Dur lendemain de veille

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Cet avion Cessna, stationné sur le tarmac de l'aéroport de Bagotville, a subi des dommages à sa carlingue.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Au lendemain de la micro-tempête de grêle qui a touché le secteur sud de Saguenay, entre Laterrière et La Baie, des dizaines de citoyens en étaient encore à constater, jeudi matin, les dégâts subis en compagnie d'agents d'indemnisation de leur compagnie d'assurances. Certains ont eu de mauvaises surprises.

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Plusieurs propriétaires de voiture ont eu de bien mauvaises surprises. 

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Rémi Beaumont, propriétaire d'une Dodge Charger 1968, était en train de construire un garage pour l'abriter lorsque la tempête a causé des dommages.

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C'est le cas de Jean-Noël Bergeron, propriétaire d'une résidence de la rue des Étourneaux, près de la route 170, qui a vu son mur de parement de vinyle troué à plusieurs endroits. Le septuagénaire avoue avoir eu peur lorsque de forts vents transportant la grêle ont frappé, à tel point qu'il ne pouvait apercevoir la maison de son voisin d'en face. 

En examinant attentivement son immeuble, son voisin lui a fait remarquer que les fondations permanentes, constituées de blocs de béton sur trois pieds de hauteur, se sont inclinées sous la force d'Éole. Outre ces dommages, M. Bergeron réclamera également des dommages pour son camion et une balançoire qui ont été abîmés. «Ce matin, je vais bien. Il faut prendre ça comme ça vient. J'ai appelé mes assurances et leurs représentants viendront voir ça», affirme-t-il candidement.

Dans le même secteur, Rémi Beaumont tond sa pelouse malgré d'importants dommages subis aux vitres et aux murs de sa résidence de même qu'à ses voitures. Sur son terrain, une rutilante Dodge Charger 1968 Hard Top qu'il a acquise l'an dernier, prête à se rendre à l'exposition de voitures anciennes de Granby, en fin de semaine, a affronté la tempête non sans avoir été endommagée à son capot et au pare-brise par la grêle. L'ironie est que M. Beaumont a commencé la construction des fondations d'un grand garage pour abriter ses trois voitures de collection. «Quand ça a débuté, j'étais en train de construire mon garage. Les gros glaçons rebondissaient jusqu'à une hauteur de quinze pieds après avoir frappé la styromousse.» Il demeure à la même adresse depuis 42 ans et c'est la première fois qu'il assistait à un tel phénomène.

Une tournée effectuée dans le stationnement de l'aéroport de Bagotville a permis d'observer la valse des remorqueuses prenant en charge plusieurs voitures aux pare-brise et toits ouvrants défoncés ou à la carrosserie bosselée. Jean-Christophe Lavoie, de Remorquage Bebou, en était à son troisième transport depuis le matin. Selon lui, plusieurs voyageurs séjournant à l'étranger pour une longue période auront une mauvaise surprise à leur retour. À la direction de l'aéroport, on nous a mentionné que dès la fin de la tempête, des équipes ont été mobilisées pour mettre en place des pellicules de plastique avec du ruban gommé en remplacement des pare-brise éclatés. Sur le tarmac, il est possible de constater qu'un avion ultraléger et un Cessna auront besoin de réparations en raison des affres de la tempête.

Du côté des autorités militaires de la base de Bagotville, la capitaine Marie-France Poulin a démenti les informations voulant que deux CF-18 aient décollé d'urgence afin d'éviter la cellule orageuse. «Ces deux avions ont pris le départ juste avant la tempête dans le cadre d'opérations normales. Par contre, un équipage à bord d'un hélicoptère CH-146 Griffon a pu éviter de peu la micro-tempête et abriter leur appareil sans qu'aucun dommage n'ait été subi.»

3000 réclamations

Le nombre de réclamations auprès des assureurs pourrait atteindre le cap des 3000, principalement pour des dégâts causés aux véhicules. Ce nombre important incite certaines compagnies à déployer des équipes supplémentaires d'experts en sinistres à Saguenay.

