Me Jean-Marc Fradette met en doute le taux d'alcoolémie

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Me Jean-Marc Fradette, en défense, prétend que les analyses sanguines ont pu être faites incorrectement et qu'il ne serait pas impossible que son client n'était même pas à .08 au moment de l'accident.

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Le taux d'alcoolémie d'Yves Martin a été évalué à .179 (limite de .08) plus de deux heures et 45 minutes après l'accident mortel du rang Saint-Paul, à Laterrière.

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Les membres de la famille d'Yves Martin sont présents chaque jour au palais de justice, tout comme les familles des victimes.

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Mais l'analyse des échantillons sanguins n'est pas concluante pour son avocat, Me Jean-Marc Fradette, qui remet en question l'analyse du Laboratoire médico-légal de Montréal.

Il s'interroge, car il croit même que son client ne dépassait pas le .08 au moment de l'impact.

Jeudi, au troisième jour de l'enquête préliminaire du présumé chauffard de 36 ans, le juge Pierre Simard a entendu le récit du chimiste toxicologue judiciaire du laboratoire, Bernard Mathieu.

Celui-ci a d'abord dit avoir réanalysé la séquence de la manipulation sanguine d'une technicienne. Il a dû le faire à la demande de Me Marie-Josée Hamelin-Gagnon (Couronne) après que son collègue André Dion, qui a analysé les premiers tests, eut été suspendu de ses fonctions au laboratoire.

Lors d'une visioconférence, M. Mathieu a confirmé que tout avait été fait correctement et que les résultats étaient donc justes.

C'est là que le criminaliste s'est posé bien des questions. Il croyait que M. Mathieu était pour refaire et superviser une analyse complète d'un échantillon de sang dans les circonstances.

«C'est problématique. Une analyse de l'échantillon de sang a été faite par un chimiste qui est sous enquête policière et dont tous les dossiers doivent être revus. Nous ne savons pas pourquoi il est suspendu, mais ça pause un problème. Je ne serais pas inquiet si M. Mathieu avait fait une nouvelle analyse. Ce ne fut pas le cas. Il a repris le même travail, mais n'a pas refait de nouvelles analyses. Ça pose un doute sur la façon de faire du laboratoire», de dire Me Fradette.

Ce dernier a bien tenté de comprendre les raisons pour lesquelles rien n'a été fait. Il aurait souhaité qu'une nouvelle analyse soit faite en raison du décès de trois personnes.

«Je n'ai pas vu l'utilité de refaire la manipulation de l'échantillon sanguin. Nos techniciens avaient effectué le travail correctement au départ et selon les normes», a mentionné Bernard Mathieu.

Pas en boisson

D'autre part, Me Fradette s'interroge aussi à savoir si son client était véritablement en état d'ébriété.

Il a tenté de démontrer au tribunal que son client n'a présenté aucun symptôme apparent à une forte consommation d'alcool. Personne n'a pu dire qu'il semblait en était d'ébriété dans les heures qui ont précédé le drame.

«Je remets les taux en question. Personne n'a mis mon client en état d'ébriété durant la soirée. On a pourtant des taux de .179 et à plus de .220 (rétrocalcul) au moment de l'accident. Et il n'y aurait aucun symptôme!», reprend le criminaliste.

«Même si les symptômes ne sont pas perceptibles, l'analyse démontre que le taux d'alcool était de .179. L'absence de symptômes peut être compatible à un taux élevé d'alcool si une personne a une forte tolérance à l'alcool», a expliqué Bernard Mathieu.

Me Fradette se demande si son client avait même un taux inférieur à .08 ou encore qu'il puisse avoir consommé de la boisson rapidement et juste avant de prendre le volant. «Il aurait pu être en bas de .08 au moment de l'accident, mais son taux aurait continué à monter par la suite pour atteindre les taux révélés.»

Le chimiste n'écarte pas totalement cette possibilité, mais y apporte tout de même une précision.

«Il faut savoir que selon des études, 83 pour cent de l'alcool ingéré se retrouve dans le sang cinq minutes après son absorption. Ça nous donnerait tout de même un taux élevé d'alcool dans le sang», a répliqué M. Mathieu.

Là-dessus, l'avocat estime que l'analyse ne tient pas étant donné qu'il faut tenir compte de plusieurs critères pour en arriver à cette conclusion, ce qui n'a pas été le cas pour Yves Martin.

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Me Marie-Josée Hamelin-Gagnon a fait entendre un expert chimiste qui a affirmé que le taux d'alcoolémie d'Yves Martin se situait à .179, plus de deux heures et 45 minutes après l'accident.

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Yves Martin: «Je me saoule »

Plusieurs commentaires tendent à démontrer qu'Yves Martin avait consommé de l'alcool dans les heures qui ont précédé l'accident mortel. À la condition que le tout soit corroboré, ajoute Me Jean-Marc Fradette.

Me Marie-Josée Hamelin-Gagnon, procureure de la Couronne, a fait entendre deux témoins, jeudi après-midi, lors de l'enquête préliminaire, et a lu les déclarations de plusieurs autres témoins et proches des victimes de cette affaire.

Dave Boivin, un ami de longue date d'Yves Martin, a raconté avoir échangé des textos durant la journée. Les échanges ont débuté vers 17 h 20, alors que l'accusé, surnommé «Ivre» Martin par ses amis, lui a écrit qu'il prenait une bière tranquille chez lui.

Deux heures plus tard, nouveau texto: «Je me saoule.»

«Lorsque nous étions ensemble, on prenait cinq, six, sept ou huit bières comme quelqu'un de normal. Il remettait ses clefs et il lui arrivait de coucher chez moi ou de prendre un taxi. Il savait qu'il devait être prudent, même après la fin de la période de l'appareil éthylomètre dans son camion», a mentionné M. Boivin.

Quant à Marie-Philippe Dennis, elle était à un feu extérieur (en face de la maison où l'accident s'est produit) lorsqu'elle a entendu le bruit de la collision. «J'ai vu le camion arrivé très rapidement et j'ai dit que ça roulait vite ici. Tout de suite après, on a entendu l'accident. Je me suis dirigée vers les lieux. J'ai vu que la dame était décédée et que les yeux de l'homme bougeaient. Mais ça semblait être des spasmes. Il n'en avait plus pour longtemps.»

«Je me suis dirigée vers la camionnette et j'ai vu Yves Martin. Je lui ai dit de ne pas bouger, mais il n'a pas écouté. Ça sentait l'alcool. Il disait qu'il devait quitter, car il était saoul ben raide et qu'il s'en allait en prison. Je crois qu'il avait beaucoup bu», a-t-elle précisé.

Mme Dennis a confirmé qu'il n'était finalement pas parti, mais a tout de même avisé les policiers.

«Mais ça ne prouve rien. Il faut que les propos soient corroborés», de dire le criminaliste.

Parmi les autres déclarations, il y a eu celle des parents de Mathieu Perron (victime), Denis et Danielle Tremblay. Ils ont raconté, dans leurs écrits, que pendant la journée passée au camping, Mathieu avait consommé quatre cannettes de bière dans l'après-midi, mais plus rien par la suite.

Vendredi, trois autres témoins devraient être entendus, dont le cycliste Éric Bouchard et le propriétaire de la maison située en face du lieu de l'accident.

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