Un coroner recommande le «Taser» à Saguenay

La recommandation du coroner Sylvain Truchon n'est pas... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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La recommandation du coroner Sylvain Truchon n'est pas une surprise pour la Sécurité publique de Saguenay, qui étudie la possibilité d'avoir recours au Taser depuis déjà un certain temps.

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Les policiers de Saguenay pourraient bientôt utiliser un pistolet à impulsion électrique communément appelée « Taser ». C'est ce que recommande le coroner Sylvain Truchon à la suite de la mort de Mikel Dallaire, abattu par les policiers en 2012 à La Baie. Cet instrument aurait pu épargner la vie du jeune homme qui menaçait sa conjointe et les patrouilleurs avec un couteau. Mais à l'heure actuelle, les policiers de Saguenay ne disposent que du poivre de Cayenne et du bâton télescopique comme arme alternative.

Cette recommandation n'est pas une surprise pour la Sécurité publique de Saguenay (SPS) qui étudie depuis déjà un bon moment l'implantation de cette arme au sein de son corps policier. 

« Les démarches en ce sens sont déjà entamées. On vérifie actuellement ce qui se fait ailleurs. Il faut analyser la faisabilité, dont la formation qui doit être offerte et les coûts », précise le capitaine Steeve Gilbert de la SPS.

L'implantation de cette arme sur le territoire de Saguenay pourrait prendre encore quelques années. Contesté un peu partout dans le monde à la suite de décès causés par les décharges électriques, ce pistolet doit d'abord être analysé sous toutes ses coutures avant de faire son entrée à la SPS, insiste le capitaine Gilbert.

« C'est une analyse qui prend du temps. On parle d'un travail de longue haleine, car on veut s'assurer de faire les choses comme il faut », souligne-t-il. 

Dans le cas de Mikel Dallaire, le « Taser » aurait pu faciliter l'intervention, peut-on lire dans le rapport du coroner. Car l'utilisation de ce type d'arme inflige une douleur importante à la personne et une paralysie d'environ cinq secondes ce qui aurait pu permettre aux policiers d'intervenir physiquement auprès de Mikel Dallaire. Il aurait été plus facile à désarmer.

« Comme l'arme à impulsion électrique n'était pas disponible, l'utilisation des armes à feu dans les circonstances était la seule alternative disponible pour les policiers, particulièrement après plus de 50 minutes d'efforts pour établir un contact avec M. Dallaire en vue de désamorcer la situation sans usage de la force », écrit Me Truchon dans son rapport d'une douzaine de pages. « L'intervention policière a été effectuée en respect des enseignements et techniques policières en vigueur au Québec », conclut-il. 

Dans la province, plusieurs corps policiers utilisent déjà le « Taser », dont les services de police de Montréal et de Québec.

Le policier a tiré dans la jambe

Les policiers se font souvent reprocher de ne pas viser les jambes plutôt que le torse lors d'une intervention armée. Mais c'est ce que l'agent de la Sécurité publique de Saguenay a fait dans la nuit du 28 février 2012. Un projectile qui a été insuffisant pour maîtriser Mikel Dallaire, toujours armé d'un couteau. Le policier a donc tiré deux autres coups de feu dans le centre de masse, soit le tronc, comme il l'a appris à Nicolet. 

Dans le protocole d'utilisation de l'arme à feu à Saguenay, l'agent ne doit d'ailleurs tirer aucun coup de semonce, c'est-à-dire un coup de mise en garde. 

La raison la plus souvent évoquée pour justifier le choix du tronc est que les policiers tirent pour neutraliser la menace. Viser une jambe ou un bras serait plus difficile et les agents ne peuvent risquer de manquer leur cible. Mais il existe une raison balistique bien précise, explique Me Truchon, dans son rapport déposé le 3 août dernier. 

« On prend souvent le raccourci pour expliquer pourquoi les policiers visent le torse. Mais pour que les balles se déforment lors de l'impact, il faut une épaisseur de douze à dix-huit pouces de gel balistique (de chair humaine) », précise en entrevue Me Truchon. 

Ce dernier fait référence une étude menée notamment par Bruno Poulin. Cet expert avance qu'une balle tirée à un bras ou à une jambe est généralement insuffisante pour provoquer l'arrêt immédiat de la menace. « C'est précisément ce qui s'est passé dans le présent dossier lorsque le policier a tiré une première balle à la jambe de M. Dallaire, premier tir qui n'a pas arrêté l'action de l'individu. De plus, M. Poulin mentionne que les conditions d'intervention lors d'une opération policière ne sont pas celles d'un individu placé dans une situation de tir sportif notamment en raison du temps de réaction limité. « Le policier n'a en effet pas le temps d'ajuster son tir précisément pour viser un bras ou une jambe sur l'individu à maîtriser », peut-on lire dans le rapport du coroner.

L'événement

Le 28 février 2012, les policiers de Saguenay sont appelés à intervenir dans un logement de La Baie pour un cas de violence conjugale. La demande d'assistance policière a été faite par la conjointe de Mikel Dallaire. L'homme était armé d'un couteau et en détresse psychologique. Sa conjointe n'était toujours pas sortie de l'appartement.

Après plusieurs négociations avec les policiers, l'intervention s'est terminée par des coups de feu. Les balles ont atteint le thorax et l'extrémité du coccyx de Mikel Dallaire. Un premier projectile avait toutefois été tiré à la jambe, mais les blessures causées par cette toute première balle n'étaient pas mortelles.

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