Allaitement: la région reste à la traîne malgré tous les efforts

Les Jeannoises et les Saguenéennes allaitent toujours moins que les autres... (Photo 123RF)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Les Jeannoises et les Saguenéennes allaitent toujours moins que les autres Québécoises. Au premier contact postnatal effectué par les CLSC dans les 29 premiers jours de l'enfant, 65% des mères donnaient le sein en 2015-2016. La moyenne provinciale atteint les 82% pour la même période. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean occupe l'avant-dernier rang, juste devant la Côte-Nord qui affiche un taux d'allaitement de 59%.

Et malgré toutes les initiatives mises sur pied au cours des 10 dernières années pour favoriser l'allaitement, la région n'a pas connu d'amélioration contrairement à l'ensemble du Québec qui a vu son taux grimper de 10% depuis la dernière enquête nationale menée en 2006 au Québec.

«Il y a eu en effet une augmentation partout au Québec. Mais dans la région, on n'a pas senti cette progression. Est-ce qu'il y a une culture de non-allaitement au Saguenay-Lac-Saint-Jean? C'est ce que certaines études tendent à démontrer. Les femmes voient moins de mères allaiter. Quand tu en vois moins, on est peut-être moins porté à le faire aussi», répond Caroline Benoît, nutritionniste au CIUSSS et responsable du dossier allaitement pour la région.

Les difficultés liées à l'allaitement, dont les blessures et le manque de lait, découragent également les femmes. Mais ce sont des difficultés qui sont vécues par l'ensemble des Québécoises. «Peut-être qu'il y a moins de préparation en région. Car il y a de véritables défis à l'allaitement. Notre but est d'ailleurs de mieux outiller les femmes pour faire face à ces défis. Parfois, certains considèrent que le réseau de la santé met de la pression pour allaiter, mais ce qu'on veut, c'est de s'assurer que les mamans ont toutes les informations et le soutien possible pour atteindre leur objectif», rappelle Mme Benoît.

Pourtant, il y a quelques années à peine, la région avait bon espoir de devenir un des endroits les plus proactifs en matière d'allaitement. Quelques hôpitaux ont en effet entamé des démarches pour devenir un établissement «Ami des bébés». Un programme de l'Organisation mondiale de la santé visant la création de milieux de soins où l'allaitement maternel constitue la norme.

«Il y avait de l'espoir pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean fasse figure de proue dans le domaine. Mais en 2016, la région ne compte encore aucun établissement ami des bébés, alors qu'il en existe plus d'une vingtaine au Québec. Les hôpitaux n'ont pas été en mesure d'avoir cette accréditation, car ça prend un taux d'allaitement plus élevé», précise Mme Benoît.

Une affaire de société

Depuis quelques décennies, le gouvernement et les organismes de santé recommandent l'allaitement exclusif pendant les six premiers mois de l'enfant. Il a en effet été prouvé que l'allaitement maternel est bénéfique sur la santé du bébé et de la maman. Plus l'enfant est allaité longtemps, plus il y a de bénéfices pour la santé.

C'est d'ailleurs pour cette raison que la pression de l'allaitement ne doit pas reposer uniquement sur les épaules de la mère, croit Caroline Benoît du CIUSSS. Car c'est toute la société qui profite de gens plus en santé. «La promotion de l'allaitement a ses limites. Les femmes connaissent les bienfaits. Maintenant, on ne croit pas que la pression doit reposer uniquement sur les épaules de la femme. C'est l'affaire de toute la société. Et si on veut que la culture change, il faut changer l'environnement. L'International des montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, par exemple, aménage une belle salle d'allaitement. On pourrait en voir davantage dans nos événements. Ça prend aussi davantage d'employeurs qui facilitent la vie des femmes qui allaitent», insiste Mme Benoît, estimant que le regroupement des hôpitaux de la région sous le CIUSSS permettra de développer une meilleure stratégie pour l'allaitement.

La population doit également mieux accepter de voir des femmes donner le sein en public. Car en 2016, des mères se font encore dévisager ou se font inviter à sortir d'un commerce.

«Il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'une femme dans la région dise avoir été sortie d'un magasin, car elle allaitait. Ça dérange, alors que l'allaitement est un droit. Mais ce ne sont pas toutes les femmes qui vont oser se défendre», constate la responsable du dossier allaitement pour le CIUSSS.

Divers facteurs peuvent expliquer les différences

Plus la mère est âgée, plus elle sera portée à allaiter. C'est ce que démontrent plusieurs études, dont la dernière enquête nationale réalisée par l'Institut de la statistique du Québec en 2006. C'est d'ailleurs ce qui pourrait expliquer en partie les faibles résultats du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La proportion de jeunes mamans dans la région dépasse la moyenne provinciale. Le taux de fécondité des jeunes filles de 15 à 19 ans a atteint les 8%, soit un point de plus que l'ensemble du Québec, selon les statistiques de 2014. Et le taux pour les femmes de 20 à 24 ans frôle les 55%, soit près de 15 points de plus que la moyenne provinciale.

Dans les régions de Montréal et Laval, on constate le contraire. Ces deux secteurs, où l'allaitement maternel est très répandu, affichent un taux de fécondité élevé chez les 35 ans et plus et un taux deux fois plus faible que la moyenne pour les 20 à 24 ans.

Le statut matrimonial influence également l'allaitement. Les femmes mariées donnent davantage le sein que les mères monoparentales.

Il a également été démontré que plus la femme a un haut niveau de scolarité, plus elle allaitera.

Par ailleurs, les femmes qui sont nées ailleurs qu'au Canada allaitent également davantage que les Québécoises d'origine. Montréal et Laval comptent plus d'immigrantes, ce qui pourrait aussi expliquer ces importantes disparités régionales en matière d'allaitement.

Dans cette culture québécoise, d'ailleurs, il y a la sexualisation des seins qui peut freiner certaines femmes à allaiter. Alors que pour certains peuples le sein n'est pas sexuel, en Amérique du Nord, un culte est voué à cette partie du corps.

Mais d'autres facteurs que l'immigration doivent être considérés, car l'Abitibi-Témiscamingue (79%) enregistre un taux d'allaitement maternel bien plus important qu'au Saguenay-Lac-Saint-Jean, sans toutefois disposer d'un plus grand nombre d'immigrantes parmi sa population.

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