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Gérald Linteau

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Isabelle Tremblay
Le Quotidien

L'abbé des petites gens, Gérald Linteau, est décédé mardi. Il s'agit d'une mort naturelle. Ce prêtre reconnu pour son engagement auprès des jeunes, des gens modestes et des milieux sociocommunautaires avait 72 ans.

Pas plus tard que la semaine dernière, il a fait les manchettes pour avoir été l'instigateur, avec d'autres prêtres et des laïques, de la Fête de l'amour, faisant une place dans l'Église aux couples reconstitués et de même sexe. Cette initiative a été condamnée par Mgr André Rivest, évêque du diocèse de Chicoutimi.

Souvent en contradiction avec les enseignements de l'Église, il a confié au chroniqueur du Quotidien, Roger Blackburn, la semaine dernière : « On ne pensait pas que ça ferait problème, notre Fête de l'amour, surtout avec l'ouverture du pape François qui a dit : ''Qui suis-je pour juger les gens ? '' L'amour se transforme, l'Église catholique n'est pas propriétaire de l'amour ; un mariage religieux ou un mariage civil, ça demande les mêmes qualités humaines pour vivre cet amour. Les gens sont à la recherche du bonheur comme tout le monde, il n'y a pas d'exclus dans l'expérience d'aimer », explique le modérateur de la paroisse Sainte-Anne.

« Quand un amour est vidé de son contenu, on ne reste pas ensemble à cause d'une loi », a ajouté l'abbé Linteau dans l'article de Roger Blackburn. 

Loin d'en vouloir à son supérieur Mgr André Rivest, il a fourni comme mot de la fin : « S'il ne nous ramassait pas, c'est lui qui se ferait ramasser. L'Église est sous le régime du droit canonique qu'elle doit faire respecter. Avec notre Fête de l'amour, on est plus proche de l'Évangile que l'Église peut l'être dans ses lois. L'Évangile est plus ouvert à l'amour que l'Église avec ses lois. »

Tout au cours de son sacerdoce, l'abbé Linteau a été au coeur d'oeuvres de partage, de prise en charge et de projets d'économie communautaire, telles Les Entreprises Jeunesse du Lac-Pouce et de la Jeunesse ouvrière chrétienne et de la Jeunesse étudiante chrétienne. Homme d'action plus que de discours, selon ses proches, il avait mis sur pied Les Entreprises Jeunesse pour créer des entreprises qui retiendraient les jeunes de la région forcés à l'exode en raison du manque d'emploi.

Il a aussi littéralement sauté de l'avion sans parachute quand Les Entreprises Jeunesse du Lac-Pouce ont acquis le presbytère Sacré-Coeur (Chicoutimi) dont l'avenir était incertain. Il a voulu héberger les entreprises créées dans sa foulée et aussi sauver de la démolition un bâtiment qui lui tenait à coeur. Avec peu de garantie, mais beaucoup de foi et d'espoir, il a lancé un projet de 800 000 $. C'est une fois le tout lancé qu'il a fini de récolter les sommes nécessaires.

Sa vie a toujours été en phase avec ses origines modestes, lui qui est né dans une famille ouvrière d'un quartier de la paroisse Saint-Joachim de Chicoutimi, surnommé le Bronx (Parc Caron). Il a grandi à quelques pas de l'église Saint-Joachim où il a célébré beaucoup de mariages et de baptêmes.

L'abbé Linteau avait une impressionnante feuille de route ainsi qu'un bagage de connaissances enviable. Il était reconnu par ses pairs comme étant un être fidèle à Jésus Christ. « Il avait ses convictions, mais il a toujours été loyal envers l'église diocésaine. Il a défendu les plus pauvres et les plus démunis », a raconté l'abbé Jacques Bouchard, responsable des communications au diocèse de Chicoutimi.

Une véritable onde de choc

Le décès de l'abbé Gérald Linteau a créé une véritable onde de choc chez les membres de la famille, proches et amis du religieux. « Je ne suis pas capable. C'est trop d'émotions. C'était le seul frère qui me restait », a mentionné Claude Linteau, lorsque joint par Le Quotidien, mardi. En pleurs, le petit frère de l'abbé a tout de suite cédé le téléphone à sa fille Chantale, la filleule du défunt. 

