Un prédateur aux portes du Saguenay

La salinité de l'eau du Saguenay et l'absence de grandes zones marécageuses sur... (Archives Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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La salinité de l'eau du Saguenay et l'absence de grandes zones marécageuses sur son cours constituent une barrière naturelle contre l'invasion de la carpe asiatique, dont un spécimen gigantesque de 1,26 mètre et pesant 140 livres a été capturé accidentellement dans le fleuve Saint-Laurent.

Cette prise réalisée à la hauteur de Contrecoeur a provoqué une véritable commotion au ministère des Forêts, Faune et Parc en raison des dommages causés par cette espèce dans les bassins hydrographiques qu'elle colonise à la vitesse de l'éclair.

Deux pêcheurs de Lanoraie ont pêché une carpe... (Photo Radio-Canada, Dominic Brassard) - image 2.0

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Deux pêcheurs de Lanoraie ont pêché une carpe asiatique de 64 livres dans le fleuve Saint-Laurent.

Photo Radio-Canada, Dominic Brassard

Le lac Saint-Jean constituerait par contre un milieu de vie idéal pour le poisson introduit de façon accidentelle par des élevages en bordure du Mississippi.

« Certes, selon le biologiste de l'équipe de la carpe asiatique au ministère des Forêts, Faune et Parc, Michel Legault, il y a des barrages qui empêchent une colonisation naturelle, mais il y a toujours le risque qu'un individu contrevienne à la loi en utilisant illégalement un poisson-appât. On a vécu la colonisation de la barbotte parce qu'une personne avait décidé sans aucune autorisation d'en avoir dans un bassin qui s'est déversé dans un ruisseau et a colonisé le lac Saint-Jean. Il est interdit d'avoir en sa possession des carpes asiatiques vivantes au Canada », rappelle le biologiste.

Sous analyse

Le pêcheur de Contrecoeur, qui fait partie d'un réseau de surveillance, a immédiatement informé le ministère de sa capture. Les biologistes du ministère ont déjà transmis aux différents laboratoires spécialisés en Ontario les parties du poisson pour des analyses et sont en contact avec les spécialistes américains qui font face à cette invasion depuis plusieurs années.

« Nous devons déterminer si ce poisson, une femelle d'une taille très importante, s'est retrouvé dans le fleuve de façon accidentelle ou si nous faisons face à un front de colonisation. Des analyses vont nous donner des indications pour déterminer cet élément important. En même temps, nous mettons sur pied une opération dans la zone où il a été pêché afin de vérifier si d'autres carpes asiatiques fréquentent cet endroit », reprend le biologiste.

Être aux aguets

Quant au Saguenay, le scientifique demande aux pêcheurs d'informer immédiatement le ministère si jamais ils sont témoins de la présence d'un poisson inhabituel. En théorie, le fjord n'est pas un habitat de prédilection pour la carpe asiatique, mais il n'est pas impossible que ce poisson le fréquente si on fait face à une colonisation dans le Saint-Laurent.

« Le fleuve correspond exactement à l'habitat naturel de ce poisson en Asie. Il vit dans des grands fleuves avec des herbiers et en eau douce comme c'est le cas dans toute la zone du lac Saint-Pierre. Il supporte les zones salines et il pourrait en principe se retrouver dans le Saguenay. Il s'agit d'un poisson qui se nourrit principalement de plancton végétal, ce qui est moins disponible dans le Saguenay à l'exception de quelques zones comme Saint-Fulgence. Le lac Saint-Jean offre toutefois un habitat propice pour ce poisson et les gens doivent en être conscients. Ce sont surtout les poissons qui fréquentent les herbiers qui subiraient les impacts et plusieurs de ces poissons constituent la nourriture du doré », reprend le biologiste.

1,7 million $

Le gouvernement du Québec ne prend pas cette affaire de carpe asiatique à la légère. Il a débloqué des fonds de 1,7 M$ dans le dernier budget pour faire face à cette situation puisque ce poisson indésirable fréquente déjà le bassin des Grands Lacs. En moins de 20 ans, la carpe asiatique a remonté le Mississippi à partir des piscicultures du sud des États-Unis pour coloniser tout le fleuve jusqu'à la rivière Illinois, à un jet de pierre du bassin des Grands Lacs.

La présence de ces espèces invasives peut entraîner des pertes économiques majeures. Il suffit de penser à la disparition du doré jaune du lac Saint-Jean pour comprendre la conséquence, notamment une réduction majeure de la pêche sportive. Les personnes qui décident de se créer des lacs privés en y introduisant des espèces provenant d'autres bassins hydrographiques mettent en péril la biodiversité d'un territoire et l'exemple de la barbotte brune au lac Saint-Jean confirme que le risque est omniprésent.

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