Rio Tinto souhaite un meilleur appui du milieu régional

Gervais Jacques, directeur exécutif des opérations du groupe... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Gervais Jacques, directeur exécutif des opérations du groupe aluminium pour l'Atlantique, souhaite un plus grand appui de la part de la population régionale.

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Rio Tinto (RT) ne reçoit pas le soutien de la région dont elle a besoin. Un appui massif qui est essentiel pour assurer la robustesse, la rentabilité et l'avenir de la compagnie au Saguenay-Lac-Saint-Jean, plaide Gervais Jacques, directeur exécutif, opération Atlantique.

«Je ne sens pas d'appuis à la mesure où on pourrait en avoir», répond d'emblée le haut dirigeant, dans une entrevue éditoriale accordée au Quotidien.

«On investit 1 million$ par jour au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Trouvez une autre région qui bénéficie d'un tel investissement. Et on a ce qu'il faut pour être gagnant et je vise la médaille d'or. Notre région est capable de se qualifier aux Olympiques. Mais on a besoin d'être appuyé pour gagner cette médaille d'or. Un athlète olympique, dans le stade, a besoin de gens qui l'appuient. Quand on entend des huées, ce n'est pas facile. On a besoin de cet appui régional qui doit être beaucoup plus fort», insiste M. Jacques, qui travaille pour RT depuis 26 ans.

Au cours de la dernière année, la grogne envers la compagnie a monté d'un cran. La suppression de cadres, les délais dans la concrétisation d'Alma II et de la phase II d'AP60, l'attitude de la compagnie dans le dossier des berges du lac Saint-Jean, la fin de l'entente avec les firmes d'ingénierie de la région pour la location de ressources humaines et plus récemment le retrait financier dans le Quatuor Alcan ont engendré la colère de plusieurs intervenants régionaux. Des décisions qui ont été difficiles à prendre, admet M. Jacques, rappelant qu'elles ont été prises pour le bien de la région.

«J'aimerais que les gens comprennent bien. On est réellement en crise. C'est quelque chose qui ne transparaît pas de façon assez évidente et on ne se le dit pas assez souvent. L'industrie est en transformation totale. Il reste cinq usines d'aluminium aux États-Unis. Il y en avait dix, il y a à peine 18 mois. C'est vraiment la tendance de fond. Dans la région, l'équipe a amélioré sa robustesse pour être capable de passer à travers cette crise. Mais ça nous amène à prendre des décisions difficiles au quotidien», mentionne le directeur, qui est le frère d'Étienne Jacques, nommé récemment vice-président Santé, sécurité et environnement aluminium.

«D'autres compagnies ont fait des déficits, dont BHP Biliton. Malgré la performance difficile des marchés, on est encore profitable. Est-ce qu'on aimerait mieux avoir une entreprise qui ne s'ajuste pas et qui devient déficitaire au point de faire comme Anglo Amerian qui a fait 85 000 licenciement tout d'un coup? Ou on préfère une entreprise qui tend la main et qui veut en partenariat continuer à se transformer et viser l'excellence?», demande celui qui a autrefois dirigé l'Usine Vaudreuil.

L'annonce récente voulant qu'Alouette prévoit l'implantation de la technologie AP60 à Sept-Îles pour la prochaine phase d'expansion de son usine a inquiété les élus et les représentants syndicaux. Ces derniers estiment que le Complexe Jonquière devrait être la première usine à exploiter à grande échelle cette technologie, comme il a été promis dans le passé. L'annonce d'Alouette n'est pas incompatible au projet de la région, selon M. Jacques.

«Avec leur étude de faisabilité, ils (Alouette) s'en viennent au même niveau où on était. Et lorsque la demande sera là, on aura des projets à offrir ici et Alouette aura son projet à offrir. Et on croit qu'en augmentant l'excellence ici, ça ne sera pas une question. Ici, on sera plus attrayant. C'est pour ça qu'on a besoin d'être appuyé et applaudi.»

Mais les signes d'une reprise des marchés semblent absents, admet M. Jacques. Il faudra attendre encore quelques années avant de voir de meilleures conditions. «Il ne faut en effet pas attendre que le marché soit en meilleure posture pour investir, il faut voir venir. Mais ce qu'on voit, c'est que pour les prochains trois ans, le marché va demeurer difficile. Il faut cependant être prêt et nos études sont prêtes», pointe-t-il, en parlant des projets d'Alma II et la phase II d'AP60.

Aluminium vert

Rio Tinto fonde de grands espoirs sur son aluminium vert produit à partir de l'hydroélectricité. La création d'une certification internationale pour faire ressortir cette faible empreinte de carbone serait favorable pour la compagnie qui compétitionne avec des entreprises qui fabriquent de l'aluminium en utilisant du charbon.

«On travaille fort à ce que ça devienne un atout de produire de l'aluminium vert. Je suis personnellement membre du conseil d'administration d'Aluminium Stewardship Iniative (ASI) qui valorise l'aluminium durable. Ça regroupe certains producteurs et des clients. On a commencé à vendre de l'aluminium à faible empreinte de carbone. Mais actuellement, la demande est faible. Tout ça passe par la demande des individus. Quand vous faites le choix de prendre des légumes locaux pour réduire les gaz à effet, ça vient de l'individu. Je crois qu'on s'en va dans cette direction avec l'aluminium», constate Gervais Jacques.

Protectionnisme américain

Comme plusieurs autres compagnies, Rio Tinto regarde de près les élections américaines. La montée du protectionnisme inquiète les entreprises dans plusieurs secteurs d'activité.

«Si on regarde les élections américaines, le mot inquiétant résume bien la situation. Cet élan de protectionnisme, si ça remet les ententes de libre-échange en question, touche 85% de notre production. C'est 85% de notre métal qui s'en va aux États-Unis. Mais je préfère pour le moment penser que les différentes ententes seront protégées», commente M. Jacques, qui a fait son entrée au sein de RT à la fin de ses études universitaires, alors que son frère, Étienne Jacques, travaillait déjà pour la compagnie.

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