Début de l'enquête préliminaire

«C'est de ma faute», a dit Yves Martin à un policier

Yves Martin, le présumé chauffard du rang Saint-Paul,... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Yves Martin, le présumé chauffard du rang Saint-Paul, affiche un nouveau look, avec les cheveux coupés, la barbe fraîchement rasée. Il porte aussi une croix au cou.

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Le policier Carl Simard a entendu Yves Martin déclarer que tout était de sa faute, qu'il était dans la merde et qu'il en avait fait une belle après avoir appris qu'au moins deux personnes étaient décédées dans l'accident survenu le 1er août, dans le rang Saint-Paul à Laterrière. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il est responsable, selon son avocat Me Jean-Marc Fradette.

Le présumé chauffard subit son enquête préliminaire, cette semaine, au Palais de justice de Chicoutimi, devant le juge Pierre Simard. Après avoir évalué la preuve retenue contre lui, il devra déterminer s'il souhaite un procès ou s'il entend plaider coupable aux accusations déposées contre lui.

Le 1er août dernier, Martin, au volant de sa camionnette, est entré en collision avec la voiture de la famille de Mathieu Perron et Vanessa Tremblay-Viger et de leur petit garçon, Patrick. Les trois occupants de l'automobile sont décédés à la suite de l'impact. Martin s'en est sorti avec une coupure au-dessus de l'oeil gauche. L'homme de 36 ans, incarcéré depuis le tragique accident, est un multirécidiviste de l'alcool au volant. Il a été condamné à deux reprises par le passé.

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La Honda Civic des victimes a été projetée à 14 mètres de l'impact et a terminé sa route contre un arbre.

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Premiers sur les lieux

L'agent de la Sécurité publique de Saguenay, Carl Simard, et son collègue Jean-François Lévesque ont été les premiers policiers à arriver sur les lieux de l'accident.

En arrivant, une dame a déclaré qu'un homme, près de sa camionnette, avait la «face arrachée». Le policier s'est dirigé en sa direction. Il lui a posé des questions, notamment à savoir s'il était seul dans le véhicule.

«J'ai vu un homme qui avait le visage en sang. Il m'a dit qu'il était seul, mais j'ai tout de même vérifié l'habitacle. J'ai ensuite remarqué qu'il avait une coupure au-dessus de l'oeil gauche. Il ne semblait pas avoir d'autres blessures apparentes. Il se tenait debout de façon normale, sans bouger, et il m'a dit qu'il n'avait mal nulle part», a mentionné l'agent.

«Lorsqu'il s'est identifié comme Yves Martin, j'ai alors remarqué une odeur d'alcool. Il m'a alors demandé s'il avait tué du monde. Je ne pouvais lui répondre, car je n'étais pas au courant de leur état de santé. Il a alors ajouté: ''C'est de ma faute.''», a affirmé le patrouilleur.

Les soupçons (alcool au volant) de l'agent Simard se sont accentués lorsque Martin a été transporté dans l'ambulance. L'odeur d'alcool s'est intensifiée et, à la lumière, il a été en mesure de voir ses yeux vitreux.

«Les ambulanciers lui ont demandé s'il avait consommé. Il a répondu oui. Sa blonde l'avait laissé et c'est la raison pour laquelle il s'est saoulé, a-t-il dit. À 21h10, je lui ai lu ses droits et l'ai mis en état d'arrestation. Il a dit qu'il était dans la merde.»

Me Fradette a contre-interrogé l'agent afin de savoir qu'est-ce qui avait changé, entre le moment où Yves Martin était debout près de son camion et son arrivée dans l'ambulance, pour que le policier transforme ses soupçons en motifs d'accusation? Il ne voyait pas de motifs supplémentaires.

Le policier a repris ses arguments.

Me Fradette avoue que les déclarations incriminantes de son client pourraient jouer contre lui.

«Oui, en théorie. Mais cela nous donne le contexte dans lequel elles ont été faites. Le véhicule vient de capoter. De plus, ces déclarations ne sont pas confirmées par la preuve des témoins dans les symptômes vus. Le policier a d'ailleurs dit que mon client se tenait debout et qu'il semblait conscient. Il n'a pas immédiatement constaté qu'il était en état d'ébriété. Et les déclarations ne signifient pas que l'on est responsable de l'accident», de conclure Me Fradette.

Un processus important, selon Me Fradette

L'enquête préliminaire d'Yves Martin doit se tenir jusqu'à vendredi, avec une pause mercredi. Douze témoins seront entendus par le tribunal, dont un expert chimiste (analyse de l'échantillon sanguin), neuf témoins civils et deux policiers, appelés par Me Marie-Josée Hamelin-Gagnon, de la Couronne. Selon l'avocat de la défense, Jean-Marc Fradette, il s'agit d'un processus très important pour l'accusé.

«L'enquête préliminaire est très importante. La Couronne doit faire exactement la même preuve que lors du procès, à la différence qu'elle n'a pas de fardeau. Le bénéfice de la défense est d'établir les bases d'un éventuel procès, si celui-ci se tient, et d'évaluer la force et la faiblesse de la preuve afin de prendre des décisions», mentionne Me Fradette.

Me Jean-Marc Fradette croit que l'enquête préliminaire est... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 4.0

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Me Jean-Marc Fradette croit que l'enquête préliminaire est une étape primordiale en raison des impacts pour l'accusé (il s'expose à une longue détention).

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«Mon client peut se servir de cette enquête pour déterminer s'il veut un procès ou encore s'il plaide coupable si la preuve est très forte. Il est aussi vrai que l'enquête peut renforcer l'idée de la défense de tenir un procès, si elle estime que la preuve n'est pas aussi forte qu'elle le pensait», ajoute-t-il.

Reconstitution

En plus du policier Carl Simard, le juge Pierre Simard a entendu Pierre Girard, reconstitutionniste en scène de collision de niveau 3. Le technicien de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) est venu expliquer tout le travail qu'il a effectué dans les heures qui ont suivi l'accident afin de déterminer, le plus juste possible, ce qui avait pu se produire.

M. Girard a précisé que ce fut un impact frontal à haute vélocité, que la camionnette d'Yves Martin se trouvait dans la mauvaise voie (à 16 pouces de la ligne jaune continue centrale) et qu'au moment de l'impact, la camionnette est montée sur la voiture des victimes, écrasant la passagère, avant de se retrouver à l'envers sur la chaussée.

Pierre Girard, reconstitutionniste en scène de collision, a... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 5.0

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Pierre Girard, reconstitutionniste en scène de collision, a expliqué en détail le travail qu'il a mené pour établir la façon dont s'est produit l'accident.

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L'automobile a été projetée à 14 mètres de l'impact, après avoir fait une spirale, alors que le camion s'est arrêté 60 mètres plus loin.

«J'ai mené plusieurs analyses pour être certain de mes conclusions. L'impact s'est fait du côté de la passagère de la voiture. Il est probable que le conducteur ait bifurqué de sa voie pour éviter la collision. J'ai été en mesure de replacer les véhicules à l'endroit où l'impact s'est produit et déterminer ce qui a pu se passer», a expliqué M. Girard.

Son témoignage se poursuit aujourd'hui.

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