«Je me sens incestueux, sale»

Daniel Lemieux était préparé à faire son entrée... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Daniel Lemieux était préparé à faire son entrée en prison. Son avocat, Me Luc Tourangeau, a vu à amener son sac de vêtements.

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Le Jonquiérois Daniel Lemieux se retrouve à l'ombre pour une période de 15 mois et 15 jours pour avoir été en possession de plus de 70 000 fichiers de pornographie juvénile et d'en avoir fait la distribution.

L'homme de 66 ans a entendu le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, trancher entre la suggestion de Me Luc Tourangeau (défense) de 12 mois et celle de Me Sébastien Vallée (Couronne), de 18 mois. L'accusé a pris le chemin de la prison de Roberval.

Lemieux avait été arrêté le 30 octobre 2014 lorsque l'Équipe d'enquête sur l'exploitation sexuelle des enfants sur Internet de la Sûreté du Québec est débarquée à son domicile du boulevard du Royaume, à Jonquière. Ils y ont alors saisi les ordinateurs de la maison. À la suite de la fouille du disque dur, les policiers ont découvert 50 049 fichiers de photos de pornographie juvénile, 15 525 dossiers de nudité juvénile, 5552 fichiers animés de pornographie juvénile et 30 autres fichiers animés de nudité.

Il a été démontré que Daniel Lemieux, qui se déplace en fauteuil roulant en raison de la sclérose en plaques, n'a pris aucune des photos ou des vidéos sur lesquels les enfants apparaissent.

Mais le juge a dû regarder, lors d'un huis clos, une quinzaine de photographies et deux vidéos qui avaient été saisis. Il s'agissait d'images explicites impliquant de jeunes garçons et fillettes de 0 à 12 ans. Ils avaient des relations sexuelles avec des adultes et des animaux.

«Il y a des décisions où des mesures rapides s'imposent. Les gestes commis n'ont pas leur place dans la société. Pour ce qui est de l'exploitation des enfants, c'est tolérance zéro. J'ai visionné les vidéos et les images et j'aurais préféré ne pas avoir à le faire. Personne n'a été capable de les regarder, même pas vous M. Lemieux», a remarqué le juge.

«J'espère que la peine que je vais vous imposer sera suffisante pour vous dissuader de recommencer et dissuader la population en générale de le faire», d'ajouter le juge.

L'enquête a permis de déterminer que Daniel Lemieux a accumulé les images d'enfants abusés sexuellement entre le 1er janvier 2010 et le 30 octobre 2014.

L'homme, qui a vu sa conjointe le quitter et ses enfants s'éloigner de lui, a avoué avoir honte de ce qu'il a fait durant ces années.

«J'ai très honte et je me sens coupable de ce que j'ai fait subir à ma famille, d'avoir brisé les liens unissant mes frères, mes soeurs, mes enfants et ma conjointe. Pauvre elle, ç'a été terrible pour elle. J'ai aussi appris que mes gestes ont fait ressortir des moments pénibles à des gens que je connais qui ont été victimes d'inceste. Je me sens incestueux, sale», a raconté Daniel Lemieux.

«Je sais que je vais me retrouver en prison. Lorsque ma sentence sera terminée, ça (le judiciaire) va se terminer, mais je vais vivre avec ça durant toute ma vie», a repris l'accusé, qui entend quitter la région à sa sortie de prison.

Il sera en probation durant deux ans, devra fournir un échantillon d'ADN et sera inscrit au registre des délinquants sexuels.

Des gestes inacceptables et intolérables

Le juge et les avocats de la défense et de la Couronne ont été unanimes sur un aspect dans le dossier de possession et de distribution de pornographie juvénile de Daniel Lemieux. Ces gestes sont inacceptables et ne peuvent être tolérés.

« Ce n'est pas seulement virtuel ou abstrait. M. Lemieux n'a pas agressé personne, mais pour chaque fichier, il y a eu de vraies victimes d'agressions sexuelles ou d'abus. Nous ne pouvons les identifier, mais elles existent. Le fait de rechercher ces images, de les partager, amène des gens à faire ces photos et à abuser d'enfants. La pornographie juvénile, c'est une pandémie mondiale et la seule façon de l'enrayer est d'imposer des peines sévères », a soutenu Me Sébastien Vallée, de la Couronne.

En défense, Me Luc Tourangeau convient que les actes reprochés sont sérieux.

« Et ce n'est pas parce que je suis l'avocat en défense que je suis en accord avec la pornographie juvénile. Bien au contraire. Ce qui a été fait n'est pas beau ni sympathique. En regardant ces images, mon client a participé à ces gestes déplacés et inacceptables. C'est là que l'on voit qu'Internet permet le meilleur et le pire », a indiqué le criminaliste.

Sans vouloir excuser son client, Me Tourangeau a mentionné que Daniel Lemieux s'est retrouvé dans les médias de la région à plusieurs reprises.

« Il y en avait des flashs ce matin. M. Lemieux se déplace en fauteuil roulant et il ne peut le faire rapidement. Il a été insulté par une personne à l'extérieur. Il a tout perdu et n'a plus personne autour de lui », a repris son avocat, qui s'est dit tout de même satisfait de la sentence imposée.

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