André Chapleau, porte-parole du Mouvement Desjardins, a déclaré en après-midi jeudi que près de 1000 réclamations ont été enregistrées, principalement pour des dommages subis aux automobiles. En raison du haut volume de réclamations, l'assureur a pris la décision de dépêcher une douzaine d'experts en sinistres qui seront regroupés dans un centre d'examen et d'évaluation des dommages des véhicules loué sur le boulevard Talbot à Chicoutimi. Il ajoute que les carrosseries de plusieurs véhicules pourront être réparées selon une méthode sans peinture, mais il est tout de même nécessaire qu'une évaluation des véhicules soit effectuée lors de rendez-vous.

Du côté de Promutuel du Lac au Fleuve, la même mesure s'applique avec l'ouverture d'un centre d'estimation dont les activités débuteront d'ici la fin de la semaine prochaine à la suite de prises de rendez-vous. Pour ce qui est des dommages causés aux résidences, des équipes ont commencé à traiter les urgences et effectuer des visites d'inspection.

Josée Doré, directrice du secteur indemnisation, estime à 400 le nombre de réclamations qui lui seront acheminées.

Beaucoup de travail

Les clients de commerces spécialisés dans le remplacement de pare-brise ne chôment pas puisque depuis mercredi après-midi, le téléphone ne dérougit pas et les cours se remplissent de véhicules endommagés.

Normand Gagnon, propriétaire de Pare-brise Talbot, qualifie de démentielle et tout à fait illogique la situation actuelle. La plus grande difficulté, selon lui, est de gérer l'impatience des clients qui croient qu'ils peuvent faire réparer leur véhicule tout de suite. «On est rendus à prendre des rendez-vous pour la prochaine semaine. Ce matin, j'ai un client à qui on a protégé le véhicule avec du plastique et qui a décidé d'aller ailleurs chez un concurrent.»

Par expérience, M. Gagnon croit que plusieurs véhicules ayant un certain âge pourraient tout simplement être déclarés perte totale, même s'ils n'ont subi que des dommages à la carrosserie ou aux vitres. Il cite en exemple certains véhicules de la fin des années 2000 dont les dommages étaient plus élevés que la valeur résiduelle.

Un véritable monstre

La tempête de grêle survenue mercredi en début d'après-midi a été causée par un véritable monstre. Le cumulonimbus, formant une colonne s'étirant jusqu'à 14 kilomètres d'altitude (50 000 pieds), aspirait avec puissance l'air humide en basse altitude vers le haut, ce qui a favorisé l'agglomération de gouttelettes et la création de gros grêlons.

Glen Slauenwhite, technicien en météorologie à la base de Bagotville, était en poste mercredi après-midi et a suivi sur ses radars le phénomène qui s'est produit. Dès 7h le matin, M. Slauenwhite a communiqué avec le centre météorologique de Gagetown pour confirmer que des orages violents étaient susceptibles de traverser la région. «On savait que des orages violents surviendraient, mais il était impossible de déterminer la grandeur et l'endroit où ça se produirait», explique le technicien.

Vers 13h, le militaire savait que les orages violents allaient déferler en raison de l'approche d'un front froid qui est passé sur le lac Saint-Jean, augmentant ainsi le risque d'un choc violent au-dessus d'un couloir relativement restreint. Selon les données prélevées, la tempête de grêle a occupé un couloir d'environ un kilomètre de large avec des vents qui ont atteint une vitesse d'environ 60 km/h.

M. Slauenwhite ajoute qu'il y a bel et bien des similitudes avec des phénomènes qui se produisent dans le Mid-Ouest américain, mais les comparaisons sont difficiles puisque le Québec, avec ses grands plans d'eau comme la baie James, le fleuve et la proximité des Grands Lacs, ne permet pas d'accumuler autant d'énergie que les grandes plaines américaines s'étendant sur des milliers de kilomètres, d'où la rareté du phénomène qu'on a vécu.

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