CIUSSS: rien n'échappe aux compressions

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La présidente et la présidente-directrice générale du CIUSSS, France Guay et Martine Couture, ont écouté les doléances de quelques représentants syndicaux, mercredi soir à Jonquière, lors de la séance du conseil d'administration.

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Aucun département n'échappe aux nouvelles compressions de 15 millions$ imposées au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région. Parmi les quelque 130 postes abolis, les services professionnels et les services multidisciplinaires perdront respectivement 65 et 16 emplois. La santé mentale et le soutien à l'autonomie des personnes âgées sont aussi frappés par les coupes avec la perte de cinq et 12,6 postes. Deux secteurs pourtant prioritaires pour le premier ministre, qui a promis cette semaine de réinvestir dans les programmes de santé mentale et de soins à domicile.

Dans le département de soins infirmiers, on prévoit l'abolition d'une dizaine d'emplois. Mais le nombre devrait être supérieur, car les infirmières se retrouvent dans plusieurs autres secteurs touchés, notamment le programme jeunesse qui sera amputé de 6,2 employés. Les services spirituels ne sont pas non plus épargnés. À Chicoutimi, un poste à temps quasi complet (0,8) sera supprimé. En 2014, rappelons-le, le CSSS Lac-Saint-Jean-Est s'était attiré les foudres en abolissant le poste de responsable de la pastorale.

150 mesures

En tout, près de 150 mesures seront appliquées au cours de l'année pour réduire les dépenses de 15 millions$.

«Ce sont en effet beaucoup de mesures qui vont de quelques milliers de dollars à plus d'un million. Et c'est l'addition de ces mesures qui va nous permettre d'atteindre la cible de 15 millions$», a mentionné la présidente-directrice générale du CIUSSS, Martine Couture.

Le projet de chirurgie régionale, qui vise notamment à optimiser l'utilisation des plateaux de la région, est l'un des plus rentables pour le CIUSSS, qui économisera un million$.

Avec la mise en place d'Optilab, c'est-à-dire la centralisation des tests de laboratoire à Chicoutimi, le réseau régional épargnera 500 000$ en abolissant 43,2 postes.

Stationnements

En plus des pertes d'emplois, la direction du CIUSSS compte augmenter ses revenus avec les stationnements. Les employés et visiteurs de certains centres de santé devront en effet payer plus cher leur espace de stationnement, ce qui rapportera près d'un demi-million$ au réseau régional de la santé.

«C'est sûr qu'entre choisir une mesure de stationnement ou une mesure d'organisation de services de soins, le choix était évident», a exprimé Mme Couture.

Le CIUSSS s'attaquera également au taux d'absentéisme qui a fait un bond cette année. En privilégiant le cas par cas et en surveillant de plus près les plus «grands utilisateurs de l'assurance salaire», l'organisation espère économiser 1,5 million$.

Quant aux prétentions des différents syndicats, voulant que certains patients doivent payer davantage de médicaments, Mme Couture n'a pas voulu s'avancer sur ce terrain, prétextant ne pas avoir toutes les réponses en main.

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Plusieurs dizaines de personnes ont assisté à la séance du conseil d'administration du CIUSSS, dont quelques représentants syndicaux de la région.

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Des mesures improvisées, craignent les syndicats

(Laure Gagnon-Tremblay) - La présidente du Syndicat des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires (SPSIC), Martine Côté, estime que les compressions annoncées par le CIUSSS sont improvisées et expéditives.

«Il n'y a eu aucune consultation auprès des professionnels. Il y a des psychiatres qui ont appris cette semaine qu'il allait y avoir des coupes dans leur département.»

Selon elle, il s'agit d'une «opération purement comptable», qui ne vise qu'à réduire les chiffres et ne prend pas en compte les besoins de la population. D'ailleurs, elle croit fermement que les coupes affecteront directement les patients. «Le prix des stationnements va augmenter et celui de la nourriture à la cafétéria également. Il y a même certains pansements que les personnes vont devoir aller chercher elles-mêmes! La population va devoir piger dans ses poches à la suite de ces compressions», mentionne-t-elle.

