«Encore fragile»

Lise Trottier, mieux connue sous son noms d'auteure... (Archives, Le Quotidien)

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Lise Trottier, mieux connue sous son noms d'auteure Élisa T., a été choquée d'apprendre que l'un de ses bourreaux, Joseph Bélanger, avait obtenu sa liberté conditionnelle.

Archives, Le Quotidien

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Pour la Normandinoise Lise Trottier, «c'est comme si la blessure s'ouvrait de nouveau». Celle qui est mieux connue sous son nom d'auteure Élisa T. est choquée d'apprendre qu'un des bourreaux de son enfance, son beau-père Joseph Bélanger, a obtenu sa libération conditionnelle après avoir purgé six ans de sa peine.

La dame n'a pas caché son désarroi, en entrevue téléphonique au Quotidien jeudi soir. «Depuis que je le sais, je ne fais que penser à ça. Tout allait bien dans ma vie et je croyais que c'était derrière moi, confie celle qui va être grand-mère pour une troisième fois. Je me rends compte que je suis encore fragile et que la plaie est toujours là. Je me sens vraiment bizarre. Même après tout ce temps, ça reste difficile.»

Âgé de 77 ans et souffrant d'une maladie respiratoire, Joseph Bélanger a réussi à convaincre la Commission des libérations conditionnelles du Canada de le renvoyer vivre dans la société étant donné le faible risque de récidive. Les deux tiers de sa peine de 10 ans étaient écoulés. Il avait été déclaré coupable en octobre 2009 d'attentats à la pudeur, de voies de fait et de lésions corporelles commis entre 1957 et 1973 avec sa conjointe Gemma Angers, la mère de Mme Trottier, aujourd'hui décédée. Il avait aussi tenté de violer sa victime.

La Jeannoise a raconté les sévices qu'elle a vécus dans son enfance dans trois livres, dont Des fleurs sur la neige paru il y a 31 ans. Son frère et elle ont été abusés, martyrisés et battus à coups de marteau, de couteau et de barre de fer. Leur beau-père a toujours trouvé cela «normal».

«Il n'est jamais allé en thérapie. Même s'il ne peut plus faire grand-chose, je trouve ça dégueulasse. Nous, les victimes, on est brisé pour la vie», affirme Lise Trottier, qui ressent encore des séquelles. La dame souffre notamment de migraines et manque d'énergie.

«Mon corps n'est plus capable d'accepter la violence. Je vois encore trop de souffrance autour de moi et à la télévision. Je reçois beaucoup de témoignages de gens qui vivent des abus épouvantables et je prends ça trop à coeur. Pourtant, depuis le temps qu'on parle de mon histoire, on dirait qu'il ne s'est rien passé. On en parle plus, mais on ne punit pas plus. Ça ne finit jamais.»

Lente justice

Lise Trottier souhaiterait voir des lois plus sévères et un système judiciaire plus rapide. Les procédures ont duré quatre ans dans son cas. «Les victimes ont le temps de changer d'idées, de se faire menacer... Elles ont peur, déplore-t-elle. Ces spécimens-là, ça devrait être la prison à vie.»

Selon les informations obtenues par TVA, Joseph Boulanger a été libéré le 29 avril et habite maintenant dans une résidence adaptée avec des conditions qui l'empêchent de se trouver à moins de 250 mètres du domicile de ses victimes.

Mme Trottier se désole de cette souplesse, alors qu'elle avait écrit une lettre au juge pour demander que son bourreau ne puisse résider au Lac-Saint-Jean. «C'est petit comme région. Il pourrait rester au Saguenay comme ma mère quand elle a été libérée, ça ne me dérangerait pas. Sauf qu'il a des soeurs à Dolbeau-Mistassini, c'est sûr qu'il peut y aller. J'y vais presque toutes les semaines. On va sûrement se croiser et je ne sais pas ce que je vais faire une fois face à lui. C'est une crainte constante. Tout revient à la surface.»

La vie de famille qu'elle aurait dû avoir

En des moments plus troubles comme celui-ci, Lise Trottier se réconforte d'avoir une famille unie auprès d'elle, ce dont elle rêvait plus jeune.

«C'est ce qui me tient. Une chance que j'ai eu mes quatre enfants, parce que je ne sais pas où je serais rendue.»

La Jeannoise assure que si les marques des blessures physiques disparaissent, celles psychologiques restent longtemps. Aujourd'hui, elle peut au moins se réjouir d'avoir des relations harmonieuses avec ses frères et soeurs et de pouvoir cajoler deux petits-enfants, bientôt trois.

«Je les admire. Ils sont en santé et bien élevés, leurs parents sont proches d'eux. Ils ont la vie que j'aurais voulu avoir. Je trouve ça merveilleux.»

Mme Trottier est aussi très fière de ses enfants. «Ils font de belles choses de leur vie.»

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