Le ministre Heurtel serre la vis

L'ouvrage de béton doté d'une centrale hydroélectrique construit... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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L'ouvrage de béton doté d'une centrale hydroélectrique construit en 1957 est d'une hauteur de 13,2 mètres et d'une longueur de 68 mètres. Il retient 283 575 mètres cubes d'eau provenant du bassin versant de 647 km carrés.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Presque 20 ans après le déluge du Saguenay qui a causé d'importants dégâts dans la municipalité de L'Anse-Saint-Jean, le ministre de l'Environnement, David Heurtel, a émis une ordonnance à l'endroit d'Hydro-Morin, exploitante du barrage situé sur la rivière Saint-Jean.

Il l'enjoint de se conformer à la Loi sur la sécurité des barrages en produisant une étude d'évaluation de la sécurité de ses installations et à lui transmettre un exposé des correctifs à apporter incluant un calendrier de réalisation. Il est aussi exigé qu'Hydro-Morin se conforme aux exigences relatives au plan de gestion des eaux retenues et sur le plan des mesures d'urgence.

Selon le contenu de l'ordonnance signifiée le 20 juin dernier et rendue publique mercredi, il s'avère que malgré de nombreuses démarches effectuées, Hydro-Morin tarde depuis 2008 à produire ces documents cruciaux.

Soulignons que le barrage à forte contenance de L'Anse-Saint-Jean est classé «C» avec un niveau de conséquences en cas de rupture considéré comme important. L'ouvrage de béton doté d'une centrale hydroélectrique construit en 1957 est d'une hauteur de 13,2 mètres et d'une longueur de 68 mètres. Il retient 283 575 mètres cubes d'eau provenant du bassin versant de 647 km carrés.

Selon le contenu de l'ordonnance, Hydro-Morin se devait de remettre les documents en avril 2008. Malgré des démarches effectuées depuis août 2006 qui se sont répétées à de multiples reprises chaque année jusqu'en avril dernier, Hydro-Morin et sa représentante, Louise Morin, n'ont jamais remis les documents cités plus haut ainsi que les cartes sommaires d'inondation malgré les visites effectuées sur place, avis de retard, avis d'infraction, sommations. Le 1er février 2013, Hydro-Morin a déposé deux documents à la direction de la sécurité, soit un rapport d'inspection et une étude de rupture qui ont été jugés incomplets puisqu'ils ne contenaient pas d'étude de vérification de la stabilité du barrage pas plus que les correctifs à apporter et le sommaire du plan de gestion des eaux usées. Le 23 février 2015, un rappel par courriel a été effectué afin de connaître l'état d'avancement d'une dizaine de documents à produire, dont des recommandations d'ingénieurs portant sur les interventions nécessaires à effectuer sur le pourtour du réservoir en cas de crue.

À la suite d'un avis préalable à l'ordonnance émis le 14 mars dernier, Hydro-Morin a proposé le 26 avril un calendrier de préparation et de réalisation des études qui s'étend du 27 mai jusqu'au 9 septembre. Hydro-Morin dispose d'un délai de neuf mois pour livrer les documents demandés.

Malgré tout, le ministère de l'Environnement juge nécessaire l'émission d'une ordonnance pour vérifier la sécurité du barrage tout en prenant note des démarches annoncées par Hydro-Morin pour respecter l'ordonnance.

Du côté d'Hydro-Morin, il n'a pas été possible d'obtenir une entrevue avec la responsable, Louise Morin.

Au ministère de l'Environnement, le porte-parole, Marc Falardeau, n'a pas été en mesure de répondre à nos questions visant à déterminer quel est le niveau de sécurité de cet ouvrage de retenue.

Le maire Martel surpris

Le maire de L'Anse-Saint-Jean, Lucien Martel, a été estomaqué d'apprendre que le ministère de l'Environnement ait été obligé de recourir à une ordonnance pour obliger un propriétaire à produire une étude sur la sécurité de son barrage.

Invité à commenter la procédure juridique entreprise par le ministère, le maire anjeannois a déclaré qu'il n'était pas du tout au courant du dossier qui traîne en longueur depuis 2006.

«Je suis en train de prendre connaissance du communiqué et de l'ordonnance. Je suis surpris de ce que je lis. Ça fait quelques fois que le ministère leur envoie des demandes. Je trouve ça vraiment irresponsable de la part d'un propriétaire de barrage de ne pas se conformer aux demandes faites compte tenu qu'il y a beaucoup de personnes qui vivent en aval et dont la vie pourrait être mise en danger en cas de crues importantes», déclare M. Martel.

Ce dernier rappelle qu'en juillet 1996, aux pires moments après les pluies diluviennes, des inquiétudes avaient été soulevées face au danger de rupture à tel point qu'il avait été demandé à la population de quitter les basses terres en aval du barrage.

Au cours des prochains jours, M. Martel entend communiquer avec la direction du ministère afin d'effectuer un suivi du dossier puisque rien n'indique que les événements désastreux de juillet 1996 ne pourraient se répéter.

Dans un rapport produit au printemps 2015, le Vérificateur général du Québec avait constaté que le ministère de l'Environnement n'a pas réussi à assurer le respect de la loi en matière d'évaluation de la sécurité des barrages. Seulement 39 dossiers avaient été complétés pour l'évaluation de la sécurité des barrages à forte contenance. Des dossiers peuvent prendre plusieurs années avant d'être complétés. Au 30 novembre 2014, 151 dossiers étaient toujours incomplets (41%) ou absents six ans après l'échéance. Le vérificateur constatait que le ministère a négligé de recourir aux mesures légales pour inciter les propriétaires de barrage à respecter les exigences relatives à l'évaluation de la sécurité.

La province compte plus de 5900 barrages d'au moins un mètre dont la majorité (60%) est détenue par des propriétaires privés.

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