La nouvelle digne d'un tsunami a été annoncée à la famille par les policiers au cours de la matinée. Envahie par le bouleversement, la dame a accepté de livrer ses états d'âme au Quotidien et de parler au nom de la famille.

« C'est un drame terrible pour tout le monde, la famille, le diocèse, la paroisse et toute la population. Mon parrain était très connu. C'était un homme de mission, un batailleur. Il était aimé et il aimait les gens. Il était intègre et avait une grande ouverture », a commenté Chantale Linteau, la voix sanglotante.

Le corps de l'abbé Linteau a été retrouvé par deux de ses proches. Inquiets de ne pas avoir de ses nouvelles, ces personnes se sont rendues à son domicile. « Lorsque j'ai été contacté, je suis allée à l'hôpital pour procéder à l'identification. Il s'agit d'une mort naturelle. Jamais, jamais, jamais, je n'aurais pensé que ça arriverait. Le frère de mon père était en forme et en santé. Nous n'avons pas eu de signe avant coureur », a témoigné Mme Linteau.

« J'ai l'impression qu'il nous a déjoués. Il était très malcommode. Lorsque j'étais petite, il me disait qu'il y avait des petits oiseaux dehors. Je me tournais la tête et il me volait un bec. J'étais sa seule filleule et j'ai toujours été proche de lui. »

Gérald Linteau était le père, le fils et le Saint-Esprit du Centre du Lac Pouce. Il a adopté cette cause lorsqu'il a atteint le cap de la vingtaine. Les gens qui y oeuvrent considèrent faire partie de la famille. « C'est un mentor. Il est associé à la naissance, la croissance et la maturité du Lac Pouce », a déclaré le directeur général de l'endroit, Laval Dionne. Le gestionnaire était sidéré.

« On ne peut pas concevoir qu'une telle chose arrive. Tout le monde est sous le choc. Au-delà de sa vocation, Gérald était un gars près des gens. Je l'ai vu la semaine dernière et il se portait bien. Il était à la bénédiction des motos dans le parc des Laurentides, dimanche », a-t-il poursuivi.

« C'était mon deuxième père », a exprimé Marie-Annick Fortin, l'une des personnes qui a été le plus associée à l'abbé Gérald Linteau. D'abord, à l'âge de 14 ans, elle a fait sa première rencontre avec lui, alors moniteur dans les camps du Lac-Pouce, à Laterrière. Depuis, elle a toujours été près jusqu'à devenir son bras droit dans les Entreprises Jeunesses du Lac-Pouce.

Formée en communication, puis détentrice d'une maîtrise en gestion, Mme Fortin a par la suite été au coeur de l'édification du presbytère, devenant le siège social de toutes les missions de l'abbé Linteau. Encore sous le choc, elle se dit chanceuse d'avoir toujours pu compter sur « Gérald ».

Elle a eu une conversation au téléphone avec lui au cours de la fin de semaine et rien n'annonçait une fin si soudaine et brutale. « Il a eu une vie foudroyante et sa mort fut foudroyante. »

Le député de Jonquière et chef de l'opposition officielle, Sylvain Gaudreault, a connu l'abbé Linteau il y a plus de 20 ans. Tous les deux, ils étaient voués à l'implication communautaire. « Il incarnait les valeurs évangéliques, non pas au sens de la hiérarchie, mais bien au sens réel des valeurs de Jésus », a affirmé le péquiste, visiblement renversé et ébranlé.

Pas plus tard que la semaine dernière, le député de Jonquière a écrit à l'abbé Linteau pour l'appuyer dans ses démarches dans le dossier de la Fête de l'amour. « Je lui ai dit de ne pas lâcher. Je l'appuyais là-dedans. »

« Il était constamment en mode d'ouverture, de respect, de tolérance et d'acceptation de l'autre sans compromis. C'est ce qui faisait sa force. Il n'a jamais accepté les commandes. Il allait à la source même de l'Évangéline au lieu de suivre les dogmes de la hiérarchie et de l'institution. »

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