Optilab: la gouvernance à Chicoutimi

La présidente-directrice générale du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Martine... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse)

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La présidente-directrice générale du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Martine Couture, a confirmé que le laboratoire serveur du projet Optilab sera situé à Chicoutimi.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Le projet Optilab est confirmé. Et le laboratoire serveur des régions du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec se trouvera à Chicoutimi. C'est donc dire que des milliers d'échantillons médicaux seront rapatriés et analysés par les professionnels de la région.

La présidente et directrice générale du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région, Martine Couture, a confirmé la nouvelle, mercredi, au Quotidien. «Le projet Optilab se fera pour l'ensemble de la province. En ce qui nous concerne, nous aurons la gourverne de notre grappe (qui est composée des établissements de santé de la région, mais aussi de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec). Cette grappe sera formée d'un laboratoire serveur, à Chicoutimi, et de 16 laboratoires associés. Ces laboratoires seront situés dans les différentes régions concernées», a expliqué Martine Couture. 

Le laboratoire serveur sera géré par l'hôpital de Chicoutimi, où des milliers de spécimens rapatriés des différents hôpitaux des trois régions touchées seront analysés. 

«C'est un beau et grand défi pour Chicoutimi et vous pouvez être assurés que le projet est bien pensé et qu'il ne se réalisera pas à la légère», a ajouté Mme Couture.

Mais ce ne sont pas tous les échantillons prélevés qui seront analysés au laboratoire serveur. Par exemple, un patient de Sept-Îles qui se présente à son urgence et qui subit un bilan sanguin de base verra ses échantillons analysés sur place. «Pour tout ce qui est examens sanguins de base, ça ne bougera pas. Et, évidemment, on parle ici d'urgence, donc les analyses se feront dans les laboratoires déjà sur place. Mais tout ce qui est pathologie, par exemple, sera rapatrié et analysé ici», a expliqué le microbiologiste responsable du projet Optilab à Chicoutimi, Dr Doria Grimard.

Par exemple, si un patient est opéré pour une tumeur à l'hôpital de Baie-Comeau, la biopsie sera maintenant faite à Chicoutimi. Les résultats seront ensuite acheminés au médecin traitant du patient. 

«Pour les cliniciens et les patients, ça ne changera rien. Même que le temps d'analyse sera amélioré», estime Martine Couture. 

Évidemment, le défi sera au niveau du transport. D'ailleurs, les représentants syndicaux ont vivement dénoncé le projet Optilab. La route entre la Côte-Nord, le Nord-du-Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean était au coeur des inquiétudes syndicales. 

«Oui, le défi concernant le transport est grand. Mais, actuellement, nous travaillons sur cet aspect pour que tout soit sécuritaire», a affirmé Martine Couture.

Mais qu'arrivera-t-il lorsqu'une tempête empêchera les transports d'échantillons? «C'est justement sur ça que le ministère travaille. Certains spécimens peuvent être gardés plus de 24 heures et les analyses d'urgence pourront se faire dans les laboratoires associés», a ajouté Dr Doria Grimard. 

Selon lui, Optilab représente une avancée technologique. «Saviez-vous que les analyses de sang dans les selles se font depuis longtemps à Sherbrooke? Des transports d'échantillons se font quotidiennement. Par exemple, toutes les prises de sang faites à l'hôpital de La Baie durant la nuit sont analysées à Chicoutimi depuis sept ou huit ans. Les échantillons sont transportés par taxi. Ce n'est pas nouveau que des spécimens voyagent», a indiqué le microbiologiste. Trois transports se feront quotidiennement entre les hôpitaux de la région et au moins un sera en provenance de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec. 

Diminution des heures travaillées

Lorsque questionnée sur de possibles pertes d'emploi, la présidente-directrice générale du CIUSSS ne s'est pas avancée sur le sujet. «Il y aura une diminution de 20% des heures travaillées dans les laboratoires, mais on ignore encore quels seront les impacts. Les décisions seront prises avec les représentants syndicaux et dans le respect des conventions collectives», a affirmé Martine Couture.

«Absurde», dit la porte-parole syndicale

«On nous dit que les échantillons vont aller de Dolbeau à Chicoutimi pour être analysés et que ça va augmenter la rapidité. C'est absurde!»

La répondante politique dans la région pour l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Lynn Brie, n'était pas du tout satisfaite de la décision du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, d'aller de l'avant avec Optilab malgré la pression populaire.

Mercredi matin, à Alma, les représentants ont rencontré les responsables des ressources humaines et les responsables du projet dans la région. En après-midi, les 200 technologistes médicaux de la région ont aussi été rencontrés.

«À partir du 31 décembre, il va y avoir une gouvernance clinico-médico-administrative de mise en place. On ne savait pas que le gouvernement allait centraliser dans un délai si rapproché, explique Lynn Brie. On a un ministre qui va de l'avant malgré une pétition de 20 000 signatures, même si 55 municipalités lui ont dit être contre le projet, même si les trois MRC du Lac-Saint-Jean se sont prononcées contre, même si la Chambre de commerce de Dolbeau-Mistassini a dit être en désaccord avec le projet... Avec toute cette pression, Gaétan Barrette demeure quand même inflexible. Et il va à la vitesse grand V!»

Des abolitions de postes

Il y aura 37 abolitions de postes dans la région, selon les explications fournies par le syndicat. Huit postes seront créés à Chicoutimi, où sera situé le laboratoire serveur. C'est là que la plupart des échantillons de la région seront analysés.

«On vient dépouiller de 50% le personnel des laboratoires, affirme Mme Brie. Déjà, on a plusieurs salariés qui sont retournés aux études. C'est un effet domino. Tous les équivalents temps plein qui seront abolis feront en sorte que les personnes qui n'avaient pas de poste auront beaucoup moins de travail. Il y a peut-être 50 personnes qui se retrouveront sans travail.»

À partir du 1er avril, les employés de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec seront également gérés à partir de Chicoutimi.

«Gaétan Barrette a été fidèle à lui-même: il nous met devant le fait accompli.»

Selon Mme Brie, une boîte de spécimens qui devait passer de Dolbeau à Chicoutimi au cours de l'été a été retournée à Dolbeau sans même avoir été traitée. «Les spécimens étaient encore bons, mais ça a augmenté les délais d'une semaine. Une semaine quand tu es en attente d'un diagnostic, c'est énorme. On joue avec la vie des gens.» avec Katerine Belley-Murray

Séance publique du CIUSSS

Le projet Optilab a été expliqué lors de la séance publique du CIUSSS, mercredi soir, à Alma. La représentante syndicale Lynn Brie s'est notamment adressée à la présidente-directrice générale Martine Couture afin d'avoir plus de détails sur les frais de transport. Cette dernière a affirmé qu'il était encore trop tôt pour chiffrer les coûts de transport des échantillons.

Quelques travailleurs du secteur de la santé étaient présents et portaient un brassard «Non au projet Optilab».

Le président de la Chambre de commerce de Dolbeau-Mistassini, Dominic Saint-Pierre, qui a déposé une pétition signée par 1500 citoyens du secteur contre le projet Optilab mercredi, s'est par ailleurs dit rassuré par les explications du projet, à savoir que des laboratoires associés allaient demeurer en place. Il a apprécié avoir des réponses à ses questions.

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