Des refuges acoustiques réclamés

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Le groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM) réclame des refuges acoustiques pour la protection du troupeau de bélugas du Saint-Laurent. Les sites de la baie Sainte-Marguerite sur le Saguenay et la zone de Cacouna, sur le fleuve, sont visés afin de freiner la vague sans précédent de décès chez les femelles en gestation et les jeunes baleines blanches.

On reconnaît Delphi par la tache grise et... (Photo courtoisie, GREMM) - image 1.0

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On reconnaît Delphi par la tache grise et les points blancs qui recouvrent sa crête dorsale. Sa petite taille et sa couleur foncée lors de sa première observation, en 2006, suggèrent qu'elle est née autour de 2004. Delphi sera bientôt en âge d'avoir un premier veau. Au sein de ces communautés, les associations varient en fonction de l'âge ou de leur état reproductif.

Photo courtoisie, GREMM

Les scientifiques font en ce moment face à une situation sans précédent avec la colonie de bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent alors que la population qui s'était stabilisée au tournant des années 2000 est maintenant en décroissance. Les scientifiques et dirigeants du GREMM jugent la situation tellement grave qu'ils ont décidé d'interpeller les premiers ministres du Québec et du Canada pour les sensibiliser à la cause. Ils ont même confié symboliquement à Justin Trudeau et Philippe Couillard les bélugas Leucas et Delphi.

Selon le directeur scientifique du GREMM, des mesures et décisions prises au tournant des années 1980 comme l'élimination du DDT et des produits toxiques de l'industrie de l'aluminium (HAP, BPC) au Saguenay commencent aujourd'hui à donner des résultats avec la réduction des cancers des bélugas. Ces gains environnementaux ne sont pas suffisants et les scientifiques en arrivent à la conclusion qu'il est maintenant nécessaire d'intervenir sur des éléments plus faciles à contrôler comme le «dérangement» des animaux par le bruit et donc les activités maritimes.

«Nous ne demandons pas aujourd'hui la fermeture de la voie maritime du Saint-Laurent puisque nous sommes conscients de la nécessité de cette activité. Nous voulons toutefois que dans le cadre de la Stratégie maritime du Québec, l'on tienne compte des impacts globaux de l'activité maritime et que l'on prenne des mesures pour compenser l'habitat du béluga avec la création des refuges acoustiques», explique Robert Michaud, cofondateur, président et directeur scientifique du GREMM.

Il cite en exemple le cas particulier de la rivière Saguenay où l'industrie et les administrations portuaires comptent développer de nouveaux projets qui vont avoir un impact sur la présence de bateaux dans le fjord, et donc augmenter le bruit dans une zone sensible comme la baie Sainte-Marguerite que les femelles bélugas fréquentent en permanence avec les petits. «Il y a le projet d'Arianne Phosphate qui est à l'étude. L'an prochain, ça sera l'ajout d'un terminal de gaz naturel liquéfié. On parle de la possibilité d'utiliser le terminal d'Arianne Phosphate pour d'autres projets miniers en plus des bateaux de croisière», insiste le chercheur qui se réjouit du fait que les fonctionnaires fédéraux aient exigé que l'administration portuaire de Saguenay approfondisse les données de ses études sur les impacts du projet pour les bélugas.

Le biologiste n'achète pas les explications fournies par l'administration portuaire de Saguenay qui affirme que les nouveaux projets à l'étude vont ramener la circulation maritime au niveau de celle des années 1980. «Ce n'est jamais une bonne idée de retourner à la situation du passé. Nous avons avancé dans plusieurs domaines et nous ne sommes pas en présence des mêmes bateaux.»

Robert Michaud espère que l'on ne se retrouvera pas dans une situation d'opposition entre la survie des bélugas et le développement économique. Au contraire, le scientifique considère qu'il y a moyen de concilier le développement et la protection de la petite baleine blanche en protégeant des habitats pour en faire un réseau de refuges acoustiques où il y aurait des restrictions importantes pour la navigation.

«Le problème, c'est que l'on va étudier les projets un à un. Les gouvernements doivent procéder à une évaluation globale des projets et des 16 zones portuaires identifiées dans la stratégie québécoise. À partir de ces études, on pourra faire des choix et privilégier certaines zones et en protéger d'autres.»

Le directeur scientifique du GREMM considère que cette approche visant à créer un réseau de refuges acoustiques ne doit pas s'adresser uniquement à la navigation commerciale. Il n'y a pas qu'un seul gros «méchant pollueur», plaide-t-il. En ce sens, les entreprises spécialisées dans l'observation des mammifères marins qui ont adapté leur comportement auraient aussi des restrictions quant aux zones de navigation puisqu'en ce moment, elles naviguent dans des secteurs considérés comme sensibles pour la baleine blanche.

Au début des années 1980, les gouvernements ont autorisé des campagnes majeures de relevés sismiques dans le golfe Saint-Laurent pour tenter de découvrir des gisements de pétrole. Aujourd'hui, le rorqual bleu est pratiquement disparu de ce qui était considéré comme l'un de ses habitats de prédilection. Cet exemple devrait servir selon le chercheur pour justifier la mise en place de ce réseau de refuges acoustiques.

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