«Oui, des ailes, ça repousse»

Ingrid Falaise était l'invitée de la Table locale... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Ingrid Falaise était l'invitée de la Table locale de concertation en matière de violence faite aux femmes et aux adolescentes de Chicoutimi, mercredi soir. Elle a livré son témoignage devant une salle comble.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Absolument bouleversant. L'actrice, conférencière et auteure du livre Le Monstre, Ingrid Falaise, aborde, avec une générosité déconcertante, un sujet trop souvent tu; la violence conjugale. Elle s'est livrée devant une salle pleine à craquer de femmes, mais aussi de quelques hommes, lors d'une conférence organisée à l'UQAC, mercredi soir.

Son message est fort simple; tout le monde peut tomber entre les griffes d'un homme manipulateur et violent. Et son témoignage ne peut laisser personne indifférent.

«J'avais 18 ans. J'étais grande, blonde et j'avais la confiance en moi gonflée à bloc. Je n'étais pas vulnérable. Comment ça se fait qu'une fille comme moi ait pu être entraînée là-dedans? Je suis la preuve vivante que tout le monde peut devenir une victime d'un homme narcissique, manipulateur et violent», a d'entrée de jeu affirmé Ingrid Falaise, qui était l'invitée de la Table locale de concertation en matière de violence faite aux femmes et aux adolescentes de Chicoutimi. Les billets s'étaient envolés comme des petits pains chauds. Et il y avait une file à l'entrée, composée de personnes qui espéraient obtenir une petite place.

Le sujet est difficile à aborder. «Je suis toujours bien nerveuse avant mes conférences. Je ne joue pas, je ne suis pas une actrice lorsque je parle de mon vécu. C'est tellement personnel. Mais j'ai besoin de le faire et je sais maintenant que tellement de femmes vivent ce que j'ai vécu. Si je peux changer quelque chose dans la vie d'une de ces femmes, c'est ma récompense», a affirmé la dame, peu de temps avant le début de la conférence.

L'histoire d'Ingrid Falaise est connue. Son passage à l'émission Tout le monde en parle, après la publication de son livre Le Monstre, avait d'ailleurs été remarqué. Elle raconte comment elle est tombée dans le cycle infernal de la violence conjugale, à l'âge de 18 ans. Elle ne nomme pas son agresseur. Elle l'appelle M.

M. pour manipulateur, M. pour la première lettre de son prénom, M. pour la première lettre de son nom de famille, M. pour monstre.

Usant de séduction et de son «aura magique», comme elle l'appelle, M. l'a isolée. Il a réussi, au fil des semaines et des mois, à détruire sa confiance en elle. M. l'a éteinte. Et il est allé jusqu'à l'amener en Afrique, où la violence physique a débuté, après des mois d'humiliation et de violence verbale.

Il la surnommait la «pute». Il la gardait captive à la maison, la brutalisant émotivement, physiquement et sexuellement. M. lui a cassé des côtes, lui a fracturé le nez. Elle en garde d'ailleurs une petite bosse. «Sa bosse de guerrière», la surnomme-t-elle.

La question qui revient sur toutes les lèvres? Pourquoi est-elle restée si longtemps auprès de lui? «J'étais tellement tanné de me faire poser cette question! Le cycle de la violence conjugale est tellement complexe. On reste parce qu'on a peur. Tellement peur. Ce sont des hommes qui savent comment manipuler. La première fois qu'il m'a frappée, il est revenu en pleurant comme un agneau. On veut tellement les croire. Et on les croit. On a honte aussi, parce qu'ils sont capables de nous faire croire que c'est de notre faute. Ils détruisent notre confiance petit à petit. Ça ne commence pas du jour au lendemain avec un coup de poing dans la face. Ça commence tranquillement, sournoisement et insidieusement. Ils nous isolent, nous font sentir comme des moins de rien», explique Ingrid Falaise. «Je pensais vraiment que j'étais la seule au monde à vivre ça. Et je pensais que c'était moi qui avais réveillé le monstre en lui», ajoute la dame, en retenant ses larmes.

Elle est partie trois fois avant de revenir. La quatrième a été la bonne.

Est-ce que ça repousse, des ailes? questionne-t-elle durant sa conférence. «Oui, ça repousse. Mais ça prend du temps. Et même si la violence physique fait mal, c'est la violence verbale qui est ancrée le plus profondément et qui laisse des traces longtemps», explique celle qui a finalement retrouvé l'amour. «Je suis heureuse comme jamais. Je marche la tête haute et je sais que plus personne ne me fera jamais mal», souligne celle qu'on a pu voir, entre autres, dans Virginie et Elles étaient cinq.

Les 220 personnes présentes mercredi soir ont écouté religieusement le récit d'Ingrid Falaise. Lorsqu'elle a demandé aux gens s'il y avait des victimes de violence conjugale ou qui l'ont déjà été dans la salle, la majorité des spectatrices ont levé la main. Une dame a quitté la salle, puisque l'émotion était visiblement trop forte.

Ne pas juger

Comment aider une femme, ou un homme, victime de violence conjugale? «Il faut l'écouter, être là pour elle ou pour lui. Surtout, il ne faut pas juger. Ma grand-mère m'a un jour demandé: ''tu vas retourner te faire battre?''. C'est la dernière chose qu'il faut dire à une victime de violence conjugale. On a tellement peur de partir parce qu'on sait que si on manque notre fuite, on va en manger toute une», souligne Ingrid Falaise, qui s'en est finalement sortie après des années de travail et de thérapie.

«En moyenne, les victimes quittent 14 fois avant que ce soit la bonne», souligne Ingrid Falaise.

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