Cri du coeur d'une mère: sa fille adulte refuse d'être soignée

À bout de souffle et brisée, une mère... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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À bout de souffle et brisée, une mère de famille dont la fille est aux prises avec des problèmes de santé mentale s'est confiée à la journaliste du Progrès-Dimanche Mélyssa Gagnon. Connue du milieu régional, elle nous a demandé de protéger son identité et celle de sa fille de 26 ans.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

La plupart des couples caressent un rêve commun: acheter une maison, fonder une famille, regarder les enfants partir avec leurs petits sacs sur le dos, en route vers leur première journée d'école. Hélène (nom fictif) et son conjoint filaient le parfait bonheur avec leurs deux filles, jusqu'à ce que l'une d'elles, aux prises avec de graves problèmes de santé physique et mentale, leur fasse vivre une véritable descente aux enfers.

L'histoire d'Hélène ressemble sans doute à celle d'autres parents dont la progéniture, malade, refuse d'être soignée. S'amorce alors une spirale de consommation, de violence et d'auto-destruction. Les dommages sont immenses et collatéraux. Hélène, une Jonquiéroise, a senti le besoin de s'exprimer au sujet de ce que lui fait vivre sa fille de 26 ans depuis maintenant une décennie. À bout de souffle et brisée, elle s'est confiée au Progrès-Dimanche pour une raison qui outrepasse l'urgence d'en parler: l'espoir de mobiliser, autour d'elle, des parents qui militent en faveur d'une meilleure prise en charge des personnes souffrant de maladie mentale.

Hélène est connue du milieu régional. Elle nous a donc demandé de taire son identité. Son désir d'anonymat s'explique aussi par le fait qu'elle veut protéger sa fille, à qui elle voue un amour profond et sans limites. Un amour en rien atténué par les raclées et les menaces que son enfant lui a assénées à répétition au cours des dernières années.

Histoire d'une enfant ordinaire

La fille d'Hélène, que nous appellerons Sarah, était une bambine sans histoire. Petite, elle était un brin rêveuse et pouvait parfois se montrer caractérielle, mais sans plus.

À l'adolescence, Sarah est tombée gravement malade. L'affection auto-immune dont elle a été la proie, une condition que ses parents comparent à une leucémie réversible, a été longue à diagnostiquer. Avant d'être fixés, Hélène et son conjoint ont assisté à la détérioration de l'état mental de leur fille, énormément souffrante physiquement.

L'adolescente, en proie à des hallucinations et à des obsessions, a été conduite aux urgences par ses parents à quelques reprises.

«L'école m'appelait pour me demander si elle prenait de la drogue. Elle m'assurait que non. À l'hôpital de Jonquière, ils ne comprenaient pas. Le diagnostic a été posé à Chicoutimi, mais elle a reçu les traitements à Québec. Elle était entre la vie et la mort. Cette maladie était en train de la manger», relate Hélène. Sarah est demeurée trois mois à l'hôpital et a subi des traitements pendant deux ans. La maladie l'a laissée avec des lésions au cerveau et a réduit son estime à néant. Sarah a développé une honte par rapport à son état, si profonde que la jeune femme s'est mise à faire des psychoses. Elle refusait de prendre des médicaments et déclinait toute forme d'aide psychiatrique.

«On nous a dit qu'elle devrait être suivie par un psychiatre, mais elle n'a pas voulu. Son père et moi on soupçonnait une bipolarité parce qu'il y a une historique de la maladie dans la famille. Elle serait en fait Borderline (trouble de personnalité limite). C'est une maladie infernale», pointe Hélène.

Tout cela est arrivé en même temps que l'adolescence. Les épisodes de délire se sont multipliés. Alors que par moments, elle pouvait passer des heures à jouer avec des poupées, Sarah basculait rapidement du côté sombre, attaquant sa mère, son père, sa soeur sans crier gare.

«Elle s'est jetée sur moi quand j'avais le dos tourné et elle m'a agressée. J'ai appelé la police et j'ai porté plainte. Je l'ai fait pour qu'elle se fasse soigner, mais ma fille peut être manipulatrice. Le psy l'a vue sous son meilleur jour et il m'a appelée pour me dire qu'il n'y avait aucun problème», poursuit-elle. Sarah s'est ensuite retrouvée en prison à Québec.

«Quand elle était en dedans, elle était avec plein de femmes qui ont des problèmes de consommation. Elle est sortie de là avec les adresses de toutes les piqueries de Jonquière, et je peux vous dire qu'il y en a plusieurs», enchaîne la mère de famille, qui assiste, impuissante, aux va-et-vient de sa fille de la prison à la rue, en passant par des centres pour femmes et un petit logement.

Elle ne veut plus porter plainte à la police

Vers la fin août, Sarah s'est ruée sur Hélène et l'a battue à coups de pied, de téléphone cellulaire et de télécommande. Quelques jours auparavant, elle s'était attaquée à son père avec une chaise. Pendant l'agression, Hélène a composé le 911, puis a raccroché. Elle ne voulait pas porter plainte de peur que sa fille soit à nouveau envoyée à l'ombre. Les policiers se sont tout de même rendus à la maison. Comme Sarah a proféré des menaces en présence des agents de la paix, elle a écopé de 30 jours de prison.

Hélène sait que Sarah vient d'être libérée. Elle ne sait pas si elle se trouve toujours à Québec ou si elle est rentrée en région. Sarah est sans le sou. Hélène se fait du sang d'encre pour son enfant. Elle ignore si la jeune femme se prostitue, si elle consomme. En plus, elle vit dans la peur d'un éventuel retour et craint de subir les foudres de sa fille.

«Elle m'a dit qu'à un moment donné, j'allais payer pour de vrai. J'ai peur de ma fille. Elle est devenue monstrueuse. Toutes les portes de la maison sont barrées en tout temps. Je vis dans une prison et je me renferme. Si je m'écoutais, je ne bougerais plus de chez nous. Je suis extrêmement nerveuse et la situation est très difficile pour moi et mon conjoint. On est fragiles et tristes et j'ai de la misère à trouver le goût de vivre», dit Hélène, qui confie avoir déjà tenté de mettre fin à ses jours. Elle est ensuite allée chercher de l'aide.

Révolte

Hélène vit une révolte intérieure. Le phénomène des portes tournantes, qui amène les personnes souffrant de maladie mentale à l'urgence de façon répétitive et qui entraîne la judiciarisation de leurs dossiers, l'exaspère. Elle ne croit pas que la place de Sarah soit en détention ni dans la rue et veut qu'on l'oblige à se faire soigner.

«Ces personnes sont malades et sont laissées à elles-mêmes. J'ai de la misère de savoir que ma fille, qui joue encore aux poupées Barbie, peut décider si elle veut se faire soigner ou pas. Est-ce qu'on attend que je sois retrouvée morte ou que d'autres parents soient retrouvés morts avant d'agir? Je vis dans cette crainte et je n'exagère pas», confie Hélène, le visage blêmi par l'épuisement.

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