qui doivent occuper les chercheurs comme moi. C'est ce que je fais depuis près de 15 ans et c'est ce que je vais continuer à faire. Ça me motive beaucoup, je pense que j'ai fait un certain nombre de choses qui sont un peu neuves dans ce domaine et ça m'encourage à continuer.»

Un hommage apprécié

Gérard Bouchard a reçu un hommage, vendredi soir, lors du cocktail du Congrès de l'Institut d'histoire d'Amérique française (IHAF). Une autre occasion pour les différents intervenants de souligner la carrière d'un homme reconnu comme étant l'un des professeurs chercheurs qui a contribué le plus au rayonnement de l'Université du Québec à Chicoutimi dans le milieu universitaire mondial.

Le principal intéressé a accepté cet honneur avec humilité, en plus de noter la générosité de l'IHAF. «La direction n'était pas obligée de le faire, je l'apprécie beaucoup et je suis sensible à ça», a mentionné celui qui était de retour au Congrès après une absence en raison de son manque de temps.

«Je suis assez impressionné par la qualité des présentations, a louangé Gérard Bouchard. Je trouve que c'est très étoffé et les jeunes font preuve d'une belle maturité. Ils sont très bien préparés et j'ai même l'impression qu'en général, le niveau est meilleur que le nôtre au même âge, ce qui est un bon signe. Ça prouve que la société a évolué dans le bon sens et que la science historique se porte bien au Québec.

«Non seulement j'apprécie la compétence des jeunes historiens, mais j'apprends aussi beaucoup. Un chercheur qui se comporte autrement, il s'assèche.»

De calibre mondial

C'est l'historien Marc St-Hilaire qui a rédigé et lu l'hommage à M. Bouchard, avec l'aide de René Hardy, professeur en histoire à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Natif de Chicoutimi, M. St-Hilaire a eu Gérard Bouchard comme enseignant à la fin de sa maîtrise en études régionales et comme codirecteur de thèse lors de son doctorat en géographie. Il a aussi travaillé avec lui pendant 10 ans à l'Institut interuniversitaire de recherche sur les populations.

«Il n'arrêtera pas d'être actif en science puisque c'est un bourreau de travail, a fait savoir Marc St-Hilaire avec le sourire. Il ne se tournera les pouces et il ne se bercera pas dans une chaise berçante à roulement à billes, on peut être sûr de ça.»

Aux yeux du professeur titulaire au département de géographie de l'Université Laval, Gérard Bouchard est la référence dans le milieu de la science de l'histoire.

«C'est un scientifique de classe mondiale, a lancé sans détour M. St-Hilaire. Il a présenté plus de 660 exposés scientifiques dans différents congrès. Au Québec, c'est un scientifique de haut niveau en politique des populations, que ce soit en histoire, en sociologie et en démographie. C'est également un littéraire qui a écrit trois romans. C'est vraiment une référence.»

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