Un Saguenéen scrute l'économie du globe

Jean-François Tremblay a deux bacs, une maîtrise et... (Photo tirée d'internet)

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Jean-François Tremblay a deux bacs, une maîtrise et parle quatre langues. Le voici lors d'une entrevue accordée au réseau d'information britannique Sky News.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Lorsqu'il a terminé ses études secondaires au Séminaire de Chicoutimi, Jean-François Tremblay ne parlait pas un mot d'anglais. Trente ans plus tard, le Saguenéen maîtrise non seulement la langue de Shakespeare sur le bout de ses doigts, il occupe un poste hautement stratégique chez Moody's, l'une des trois plus prestigieuses agences de notation financière au monde.

Le parcours de Tremblay, 47 ans, n'a rien d'ordinaire. De son propre aveu issu d'un milieu modeste, le fils de Jocelyne Pilote et d'André Tremblay se voyait évoluer dans le monde des arts, un domaine situé aux antipodes de la finance, dans lequel il a fait sa marque du Canada jusqu'au Royaume-Uni, en passant par New York, Berlin et Tokyo.

« Mon parcours en a surpris plusieurs, moi le premier. Quand j'étais au secondaire, je faisais du théâtre et de l'impro. Tout le monde pensait que j'allais devenir un acteur », relate Jean-François Tremblay, avec qui nous avons discuté au téléphone jeudi, alors qu'il se trouvait à Oxford, en Angleterre.

Dix-huit mois après son arrivée dans la City, le coeur financier de Londres, dans la foulée de l'obtention du titre de directeur associé, groupe institutions financières chez Moody's, il profitait de quelques jours de congé en compagnie de membres de sa famille. Fait plutôt rare pour ce spécialiste de la finance responsable d'une équipe d'analystes chargée de noter les grandes banques d'Afrique, du Moyen-Orient, de Turquie et du Sud-Est de l'Europe.

Le portefeuille géré par Jean-François Tremblay a de quoi impressionner : 250 banques, soit le quart des 1100 institutions financières de la planète qui se trouvent sous la lorgnette de Moody's. En plus de superviser une équipe de 27 analystes, Jean-François Tremblay préside des comités de notation. De plus, il appose son sceau d'approbation sur tous les documents qui émanent des activités de recherche fondamentale réalisées par son agence. Moody's fait paraître autour de 500 publications annuellement portant sur l'économie et les tendances des marchés, destinées aux investisseurs. Et comme si ce n'était pas assez, l'expert préside des comités spéciaux chargés de développer de nouveaux produits.

Deux bacs, une maîtrise, quatre langues

Jean-François Tremblay est tombé dans la marmite de la finance après avoir fait ses études universitaires. Un premier baccalauréat en psychologie l'a mené vers un deuxième, en relations internationales. Puis, il a jugé qu'il était opportun de couronner le tout avec une maîtrise en économie internationale. Tous ces diplômes ont été acquis à l'Université d'Ottawa, un établissement choisi par Jean-François Tremblay parce qu'il y voyait l'opportunité d'apprendre la deuxième langue officielle du pays. « J'avais mes cours en anglais et je pouvais remettre mes travaux en français alors c'était plus facile pour moi. Aujourd'hui, c'est moi qui corrige les Anglais ! », ironise le Saguenéen, expatrié depuis trois décennies. 

Bardé de diplômes, Jean-François Tremblay a frappé aux portes du ministère canadien des Finances. Une bonne prise pour le fédéral, qui a maintenu son lien d'emploi avec le jeune prodige de l'économie pendant plus de 12 ans.

Tremblay a momentanément quitté pour un poste de conseiller financier en Allemagne, auprès de la Banque centrale européenne, à la demande de la Banque du Canada. Il est plus tard rentré à Ottawa, où il a joué un rôle clé dans la réforme des finances du gouvernement fédéral. Deux ans plus tard, il avait fait le tour du jardin.

L'offre de Moody's est survenue en pleine crise financière, cette même semaine où la banque d'investissement multinationale Lehman Brothers a fait faillite. C'était une occasion en or que le Chicoutimien n'a pu refuser. Le premier mandat du nouveau directeur de la recherche globale au bureau de New York a réclamé de lui qu'il épluche les impacts de la crise sur les marchés internationaux. Un véritable baptême du feu qui a littéralement ouvert les portes du monde à Jean-François Tremblay.

Découvrir le monde à travers l'économie

Jean-François Tremblay attribue sa réussite en finances à son désir de découvrir le monde et de « le comprendre pour vrai ».

Et quel meilleur moyen pour satisfaire une telle curiosité qu'analyser les fondements de l'économie d'un pays ?

« Quand j'étais plus jeune, j'étais aussi passionné de géographie et de voyages. J'ai des origines très modestes et je me suis dit : '' je vais aller découvrir le monde et je vais essayer de comprendre comment ça marche'' », raconte celui qui revient dans la région une fois par année et qui demeure très proche des membres de sa famille. 

Jean-François Tremblay a quitté le Saguenay-Lac-Saint-Jean il y a fort longtemps, mais il s'exprime avec tellement d'aisance dans sa langue maternelle que l'on pourrait croire qu'il n'est jamais parti. Aujourd'hui, Jean-François Tremblay parle quatre langues. Au français et à l'anglais s'ajoutent l'allemand et l'espagnol. Le petit gars de Chicoutimi a toutefois abdiqué face à la langue de l'Empire du Milieu, l'une des deux que maîtrise son épouse, Chinoise-Américaine d'origine. 

Jean-François Tremblay empile les heures de travail chaque semaine et multiplie les réunions et les téléconférences. 

« Nous avons des bureaux à Dubai et nos employés là-bas suivent le calendrier musulman. Les bureaux sont donc fermés le vendredi, mais ils sont ouverts le dimanche et tout le monde travaille. Il faut suivre le rythme », pointe-t-il. Peu de répit, donc, pour ce bourreau de travail, qui songe à prendre sa retraite vers l'âge de 50 ans. Le gourou de la finance demeure toutefois pragmatique.

« Je sais que ce ne serait pas réaliste de passer du chaud au froid du jour au lendemain alors on verra », confie celui qui « aurait l'envie » d'effectuer un retour aux sources un jour et qui ne ferme pas la porte à d'éventuels mandats à titre de consultant en sol canadien. 

En attendant, Jean-François Tremblay continue de scruter l'économie du globe à la loupe et d'analyser ses moindres soubresauts, particulièrement les remous que pourrait provoquer la Chine sur l'échiquier mondial des finances.

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