Mme Côté donne également comme exemple les patients qui suivent des traitements de chimiothérapie. «On sait que ce genre de traitements donne des vomissements à plusieurs personnes. Et bien, ils vont devoir aller chercher eux-mêmes des médicaments anti-nausées, pour qu'ils soient administrés par le CIUSSS. Et ce sera la même chose pour les maisons de soins palliatifs!» Elle croit qu'il s'agit d'une dérive vers le privé.

«On nous a demandé de travailler de concert avec le CIUSSS pour minimiser les impacts cet été. On est prêts à le faire, sauf qu'on veut prendre le temps d'analyser les différentes options et travailler ensemble cet automne», ajoute Mme Côté.

Elle croit également que certaines compressions sont irréalisables, et aimerait que le CIUSSS s'en rende compte. Elle estime notamment que la suppression d'un poste d'infirmière dans l'aile de soins psychiatriques pourrait causer beaucoup de problèmes. «L'aile psychiatrique a des besoins à toute heure du jour ou de la nuit. Si on supprime un poste, ça peut nuire à la sécurité des patients, mais également des travailleurs», explique-t-elle.

«Les gestionnaires ne font que répondre»

(Laure Gagnon-Tremblay) - Le gouvernement libéral force la main des gestionnaires du CIUSSS de la région à faire des compressions dans les services à la population, estime la présidente du Syndicat des intervenantes et intervenants de la santé du Nord-Est québécois (SIISNEQ), Nathalie Savard.

«Lorsqu'on nous a fait l'annonce des compressions budgétaires, lundi, les gestionnaires n'étaient pas très heureux. Il n'y a personne au CIUSSS qui est content de ces coupes, je crois», raconte Mme Savard.

Selon elle, les premiers responsables des pertes d'emplois annoncées sont le ministre Barrette, le premier ministre Couillard et tous les députés qui les appuient.

«Une commande de 15 M$ à couper, ce n'est pas facile à réaliser, admet-elle. Les gestionnaires ne font que répondre aux demandes du gouvernement.»

D'après elle, les soins vont de plus en plus vers le privé, et c'est la population qui en écope.

La présidente de la SIISNEQ croit qu'on assiste également à une dégradation des soins de santé. «Je crois que le docteur Couillard n'a pas pratiqué ni mis les pieds dans un département de santé depuis longtemps. Sinon, il remarquerait la diminution de la qualité des services.»

Par ailleurs, elle mentionne que le CIUSSS a annoncé l'abolition d'environ 135 postes équivalents temps plein. «Ça veut dire que ce seront peut-être 200 ou 250 personnes qui seront touchées au bout du compte», déplore Mme Savard.

Par ailleurs, la présidente ajoute que ce ne sont pas les travailleurs représentés par la SIISNEQ qui sont majoritairement touchés par les compressions, mais qu'elle se sent tout de même interpellée, puisque ce sont des collègues qui en écopent.

Aide à mourir

(Laura Lévesque) - Un seul patient du Saguenay-Lac-Saint-Jean a obtenu l'aide médicale à mourir depuis l'entrée en vigueur de la loi sur les soins de fins de vie, en décembre. Il s'agit de l'unique personne qui en a fait la demande, entre le 10 décembre et le 9 juin dernier, car aucune demande n'a été refusée, selon les données dévoilées mercredi par la direction du CIUSSS.

Dans la province, plus de 120 patients ont réclamé l'aide médicale à mourir depuis décembre. Mais près de 30 % de ces personnes n'ont pas pu en bénéficier. À plusieurs occasions, le patient est décédé avant l'intervention.

D'autres régions du Québec ont également divulgué ces informations au cours des derniers jours. En Mauricie et au Centre-du-Québec, par exemple, 11 personnes ont fait une demande. En Outaouais, huit patients ont réclamé cette intervention, mais seulement cinq en ont bénéficié.

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