Les chevaux de trait n'ont plus leur place

Sandra Bessette est cochère dans le Vieux-Québec. Même... (Photo courtoisie)

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Sandra Bessette est cochère dans le Vieux-Québec. Même si son sourire en dit long sur sa passion, une personne sur trois la regarde avec mépris. Un manque de connaissance est à l'origine de ces incompréhensions.

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Mélissa Viau
Le Quotidien

L'humain a mis des centaines d'années à créer des races de chevaux robustes, calmes et endurantes, capables de tirer d'énormes charges. Aujourd'hui, ils n'ont plus de travail à la campagne et, dans les écuries du Québec, on les remplace par de plus petites races plus agiles, plus rapides et plus faciles à loger. Depuis le 18 mai dernier, ils n'ont plus leur place non plus à Montréal.

Plusieurs appuient cette décision en imaginant la délivrance de bêtes négligées, en omettant d'avoir une pensée pour ces cochers qui se retrouvent sans emploi. Sans préavis, on vient de tasser une activité faisant partie de notre patrimoine. À Québec, les cochers sont inquiets. Est-ce qu'on leur réserve le même sort?

Sandra Bessette a toujours cru que les chevaux de calèche avaient la vie dure, jusqu'à ce qu'elle décide de se rapprocher de cette réalité. Depuis novembre 2015, la jeune femme de 20 ans est cochère dans le Vieux-Québec. Sourire aux lèvres, elle est fière de découvrir de nouvelles facettes qu'elle ignorait de ces fascinantes bêtes qu'elle côtoie depuis l'âge de huit ans. «Une personne sur trois me regarde avec des couteaux dans les yeux en pensant que les chevaux sont mal traités», remarque la cochère. L'homme qui l'a engagé aime profondément ses bêtes. «C'est un homme calme, qui a beaucoup de talent avec les chevaux», poursuit Sandra. Calèches Québec, l'entreprise pour laquelle travaille Sandra, comprend 40 chevaux et 14 calèches. La rotation régulière des chevaux et l'entraînement de la relève équine font aussi partie des tâches quotidiennes du propriétaire de Calèches Québec. L'hiver, dans le Vieux-Québec, les chevaux sont attelés de 9 h à 16 h et l'été ils font des demi-journées. C'est loin d'être le travail de labeur qu'ils ont connu au temps où ils ont bâti le Québec!

Souvent, les cochers achètent des chevaux de trait destinés à la viande, ou qui ont des troubles de comportements dus au manque d'exercice. Il est prouvé qu'un cheval qui travaille sur une base régulière a moins de chance de développer de mauvais comportements, des tics reliés à l'ennui et des problèmes de santé. Les forcer à la retraite est loin d'être une solution qui respecte leurs besoins. Par peur que les chevaux se blessent, va-t-on aussi remettre en question tous les sports équestres? Tous les chevaux, même dans leur stalle ou au champ, peuvent tomber et se blesser.

Au Québec, toutes les structures ayant des animaux sont en questionnement. De toute évidence, les calèches urbaines ont aussi besoin d'une meilleure organisation pour s'adapter aux nouvelles réalités, tout comme les fourrières municipales et les zoos. D'ailleurs, au printemps 2017, on prévoit l'entrée en vigueur de nouveaux règlements visant à protéger les animaux de zoo. Pendant ce temps, on ne ferme pas les portes de ces lieux éducatifs. On laisse même certaines pratiques, bien qu'intolérables en 2017, se poursuivre.

Mauvaises interprétations

La méconnaissance des chevaux et les mauvaises interprétations sont aussi porteuses de préjugés. Quand un cheval a la babine qui pend et les yeux mi-clos, ce n'est pas qu'il est épuisé, c'est simplement qu'il relaxe.

Août 2015, un cheval s'enfarge sur une chaîne de trottoir et tombe dans le Vieux-Québec. Le public et les médias interprètent rapidement et faussement cet accident comme un effondrement dû à l'épuisement, car l'animal ne se relève pas. Tous les chevaux peuvent tomber, mais lorsqu'il est attelé, l'animal n'arrivera pas à se relever. Confiant et calme, il attendra qu'on le dételle.

Quand il marche la tête basse, le cheval n'est pas abattu, il est juste très confiant envers son environnement.

«L'an passé, j'ai vu un cheval de calèche qui avait soif et faisait vraiment pitié, car sa langue pendait», écrit une dame sur Facebook. Le cheval qui sort sa langue a simplement une mauvaise manie.

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