Yves Martin tentait d'éviter le véhicule des victimes

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Selon l'expert Pierre Girard, l'impact s'est produit à cet endroit, en face de l'entrée privée du 3180 rang Saint-Paul, à Laterrière.

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Me Jean-Marc Fradette prétend que Mathieu Perron voulait entrer dans le stationnement du 3180, rang Saint-Paul avant l'impact

Yves Martin prétend s'être retrouvé du mauvais côté de la chaussée du rang Saint-Paul, à Laterrière, pour éviter le véhicule de Mathieu Perron, le soir du 1er août 2015.

C'est du moins la prétention de son avocat, Me Jean-Marc Fradette. Celui-ci remet en question la reconstitution de la collision par l'expert Pierre Girard, de la Sécurité publique de Saguenay (SPS). Il ne partage pas son point de vue sur le point d'impact de l'accident.

Il faut se souvenir que le drame est survenu en face du 3180, rang Saint-Paul. La tragédie a coûté la vie au couple Mathieu Perron, Vanessa Viger-Tremblay et leur garçon Patrick.

L'enquête préliminaire d'Yves Martin, un multirécidiviste de l'alcool au volant, s'est poursuivie au Palais de justice de Chicoutimi devant le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec.

Même si Yves Martin était en état d'ébriété, même s'il roulait plus rapidement que la vitesse permise (120 km/h dans zone de 80 km/h) et même s'il a pu faire preuve de négligence, son avocat aimerait obtenir la preuve hors de tout doute raisonnable que son client est le responsable de la tragédie.

Le reconstitutionniste a établi le point d'impact en face d'une entrée privée (3180 rang Saint-Paul). M. Girard a déterminé que le véhicule de l'accusé se trouvait du mauvais côté de la chaussée et qu'il circulait à haute vitesse.

Quant à la présence du véhicule des victimes sur une partie de la voie de gauche (en direction de Chicoutimi), l'expert l'explique par un réflexe normal d'avoir voulu éviter le camion qui arrivait en face de lui.

«M. Girard détermine le point où l'accident a pu se produire, mais il n'y a rien de sûr. Il ne peut trouver la pièce automobile qui aurait marqué l'asphalte pour déterminer le point d'impact. Comme il n'y a pas de traces de freinage, ce petit point central prend toute son importance à partir du moment où il établit l'axe des véhicules, où il reconstitue la scène de l'accident. Je suis convaincu que cet axe n'est pas le bon», commence par expliquer Me Fradette.

«Avec les questions posées, il semble y avoir deux options. Je suis de plus en plus convaincu que le véhicule de M. Perron aurait tenté d'entrer dans un stationnement. Mon client a vu le véhicule surgir à la dernière seconde et a eu peu de temps pour réagir. L'autre possibilité, c'est que l'auto des victimes est allée dans l'autre voie par inadvertance», précise le criminaliste.

Me Fradette essaie de démontrer que l'alcool et la vitesse ne sont pas liés directement à l'accident, qu'il est difficile d'établir le lien causal et qu'un doute raisonnable pourrait naître de ses présomptions.

«Le fait de rouler vite n'est pas un acte criminel, mais une infraction au code de la sécurité routière, et dans le contexte que l'on connaît, la vitesse est un moindre mal s'il n'est pas responsable. Il pourrait être trouvé responsable de conduite avec les facultés affaiblies par l'alcool, avec un taux supérieur à la limite, et être acquitté du lien causal. C'est assez important», d'ajouter Me Fradette.

Yves Martin prétend, selon son avocat, qu'il a... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Yves Martin prétend, selon son avocat, qu'il a voulu éviter la voiture deMathieu Perron le soir du 1er août 2015.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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L'expert Pierre Girard a vu sa méthodologie être remise en question par l'avocat en défense, Me Jean-Marc Fradette.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

L'impact à 120 km/h dans une zone de 80

Yves Martin conduisait son camion Dodge Ram 2010 à 120 kilomètres à l'heure au moment où il a frappé de plein fouet la Honda Civic de la famille de Mathieu Perron. Sa vitesse avait atteint 127 kilomètres à l'heure cinq secondes avant, alors que la limite permise était de 80 km/h dans le rang Saint-Paul.

Le reconstitutionniste de la Sécurité publique de Saguenay, Pierre Girard, a obtenu le contenu des modules électroniques des coussins gonflables des deux véhicules impliqués dans l'accident.

La compagnie Bosch, qui fournit les modules électroniques pour les Dodge Ram, a remis des détails assez complets de la conduite d'Yves Martin dans les secondes avant l'impact.

«L'analyse des boîtes électroniques démontre que la vitesse était de 127 km/h cinq secondes avant l'impact et que celle-ci a baissé à 126, 125 et jusqu'à 120 km/h au moment de la collision», explique M. Girard.

«Quant au freinage, le système a enregistré une séquence de freinage. Le conducteur aurait freiné 1,7 seconde avant l'accident et ça n'a duré que 0,3 seconde», ajoute le reconstitutionniste.

Celui-ci n'a pas été en mesure de fournir les informations concernant la vitesse et les détails de freinage de la Honda Civic des victimes.

Le système informatique de la compagnie japonaise n'était pas à point pour les véhicules d'avant 2012 et ne peut donc fournir ces informations.

Pierre Girard a aussi précisé que la chaussée était adhérente au moment de l'accident et qu'il n'y avait aucune raison pour qu'il y ait une perte de contrôle.

Questionné sur le fait que les données de Bosch pourraient incriminer son client, Me Fradette croit au contraire que les données de freinage démontrent qu'Yves Martin a aperçu l'autre véhicule à la dernière seconde.

«Les données de Chrysler nous aident à accréditer la thèse que le véhicule était à quelques mètres seulement de celui de mon client et qu'il a donc voulu l'éviter en changeant de voie», de préciser Me Jean-Marc Fradette.

En fin d'après-midi, Me Marie-Josée Hamelin-Gagnon (Couronne) a déposé les déclarations de Denis Perron (père de Mathieu) et de Danièle Tremblay (mère de Mathieu), de Sabrina Viger (soeur de Vanessa) et de Steeve Lefebvre (voisin d'Yves Martin). Ces gens préfèrent ne pas témoigner, mais leurs propos seront rapportés jeudi. On entendra aussi l'expert chimiste Bernard Mathieu par visioconférence.

Quant à Yves Martin, son avocat n'écarte pas la possibilité de le faire témoigner à l'enquête préliminaire afin qu'il puisse raconter ce qu'il a vu et vécu.

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