Elle donne naissance à bord d'une ambulance

Les ambulanciers Guy-Daniel Ouellet et Steve Perreault ont... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

Agrandir

Les ambulanciers Guy-Daniel Ouellet et Steve Perreault ont aidé Marie-Lyne Lafable à accoucher le 8 septembre dernier.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Marie-Lyne Lafable, 29 ans, vient de donner naissance à son deuxième enfant. L'accouchement s'est déroulé dans le calme et sans douleur. La maman n'était ni à l'hôpital, ni à la maison des naissances, ni chez elle. La jolie petite Norah a vu le jour tout en douceur il y a deux semaines sur le boulevard Saguenay, dans le stationnement du Service des travaux publics, à bord d'une ambulance.

Marie-Lyne est originaire de l'île de la Réunion et a fait des études en Techniques de l'éducation à l'enfance au Cégep de Jonquière. Elle est venue étudier avec son amoureux, Romain Lebon, lui aussi Réunionnais et inscrit en Art et technologie des médias (ATM). Le couple est tombé amoureux du Québec et est en attente du statut de résidants canadiens permanents. Installés dans le secteur Kénogami, Marie-Lyne et Romain sont déjà parents d'un garçon de deux ans et demi, Nolan. Lors de sa première grossesse, la maman a crevé ses eaux à 36 semaines en laçant ses chaussures.

Elle avait pris l'habitude de confier cette tâche à son amoureux, bedon oblige, mais ce jour-là, le futur papa était parti à l'épicerie. Les événements se sont bousculés et Nolan a finalement vu le jour quatre heures plus tard, dans une maternité de France. Pour bébé #2, la famille du garçonnet s'attendait à ce que les choses se précipitent, mais jamais à ce point. Le soir du 7 septembre dernier, une semaine avant terme, Marie-Lyne Lafable a ressenti les premiers signes du travail. Sereine, elle a choisi de laisser la nature faire son oeuvre pendant quelque temps avant de communiquer avec sa sage-femme. Elle ignorait que les contractions s'intensifieraient aussi rapidement.

«Au début, les contractions étaient gérables. J'ai dit à mon chum: ''on n'appellera pas la sage-femme tout de suite''. À un moment donné, j'ai crié: ''je ne suis plus capable de gérer, on appelle la sage-femme! ''», raconte Marie-Lyne. À la maison des naissances, Romain Lebon n'a pas eu de réponse. Il fallait appeler l'ambulance pour s'y rendre presto.

Les ambulanciers Guy-Daniel Ouellet et Steve Perreault sont arrivés en renfort. Ils ont pris la mère en charge, tandis que le papa bouclait la valise et habillait le petit.

Pendant le trajet, Marie-Lyne Lafable a senti l'urgence de pousser et a lancé: «Non! On ne se rendra pas. Emmenez-moi où vous voulez, mais il faut que j'accouche! »

Guy-Daniel Ouellet a garé le véhicule. Steve Perreault a pris la patiente en charge. Cinq minutes après l'arrêt de l'ambulance, Norah était là.

L'accouchement s'est tellement bien déroulé qu'à peine quelques minutes plus tard, après avoir mis en branle le protocole d'usage, Steve Perreault déposait la nouveau-née sur le ventre de sa mère pour qu'elle puisse pratiquer le peau à peau.

Les ambulanciers ont conduit Marie-Lyne Lafable à l'hôpital, où elle a été prise en charge par le personnel médical, et ont repris la route. Ils venaient de commencer leur quart de travail. Le père de Norah, complètement désemparé, a suivi en voiture.

«Je suis arrivé à l'hôpital et elle était tout emmitouflée dans des couvertures. Je ne savais même pas qu'elle avait accouché», raconte-t-il.

Deux semaines après la naissance de Norah, tout le monde va bien. Blottie sur la poitrine de sa mère, le bébé dormait paisiblement lors du passage du Progrès-Dimanche, mercredi. Le couple Lafable-Lebon n'avait pas revu les deux ambulanciers. La rencontre, avec photo officielle, était prévue pour le lendemain.

«Ils ont été très humains et rassurants. Il y en avait un qui me tenait la main (Steve Perreault) et qui me disait que je pouvais serrer aussi fort que je le voulais. Ils me disaient de pousser. Je n'ai pas eu besoin et ils l'ont mise sur moi tout de suite, après avoir monté le chauffage. Ç'a été un très beau contact humain», relate la mère de famille, qui n'a pas l'intention d'avoir un troisième enfant.

Marie-Lyne Lafable ne pensait jamais qu'elle accoucherait un... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

Agrandir

Marie-Lyne Lafable ne pensait jamais qu'elle accoucherait un jour à bord d'une ambulance. Elle est ici accompagnée de son conjoint Romain Lebon et de leurs deux enfants, Nolan, deux ans, et Norah, deux semaines.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Un moment magique

En aidant Marie-Lyne Lafable à mettre son enfant au monde, Guy-Daniel Ouellet et Steve Perreault ont réalisé le rêve de tout ambulancier. Deux semaines après la naissance de Norah, ils racontent l'événement avec beaucoup d'émotion. Aider une femme à accoucher était une première pour eux et ils s'entendent pour dire qu'ils ont vécu le plus beau moment de leur carrière.

«C'est le genre d'expérience que tout le monde veut vivre et on a fait des jaloux. Après une vingtaine d'années de métier, disons que ça boucle bien la boucle. On se retrouve souvent sur des événements tragiques ou des accidents. Un événement heureux comme ça, ça ne se décrit pas. C'est magique. On est vraiment chanceux», exprime Guy-Daniel Ouellet, un ambulancier de 21 ans d'expérience et père de trois enfants. Son collègue, Steve, a 17 ans d'ancienneté et est papa de quatre. Il n'est certainement pas près d'oublier le matin du 8 septembre, lui qui a accueilli le poupon.

«La dame était vraiment rendue à accoucher. On a levé le drap et on voyait la tête. J'ai demandé à Guy-Daniel de me donner un instrument et quand il s'est retourné, j'avais le bébé dans les bras», raconte Steve Perreault. L'ambulancier admire énormément la maman, qui a fait preuve de sang-froid malgré l'urgence de la situation.

Les ambulanciers ont nettoyé le bébé et coupé le cordon. En tout et partout, l'ambulance ne s'est arrêtée que six minutes. Après avoir conduit Marie-Lyne et Norah à l'hôpital, les deux collègues ont repris leur quart de travail. Ils ont eu l'impression de flotter sur un nuage toute la journée, une sensation dont ils ressentent encore les relents aujourd'hui.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer