Affligée par la maladie de Lyme

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Fièvre, maux de tête, fatigue, douleurs musculaires et articulaires... Les symptômes de la maladie de Lyme, transmise par la morsure d'une tique infectée par une bactérie particulière, ressemblent presque à n'importe quelle autre. Il a fallu ainsi quatre ans à une Saguenéenne pour mettre un nom sur le mal qui l'infligeait et chercher un traitement efficace en Europe.

«J'ai vu plusieurs médecins, passé une foule de tests, mais on n'était pas capable de trouver ce que j'avais. On m'a prescrit des antidépresseurs un moment donné, et c'était encore pire. On finit par croire que c'est vraiment notre tête le problème», raconte la jeune femme, qui préfère taire son identité. Émilie (nom fictif) espère toutefois que son histoire pourra aider d'autres personnes.

«Il y a plein de gens qui sont atteints, mais qui ne le savent pas. Si on ne dit pas les bons mots, notre médecin va penser à plein d'autres causes avant la maladie de Lyme. On m'a fait passé un taco pour une tumeur au cerveau», donne-t-elle en exemple.

Le type de tique qui peut propager l'infection n'est pas présent dans la région, mais ça n'empêche pas la population d'être contaminée, en voyageant plus au sud notamment. «Quand on va voir notre médecin pour une douleur articulaire persistante, c'est ça qui nous préoccupe. On ne se rappelle pas avoir été piqué durant une fin de semaine en camping en Montérégie, admet la médecin-conseil en santé publique, Sylvie Belley. À moins d'arriver quand le patient a une grosse rougeur caractéristique en forme de cible, c'est dur à diagnostiquer.»

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean effectue donc un travail d'information auprès du personnel de première ligne, comme les médecins de famille et les dermatologues. «On envoie un courriel pour faire le suivi de la situation dans la province généralement deux fois par année. Ailleurs, c'est normal qu'il y ait plus de sensibilisation, et ç'a permis justement de réduire les cas par rapport à la même date l'an dernier, poursuit la spécialiste. Il est possible qu'une personne dans la région soit passée sous le radar dans les dernières années, et qu'elle soit rendue au stade chronique à essayer des traitements expérimentaux.»

Calvaire médical

Normalement, la maladie de Lyme se traite bien dans les débuts avec des antibiotiques. Il était cependant trop tard pour Émilie. «Il y a quatre ans, j'ai commencé à avoir des maux de tête presque chaque jour et des grosses migraines alors que j'en avais jamais fait. C'était après avoir passé l'été en France, où j'étais en stage en milieu agricole avec des chèvres. C'est vraisemblablement là que j'ai été piquée.»

La Saguenéenne, qui avait toujours été en forme, était maintenant tout le temps fatiguée et ankylosée. Elle a dû quitter son travail. Sans médecin de famille, elle réussissait tout de même à avoir des rendez-vous en clinique, mais jamais avec le même médecin.

«Je n'avais pas vraiment de suivi. Je devais faire les démarches par moi-même. Je fouillais sur les forums pour trouver ce que j'avais et j'arrivais avec des idées. J'ai vu un spécialiste à Québec qui a été assez insultant. Il a avoué que je pouvais bien avoir la maladie de Lyme, mais il ne s'est même pas donné la peine de faire d'autres tests pour le confirmer. Il m'a dit qu'il n'y avait pas vraiment de traitement, que ça allait passer en prenant une marche chaque jour.»

Émilie le faisait déjà.

La jeune femme s'est finalement rendue en France il y a quelques mois, où un médecin utilise un traitement basé sur les ondes et le renforcement du système immunitaire. «L'Europe est vraiment plus avancée que nous sur ce point. Ça va mieux depuis, mais il y a toujours des hauts et des bas.»

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La Dre Sylvie Belley n'est pas inquiète que la tique responsable de la maladie de Lyme se répande dans la région dans un avenir proche.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean protégée par le froid

Même si le gouvernement canadien s'attend à une «grande» augmentation des cas de la maladie de Lyme dans les prochaines années, la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean peut se sentir protégée grâce au climat plus froid qui caractérise la région, mais elle est toute aussi à risque aux piqûres de tique infectée lors de ses déplacements plus au sud.

