Une prime jugée discriminatoire

Denis Launière trouve insultante et discriminatoire la prime... (Photo Le Quotidien, Louis Potvin)

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Denis Launière trouve insultante et discriminatoire la prime de 5% accordée aux entrepreneurs qui engagent des autochtones sur le chantier de la minicentrale de la 11e chute à Girardville.

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Louis Potvin
Le Quotidien

Un Innu de Mashteuiatsh, Denis Launière, trouve insultante et discriminatoire la prime de 5% accordée aux entrepreneurs qui engagent des autochtones sur le chantier de la minicentrale de la 11e chute à Girardville.

«C'est raciste et ça n'encourage pas le travail. Je trouve que ça envoie un mauvais message, comme si les Amérindiens étaient moins bons et pour ça, il faut que les entreprises aient une prime. Je n'en reviens pas, c'est humiliant», souligne cet homme qui travaille sur la construction depuis 40 ans.

C'est l'entreprise JVC pour laquelle son employeur Agence SST était sous-traitant qui a fait cette demande. Dans un échange de courriels, on lui demande de lui fournir sa carte d'autochtone. «Sur ce projet, notre entreprise est censée recevoir une réduction de 5% de ton salaire parce que tu es autochtone. Pouvons-nous obtenir la paperasse qui démontre tes racines?», lit-on dans un courriel.

«J'ai refusé. Une compagnie n'a pas à faire de l'argent sur mon dos ou sur le dos des autochtones. Il faut être respecté et gagner notre vie dignement. J'ai les mêmes compétences qu'un autre. Et je n'ai pas été engagé comme autochtone, mon boss ne savait même pas qu'il y avait cette mesure de 5%. Je travaille actuellement aux Serres Toundra et ils ne m'ont pas engagé à cause que j'étais autochtone. Ça me choque et je trouve ça discriminatoire», lance l'agent de prévention.

Favoriser l'embauche

C'est la Société d'énergie communautaire du Lac-Saint-Jean qui a décidé de mettre en place cette mesure pour favoriser l'embauche d'autochtones. «Ça me surprend comme réaction, parce que notre objectif est au contraire de favoriser l'embauche. Nous avons un comité de travail et de maximisation des retombées économiques et nous avons donné une liste des employés autochtones qualifiés aux entrepreneurs pour travailler sur la construction. Nous ne l'avions pas fait pour Val-Jalbert, mais pour la 11e chute, comme les travaux sont plus éloignés, on trouvait que le 5% pourrait compenser en partie pour les frais d'hébergement que l'entrepreneur devait payer pour l'embauche de gens de Mashteuiatsh», a expliqué l'agent de liaison communautaire Alexandre Gauthier.

Cette clause qui se lit comme suit a été acceptée par le conseil de bande: «Le choix du personnel et le respect des lois et règlements régissant le personnel de la construction sont sous l'entière responsabilité de l'entrepreneur. Cependant, dans la mesure du possible, il doit utiliser le maximum de personnel en provenance de Mashteuiatsh par le présent contrat. Le soumissionnaire obtiendra une majoration de 5% du salaire sur toutes les heures travaillées sur le chantier par de la main-d'oeuvre autochtone de Mashteuiatsh.»

Le conseil de bande de Mashteuiatsh adhère à cette mesure. «Pour nous, il s'agit d'une bonne chose, car ça favorise l'embauche. Ce n'est pas discriminatoire, au contraire c'est positif et ça permet de mettre en valeur des personnes qui ont le potentiel pour travailler sur ce projet. S'il n'y avait aucun incitatif, ça serait probablement plus difficile pour les gens de notre communauté d'être engagés», a commenté pour sa part la vice-chef Marjolaine Étienne.

Denis Launière ne comprend pas que la communauté, qui est propriétaire à 45%, accepte de payer des frais supplémentaires pour l'embauche d'autochtones. «C'est impensable! Malgré les investissements et leurs expériences, les autochtones doivent payer les entreprises pour travailler!», s'indigne-t-il.

À sa connaissance, il est le seul autochtone à avoir travaillé sur le chantier. Du côté de la Société d'énergie communautaire, on indique que six personnes ont travaillé ou travaillent au chantier.

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