Des contrats offerts par un consultant sans mandat

Gilbert Desrosiers admet avoir utilisé le nom de... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

Agrandir

Gilbert Desrosiers admet avoir utilisé le nom de Biomoss Carbone pour ainsi éviter d'attirer l'attention sur un autre projet important qui concerne plus spécifiquement l'usine de panneaux de Louisiana Pacific.

Archives Le Quotidien, Michel Tremblay

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Des entrepreneurs en construction du Saguenay ont vu débarquer dans leur bureau, au cours des dernières semaines, le consultant Gilbert Desrosiers venu leur offrir des contrats de construction de plusieurs millions de dollars. Le hic dans tout ça: il n'a pas de mandat de la part des sociétés qu'il prétend représenter.

Ce sont les entrepreneurs eux-mêmes qui ont informé Le Quotidien de ces démarches inhabituelles. Gilbert Desrosiers se présente à leur bureau et leur offre la possibilité d'obtenir un lucratif contrat. En échange, il réclame de l'entrepreneur un virement bancaire représentant 1% de la valeur globale du projet. L'entrepreneur doit lui verser la «commission» en deux virements. Un premier est exigé dans les 24 heures suivant la visite et le second à la signature des contrats, selon des documents que nous avons obtenus. Et il prend bien soin de laisser un spécimen de chèque.

Dans un cas, une facture de l'ordre de 24 000$ accompagnait ce spécimen. Le même document faisait état que l'argent serait remboursé advenant l'abandon du projet. Interrogé à ce sujet, Gilbert Desrosiers soutient que cette façon de faire ne contrevient à aucune loi.

Les contrats offerts aux entrepreneurs évoquaient des travaux de réfection de l'ancienne usine Agropur de Chambord que Desrosiers a évalués à quelque quatre millions$. Il affirme agir au nom de Biomoss Carbone, qui mène de front deux projets de 70 millions$ à Chambord et Alma pour la fabrication de briquettes énergétiques à partir de feuillus.

Là où ça se brouille encore plus, c'est lorsque Le Quotidien contacte le directeur général de Biomoss Carbone, Claude Gosselin, qui se dit surpris d'apprendre qu'un consultant approche des entreprises au nom de Biomoss. Il confirme avoir déjà rencontré Gilbert Desrosiers de façon occasionnelle, mais jamais il ne lui a confié de mandat pour le projet d'usine de Chambord. Claude Gosselin a évidemment été choqué par cette situation. Son entreprise prend les moyens légaux afin de faire comprendre à Gilbert Desrosiers de ne plus jamais faire état ou prétendre qu'il a des liens dans le projet d'usine de charbon. Il recevra, dans les prochaines heures, une mise en demeure lui signifiant de cesser toute démarche au nom de Biomoss Carbone.

De plus en plus nébuleux

Une entrevue que Gilbert Desrosiers accorde au Quotidien ne fait qu'ajouter à la confusion. Il admet avoir utilisé le nom de Biomoss Carbone pour ainsi éviter d'attirer l'attention sur un autre projet important qui concerne plus spécifiquement l'usine de panneaux de Louisiana Pacific. «C'était comme pour faire de la fumée», a insisté Gilbert Desrosiers au cours de cette entrevue.

Il a répété à plusieurs reprises qu'il travaillait pour le compte d'un consortium d'investisseurs montréalais qui avait l'intention de faire l'achat de l'usine de panneaux gaufrés. Il ne voulait pas révéler l'identité des investisseurs en question.

Pourtant, chez Louisiana Pacific, personne n'a entendu parler d'une transaction sur son usine de Chambord. Le porte-parole de la société, Jean-François Mongeau, a rappelé que la situation de Chambord est inchangée, c'est-à-dire que l'usine n'est pas à vendre.

Malgré ces informations émanant du siège social de l'entreprise au Tennessee, Gilbert Desrosiers a maintenu sa version des faits. «Ce sont des personnes qui ne veulent pas attirer l'attention», prétend-il. Il a informé Le Quotidien qu'un représentant du consortium allait entrer en contact avec le journal pour confirmer le projet. Malgré les engagements de Desrosiers, Le Quotidien n'a reçu aucune confirmation de l'existence de ce groupe d'investisseurs de Montréal ou même du projet d'achat de l'usine de Louisiana Pacific de Chambord.

Gilbert Desrosiers s'explique

À l'occasion d'une visite dans les bureaux du Quotidien, Gilbert Desrosiers, confronté à nos informations, ne s'est pas démonté du tout. Au contraire, il a tout expliqué point par point, comme l'utilisation du dossier de Biomoss pour réaffirmer qu'il voulait aider le promoteur.

Il a même exposé un échange de messages sur le réseau LinkedIn avec Monique Leroux, la nouvelle présidente du conseil d'administration d'Investissements Québec pour aider Biomoss Carbone à obtenir du financement. Gilbert Desrosiers n'hésite pas à rappeler qu'il est en mesure d'ouvrir les «portes du parti», faisant référence au Parti libéral du Québec. Plus encore, il montre qui il a contacté pour tenter d'obtenir des billets pour les spectacles de Céline Dion au Centre Vidéotron, et fait part d'échanges par textos avec une «vedette» de la commission Charbonneau.

Bien connu dans la région, M. Desrosiers a été directeur général du Syndicat des producteurs de bleuets du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il a été dans l'obligation de quitter ses fonctions en raison d'une affaire de vente de bleuets aux États-Unis allant à l'encontre des règles de mise en marché.

Le principal intéressé devra faire face à la justice dans une affaire criminelle. Il a été accusé de fraude et vol d'une valeur de 5000$. L'événement serait survenu alors que Gilbert Desrosiers prétendait vouloir aider l'entreprise d'usinage appartenant à Mélanie Boucher de Jonquière.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer