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Arrestation de son mari pour pornographie juvénile: le choc de Danyelle Tremblay

Danyelle Tremblay, dont le conjoint a été trouvé... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Danyelle Tremblay, dont le conjoint a été trouvé coupable de possession et de distribution de pornographie juvénile en juin dernier, prend la parole publiquement pour une première fois. Elle tend la main aux victimes collatérales qui vivent leur drame dans l'ombre et parfois dans la honte.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

En 2013, Danyelle Tremblay et son conjoint célébraient 30 ans de vie commune. Cette année-là, il a fait la grande demande et le couple s'est dit «oui» à l'occasion d'une cérémonie intimiste et romantique. Un an plus tard, le rêve s'est effondré.

Le 30 octobre 2014, la vie du couple... (123rf) - image 1.0

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Le 30 octobre 2014, la vie du couple a changé.

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En trois décennies, la relation a connu des hauts et des bas, comme c'est le cas pour de nombreux vieux routiers de la vie commune. La maladie de son conjoint, qui souffrait de sclérose en plaques, n'a jamais été un enjeu. Danyelle Tremblay l'aimait éperdument, mais réalise aujourd'hui qu'elle idéalisait leur relation.

«Mon amour était démesuré et il l'acceptait. J'ai projeté l'amour que j'éprouvais pour lui et j'ai créé une bulle autour de nous. Je l'ai toujours protégé. Quand il faisait des erreurs en lien avec notre commerce, je les excusais tout le temps», relate la femme, qui se trouve au début de la soixantaine.

Danyelle Tremblay ignorait tout des activités illicites de son mari. Il travaillait à la maison, la porte de son bureau la plupart du temps fermée. Cette habitude irritait la dame, qui a verbalisé son malaise à quelques reprises.

«J'ai fini par me dire que c'était moi qui avais un problème, que ce n'était pas grave et qu'il fallait que je travaille sur moi», dit-elle.

Le 30 octobre 2014, tôt le matin, la lumière des gyrophares a pénétré à travers la fenêtre de la résidence du couple. Une douzaine de policiers sont débarqués.

«Ils m'ont demandé de me tenir à l'écart. Lui, il dormait encore. Je suis allée le voir pour le réveiller tranquillement, mais le sergent de l'Escouade des crimes sexuels m'a demandé de sortir. J'ai bien vu que c'est lui qu'ils étaient venus chercher. J'ai crié que ça n'avait pas d'allure, qu'ils se trompaient. Puis, il a mis sa main sur mon bras et il a dit: ''Danyelle, arrête. C'est moi''. Je ne l'ai tout simplement jamais vue venir», poursuit-elle.

Danyelle Tremblay a plus tard appris que la police avait son mari à l'oeil depuis cinq ans. Elle a également su que l'homme avec qui elle partageait son quotidien depuis trois décennies et à qui elle venait d'unir sa destinée visionnait et partageait du matériel pornographique impliquant des enfants depuis une vingtaine d'années.

«La police m'a dit que c'était l'une des plus grosses saisies de l'histoire du Québec. Ils m'ont dit que c'était comme si j'avais l'équivalent de la Bibliothèque nationale dans ma maison tellement il y avait des fichiers», a imagé la femme, au cours d'une longue entrevue chargée d'émotion, réalisée à son domicile.

Choc

En état de choc, celle qui agit comme thérapeute en relation d'aide a sombré dans un état de torpeur profond après l'arrestation. Quelques jours plus tard, elle a plongé du haut des escaliers d'un hôtel de Chicoutimi, où elle participait à une formation. La chute était en quelque sorte volontaire, mais Danyelle Tremblay est convaincue que le geste a été provoqué par son inconscient, un mécanisme de défense.

«Je me suis cassé la clavicule. En étant obligée de prendre soin de moi physiquement, j'ai préservé ma santé mentale», pense celle qui est allée chercher un soutien psychologique pour survivre à ce cauchemar.

Pour que les victimes parallèles soient entendues

Danyelle Tremblay brise le silence pour fournir une voix à ces victimes parallèles qui souffrent en silence. «Je me considère comme une victime, mais il ne sera jamais jugé pour ce qu'il m'a fait à moi et à nos familles. J'ai vécu un deuil et je suis en convalescence. L'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé d'en parler publiquement, c'est qu'il n'y a pas de place dans les médias et dans la société pour ce genre de deuil là. Mon message est aussi celui d'une survivante. J'ai visité l'enfer de la peine, du doute, de la trahison, de la colère, de la honte et je m'en suis sortie», dit-elle.

Danyelle Tremblay a vécu de la culpabilité, mais elle sait qu'elle n'a rien à se reprocher.

«La seule culpabilité que je ressens, c'est de l'avoir surprotégé et de m'être surresponsabilisée. Dans toutes les erreurs qu'il a pu faire, dans tous les oublis, je lui trouvais des excuses. Il n'était jamais responsable de rien», pointe celle qui travaille actuellement à l'écriture d'un livre, dont elle a déjà illustré tous les chapitres.

Presque arrivée à mi-chemin du processus d'écriture, une activité qu'elle considère salutaire, Danyelle Tremblay tend la main aux femmes qui ont vu leur univers s'effondrer pour des raisons semblables. C'est elle qui a choisi d'accorder une entrevue, dans le but de rétablir l'équilibre pour elle, pour sa famille et «pour toutes les autres femmes qui subissent les terribles effets de ces prédateurs».

«Cette sensation d'avoir servi de façade, ça détruit l'amour de soi. Je lui ai donné ce qu'il y avait de plus beau et il est venu tout salir. Je ne veux pas vivre dans la saleté. Il ne m'emmènera pas vers la destruction. En ce moment, je suis mon élan et j'essaie de récupérer ce qui a été détruit et brisé», dit-elle.

L'an dernier, Danyelle Tremblay est retournée aux études pour se spécialiser. Elle a ajouté la corde de thérapeute de couple à son arc.

«Même si je suis loin de penser à l'amour, je n'ai pas perdu ma foi dans le couple. Je crois encore que ce cheminement est possible pour des personnes qui s'aiment. J'ai découvert ma force et ma voix. C'est mon cadeau à travers la tragédie», reflète la mère de famille.

Elle ignorait tout des activités de son ex-conjoint

«Où est-ce que j'étais dans tout ça?». «Comment se fait-il que je n'ai rien vu?».

Autant de questions qui se sont entrechoquées dans la tête de Danyelle Tremblay, après l'arrestation de son mari.

Danyelle Tremblay ne veut pas parler trop longuement de l'homme qu'elle a aimé. Le mariage est mort le jour où les policiers lui ont passé les menottes. Elle préfère regarder devant, vers ce faisceau de lumière qui surgit.

Évidemment, elle a vécu de la colère et en vit encore aujourd'hui, même si la paix prend sa place tranquillement. Elle a eu l'impression d'avoir été utilisée. Avant le jugement, l'accusé lui a fait une déclaration qui, selon Danyelle Tremblay, prouve hors de tout doute qu'il n'accordait pas autant d'importance qu'elle à leur union. Elle dresse un bien triste constat.

«Il m'a dit qu'il savait très bien que si je le savais, je partirais. Et il l'a fait quand même pendant des années. Je pense que je l'ai bien servi, que j'ai été utile et bonne pour lui et que ça faisait son affaire. J'étais un peu comme un bon employé. Le patron se dit ''il fait tellement du bon travail, je ne le congédierai pas''», analyse-t-elle.

L'homme qui a partagé et distribué des milliers d'images d'enfants victimes d'abus sexuels n'a jamais manifesté de culpabilité pour les gestes posés, affirme Danyelle Tremblay.

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