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Des brasseurs formés à Jonquière

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Dans le cadre de l'élaboration de l'AEC et dans le but de bien répondre aux besoins de main-d'oeuvre de l'industrie, le cégep s'est adjoint une vingtaine d'experts, dont une dizaine de microbrasseurs implantés dans la province, à l'intérieur de divers comités.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Le vieux cliché qui associe la bière et les cégépiens deviendra réalité au Cégep de Jonquière. L'institution d'enseignement lancera, en novembre prochain, un programme d'attestation d'études collégiales (AEC) en techniques de production en microbrasserie, une première au Québec. Cette formation vise à répondre à d'importants besoins de main-d'oeuvre dans ce domaine en ébullition.

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Afin de minimiser les coûts associés au lancement du programme tout en plaçant les étudiants dans un contexte de production, le Cégep de Jonquière a loué de l'espace d'enseignement dans l'usine de la Voie Maltée, située sur la rue des Laurentides, à Chicoutimi.

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Depuis 2000, le Québec assiste à une véritable explosion du nombre de microbrasseries partout sur son territoire, une présence qui est passée de 30 établissements cette année-là à 150 en 2016. Certaines d'entre elles songent à exporter leurs bières et prennent de l'expansion. Chaque année, entre 15 et 20 demandes de nouveaux permis pour l'ouverture de microbrasseries sont déposées à la Régie des alcools, des courses et des jeux, explique Gilbert Grenon, coordonnateur au développement des affaires au Cégep de Jonquière, accompagné Mario Lambert, conseiller pédagogique, et Martin Bertrand, enseignant en biologie. Ce dernier est au coeur du développement du nouveau programme.

Selon l'inventaire réalisé par le cégep, un total de 4000 emplois existent dans ce domaine, dont 2000 reliés directement au brassage de la bière. Pourtant, il n'existait aucun programme de formation dûment accrédité par le ministère de l'Éducation pour former des brasseurs selon un cadre pédagogique précis. «Les microbrasseries n'ont d'autres choix actuellement que d'investir dans la formation de leur propre main-d'oeuvre ou de les faire former à grands frais au Siebel Institute of Chicago. L'Institut brassicole du Québec offre des cours spécialisés étalés sur deux ou trois jours sans évaluation. Personne ne pouvait décrocher un diplôme en brassage au Québec», explique Mario Lambert.

Dans le cadre de l'élaboration de l'AEC et dans le but de bien répondre aux besoins de main-d'oeuvre de l'industrie, le cégep s'est adjoint une vingtaine d'experts, dont une dizaine de microbrasseurs implantés dans la province, à l'intérieur de divers comités. Parmi eux figurent Philippe Wouters, éditeur de Bières et plaisirs, ainsi que Jean-Pierre Tremblay et Frédéric Tremblay, respectivement directeur général de l'Association des microbrasseurs du Québec (AMBQ) et président. «Notre objectif, en lançant ce programme, est de répondre le plus possible aux besoins de l'industrie», affirme M. Grenon. Le travail réalisé a permis de constater que les besoins de main-d'oeuvre spécialisés sont réels puisque la sollicitation de lettres d'appui auprès d'une vingtaine de microbrasseries permet de projeter la création de 66 à 68 emplois d'ici cinq ans.

Afin de minimiser les coûts associés au lancement du programme tout en plaçant les étudiants dans un contexte de production, le Cégep de Jonquière a loué de l'espace d'enseignement dans l'usine de la Voie Maltée, située sur la rue des Laurentides, à Chicoutimi. Le cégep y installera ses propres équipements de production d'une capacité de moins d'une centaine de litres. Le gros de la formation sera dispensé à l'intérieur des murs du Cégep de Jonquière.

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Martin Bertrand, lui-même un grand amateur de bière, s'est fait prendre au jeu et a demandé au Cégep de Jonquière un congé sans solde de son poste de professeur de biologie pour occuper celui de directeur de la production à la Voie Maltée.

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Un peu de chimie et beaucoup de passion

La formation de 525 heures que lancera le Cégep de Jonquière requiert un certain intérêt pour la chimie et les phénomènes physiques, mais surtout beaucoup de passion ainsi qu'un certain sens artistique.

Martin Bertrand, enseignant en biologie, est à l'origine de la nouvelle attestation d'études collégiales (AEC) en techniques de production en microbrasserie.

L'histoire de la formation remonte à une dizaine d'années alors qu'il a fait la rencontre de Daniel Giguère, fondateur de la Voie Maltée. «J'ai dit à Daniel, si t'as des besoins pour faire de l'analyse de laboratoire pour tes bières, tu peux venir me voir. Il est venu passer une journée avec moi pour former son brasseur.»

Lui-même amateur de bières, M. Bertrand s'est déplacé à Chicago au Siebel Institute pour recevoir la formation en production brassicole. L'autre élément important est que tous les étudiants en science de la nature inscrits à Jonquière ont l'obligation de créer une bière, une façon d'enseigner le comportement des levures, du maltage, du brassage, de la fermentation et du contrôle de la qualité. Il y a quatre ans, le cégep a organisé une journée-rencontre en jumelant quatre professeurs en biologie à quatre brasseurs de la région afin de mettre en pratique des critères de qualité.

L'épisode suivant a été la demande faite au printemps 2015 par Colette Fournier, directrice de Mastera, afin de pousser l'expérience un peu plus avec la mise sur pied de l'AEC en techniques de production en microbrasserie.

La formation qui sera dispensée permettra aux étudiants de planifier et préparer le brassage à chacune des étapes de production tout en contrôlant les paramètres d'opération et les problèmes d'opération. Le nettoyage et l'entretien des équipements ainsi que les procédés d'affinage et de filtration feront partie de la formation.

Pour les passionnés

M. Bertrand affirme que même si 150 heures sont consacrées à la chimie et la biologie, il ne faut pas croire qu'il est nécessaire d'avoir un doctorat dans ces domaines pour s'inscrire, mais plutôt savoir manier des règles de trois. «Je pense qu'avant tout, ce programme intéressera des passionnés, des ''tripeux'' de bière pour qui le plaisir et la passion font partie de la profession», explique-t-il.

Lui-même s'est fait prendre au jeu puisqu'au printemps dernier, il a demandé au Cégep de Jonquière un congé sans solde de son poste de professeur de biologie pour occuper le poste de directeur de la production à la Voie Maltée. «Je me paye tout un trip actuellement», confie-t-il.

Au cours de prochains jours, le Cégep de Jonquière procédera à l'inscription de la première cohorte d'étudiants avec pour objectif le début de la formation en novembre afin que les premiers finissants effectuent leur stage de formation en avril et mai, juste à temps pour la forte période de consommation de bière au Québec.

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