L'UPAC débarque à Saguenay

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Une partie de l'appareil administratif municipal de Saguenay a été paralysée, mercredi, alors qu'une vingtaine de policiers de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), assistés de leurs collègues de la Sûreté du Québec, ont procédé à des perquisitions à l'hôtel de ville ainsi qu'au siège social de Promotion Saguenay.

Vers 7h30, les policiers se sont présentés à l'hôtel de ville et ont demandé au personnel en place de quitter les lieux. Seuls le directeur général, Jean-François Boivin, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, le directeur des communications, Jeannot Allard, et les membres du Conseil du trésor ont été autorisés à demeurer sur place. Les autres étaient invités à retourner à la maison.

Du côté de Promotion Saguenay, des policiers ont été placés aux deux entrées pour empêcher le personnel et les touristes d'entrer. Pendant toute la journée, un certain va-et-vient a été constaté sur les étages de l'immeuble. Vers 10h, un enquêteur est ressorti avec deux attachés-cases et est revenu dans l'immeuble vers 10h55.

Du côté de l'hôtel de ville, deux policiers sont ressortis vers 12h25 avec deux contenants de cartons qu'ils ont déposés dans le coffre de leur voiture. Un policier a informé les membres des médias présents que le travail se poursuivait aux deux lieux de perquisition pendant une bonne partie de la journée.

Du côté de l'UPAC, la porte-parole Anne-Frédérick Laurence a confirmé qu'il y avait eu saisie de documents et autres matériels, mais a refusé de dévoiler ce que recherchaient exactement les policiers sur place, ajoutant que les preuves recueillies feraient l'objet d'une analyse subséquente. Mme Laurence a ajouté que le travail de perquisition pouvait faire suite à des plaintes déposées par des citoyens ou par des enquêtes menées de façon autonome. «Lorsque nous nous présentons sur des sites de perquisitions, il y a déjà du travail de fait. Nous avons déjà vérifié certaines choses au préalable et nous avons des raisons de croire qu'il faut poursuivre», mentionne-t-elle.

Office municipal d'habitation

Les policiers de l'UPAC n'en sont pas à leur première visite au sein d'un organisme municipal ou paramunicipal de Saguenay. Au printemps 2015, les bureaux de l'Office municipal d'habitation ont fait l'objet d'une visite à la suite d'allégations d'irrégularités dans le processus d'octroi de contrats.

En novembre 2015, une nouvelle perquisition impliquant la saisie d'une imposante quantité de documents a été effectuée auprès du même organisme.

Voyages

Même si le maire Jean Tremblay a déclaré publiquement que la perquisition pouvait être liée aux voyages internationaux effectués par les conseillers Bernard Noël et Fabien Hovington, il n'en demeure que Promotion Saguenay et la Ville ont fait l'objet de deux rapports critiques de la part du Service de la vérification et des affaires juridiques du ministère des Affaires municipales concernant l'attribution de contrats de janvier 2011 à décembre 2012. 

On pouvait y lire que Promotion Saguenay a agi dans des champs de compétence qui ne pouvaient lui être délégués par la Ville, qu'elle a fait la vente et l'échange d'immeubles industriels dans les mêmes conditions, que des contrats ont été accordés sans avoir été précédés d'une invitation écrite de fournisseurs et qu'elle est venue en aide à un établissement commercial en lui louant deux espaces pour 1$ par année chacun.

Jean Tremblay fait référence aux voyages en Europe

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a connu un début de journée brutal, mercredi matin, quand il a été informé de la présence des policiers de l'Unité permanente anticorruption dans les bureaux de l'hôtel de ville et de Promotion Saguenay.

Au cours d'un entretien téléphonique avec Le Quotidien, le maire de Saguenay a assuré que cette opération ne touchait pas la mairie et qu'il n'avait pas été interrogé par les policiers. «Ils m'ont expliqué que je pouvais partir puisque ça ne me concernait pas», a expliqué le maire alors qu'il se rendait à Montréal.

Interrogé sur la nature de la perquisition, Jean Tremblay est demeuré prudent. Il a tout de même fait référence aux voyages de deux conseillers municipaux en Europe. Les deux voyages en question ont été réalisés à même des fonds octroyés à des organismes par Promotion Saguenay.

Le maire a rappelé que ces deux événements ont été «jugés par les tribunaux civils».

Pendant la journée de mercredi, des informations ont circulé sur un lien entre la perquisition menée à l'hôtel de ville et dans les bureaux de Promotion Saguenay et les deux opérations semblables menées à l'Office municipal d'habitation.

Jean Tremblay a indiqué qu'on lui avait fait mention de cette éventualité. «Je ne suis pas certain, mais cette affaire est morte. Il n'y a pas eu de suite aux perquisitions à l'Office municipal d'habitation.»

Le maire de Saguenay pense surtout à l'impact de la nouvelle pour la ville. Il convient que ce n'est pas agréable de recevoir la visite de l'UPAC et que ce genre de nouvelle peut entacher l'image d'une ville à la grandeur du Québec.

Josée Néron pas surprise du tout

La conseillère municipale et chef de l'opposition, Josée Néron, n'est pas surprise de voir débarquer les enquêteurs de l'UPAC dans les locaux de Promotion Saguenay et à l'hôtel de ville.

La chef de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD) est sortie de ses vacances, mercredi, en raison de l'importance de l'événement. Elle rappelle que depuis la dernière élection, l'ERD n'a pas cessé de poser des questions en lien avec la gestion des fonds publics par Promotion Saguenay.

«Promotion Saguenay a un budget de 10 M$ par année. Nous avons posé beaucoup de questions sur le contrôle des dépenses en lien avec les voyages des conseillers municipaux et il n'y a jamais eu de réponses», a résumé la conseillère municipale.

Elle a de plus fait le lien avec le rapport du ministère des Affaires municipales du Québec sur le rôle de Promotion Saguenay. Le ministère avait alors identifié des problématiques, comme le fait que l'organisme ait accordé des subventions à un OSBL pour qu'il donne des contrats alors que c'est le rôle de la Ville. Malgré ce rapport, la conseillère réitère qu'il est toujours difficile d'obtenir des informations en ce qui concerne Promotion Saguenay.

«C'est un organisme opaque dirigé par le maire Tremblay et Ghislain Harvey. On a déjà soulevé les problèmes d'opacité», a indiqué Josée Néron. Cette dernière espère que cette affaire ne détournera pas l'attention des citoyens lors des prochaines élections municipales.

La conseillère municipale rappelle que le maire Tremblay ne peut pas se détacher complètement de cette affaire. Ce dernier agit à titre de président de Promotion Saguenay alors que son ex-chef de cabinet, Ghislain Harvey, en assure la direction en plus de jouer le rôle de vice-président exécutif de l'organisme de promotion économique.

L'ERD a déjà par le passé déposé des plaintes auprès du ministère des Affaires municipales concernant la gestion de l'administration Tremblay. Dans la présente affaire ayant mené à la perquisition de l'UPAQ, Josée Néron assure que l'ERD n'a fait aucune démarche.

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