Méconnue, la maladie causée par une bactérie se transmet seulement par une tique infectée qui reste sur la peau plus de 24 heures. Quand elle n'est pas traitée, elle entraîne des complications cardiaques, neurologiques et articulaires. Alors qu'il n'y avait pratiquement pas de cas rapportés au Québec avant 2010, le nombre a monté à 160 l'an dernier.

«Les tiques concernées se trouvent surtout en Montérégie, en Estrie et en Mauricie, dans les hautes herbes. Avant, les personnes malades se faisaient contaminer en voyage aux États-Unis, en Europe ou ailleurs au Canada par exemple. Cela a changé depuis 2013, où le pourcentage de cas d'acquisition dans la province même a atteint 71%», indique la médecin-conseil en santé publique Sylvie Belley, du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Cette propagation s'explique par les changements climatiques. La Presse révélait récemment les conclusions d'un rapport préparé par le Bureau de l'audit et de l'évaluation de Santé Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada. «Nous prévoyons que la propagation et le nombre de cas liés à la maladie de Lyme au Canada augmenteront grandement, passant de 250 cas en 2010, principalement dans le sud de l'Ontario, au Québec et dans certaines provinces de l'Atlantique, à 18 000 cas dans les années 2050 dans une zone géographique beaucoup plus grande», est-il écrit.

Malgré tout, la Dre Belley s'inquiéterait plus du méningocoque de type B dans la région que de cette problématique. «Est-ce qu'avec le réchauffement climatique, nos hivers vont devenir plus cléments et que les tiques infectées vont s'installer ici? On ne peut pas le dire. Elles vont au moins migrer à Québec avant d'arriver dans la région», réfléchit-elle.

La spécialiste ne pouvait avancer un chiffre précis sur les cas de la maladie de Lyme dans la région ces dernières années, mais ils se compteraient sur les doigts d'une main. «Les seuls qu'on peut retrouver facilement dans nos statistiques, ce sont ceux qui ont été acquis ici, mais il n'y en a pas», affirme Dre Sylvie Belley. Ou plutôt un seul en 2014, se reprend-elle, mais la médecin doute de son exactitude. «C'est un travailleur montréalais qui est venu passer quelques semaines en forêt dans le haut du Lac-Saint-Jean. Il a été diagnostiqué et il dit que c'est le seul endroit où il a passé du temps à l'extérieur, qu'il restait toujours en ville sinon.»

C'est pourquoi que sur la carte des municipalités à risque d'acquisition de la maladie de Lyme de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Saint-Félicien est la seule ville du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui présente un «risque possible», le niveau le moins élevé. Il signifie que «la présence des tiques dans l'environnement est présumée». Contrairement aux autres régions où des programmes de surveillance active et de recherche par des scientifiques sont organisés, il n'y a que de la surveillance passive ici.

«Lorsque les vétérinaires trouvent des tiques sur les animaux, ils les envoient au laboratoire qui analyse l'espèce de l'insecte et s'il porte la bactérie. Ça arrive fréquemment, mais rien ne pousse à parler d'endémicité répandue dans la région, poursuit la médecin. Il est plus probable que l'homme n'ait même pas attrapé la maladie ici, à moins qu'il ait été très malchanceux et qu'il ait croisé la seule tique dans toute la forêt qui a fait le voyage sur un oiseau.»

Les gouvernements canadien et québécois mettent en garde... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 3.0

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Les gouvernements canadien et québécois mettent en garde la population sur les risques de la maladie de Lyme sur leur site Web respectif.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Histoire de la maladie

La maladie de Lyme a été décrite pour la première fois en 1977. Seule la tique dite «du chevreuil» ou «à pattes noires» peut transmettre la bactérie Borrelia burgdorferi.

Le symptôme le plus courant est une rougeur de plus de cinq centimètres où la peau a été piquée, mais elle est seulement présente dans 60 à 80% des cas.

Le meilleur moyen de prévention est de porter des vêtements longs et d'utiliser du chasse-moustiques.

Les MRC de la Haute-Yamaska et de Brome-Misssisquoi sont les plus concernées par la problématique au Québec.

Il s'agit d'une maladie à déclaration obligatoire.

Le gouvernement canadien a aussi sanctionné la Loi sur le cadre fédéral relatif à la maladie de Lyme en 2014, où on peut lire dans le préambule que «plus de 80% de la population de l'Est et du Centre du Canada pourrait résider dans des zones à risque d'ici 2020».

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