Le dernier au revoir de Luc Picard

Luc Picard a été beaucoup impliqué en politique... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Luc Picard a été beaucoup impliqué en politique et a été candidat pour l'ADQ en 2007.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Luc Picard entreprendra bientôt un grand voyage. Un périple qui ne nécessite ni valises ni passeport. L'homme de 52 ans, marié et père de trois enfants, s'apprête à traverser de l'autre côté. En phase terminale d'un cancer de l'oesophage, il n'a plus que quelques semaines à vivre.

L'ex-homme d'affaires bien connu du public saguenéen et candidat adéquiste dans la circonscription de Chicoutimi en 2007 a été admis à la Maison Notre-Dame il y a trois semaines. Après avoir mené un rude combat contre la maladie, il a dû s'admettre vaincu, moins de deux ans après avoir reçu son diagnostic. 

Avant de partir, Luc Picard a accepté d'accorder une entrevue au Progrès-Dimanche. L'objectif avoué : boucler la boucle, dire au revoir à ses proches et amis et à tous ceux qu'il a croisés depuis son arrivée dans la région au début des années 2000. Un dernier salut. L'idée n'était pas de lui. Ses deux grands amis, le conseiller municipal almatois Jocelyn Fradette et l'animateur de radio Sylvain Carbonneau voulaient lui offrir une tribune. Pas question, pour ceux qui considèrent Luc Picard comme leur frère, que ces gens apprennent la nouvelle de son départ dans la rubrique nécrologique. 

« Aujourd'hui, c'est son point de presse », a lancé l'échevin Fradette, à la rigolade, lors d'une entrevue touchante réalisée dans le salon de la Maison Notre-Dame jeudi. Il faisait référence au fait que son copain a joué un rôle clé dans la campagne électorale provinciale qu'il a menée en 2005, puis lorsqu'il a fait le saut au palier municipal. Les deux événements se sont déroulés sous la loupe des médias. Luc Picard n'était pas néophyte en matière de politique, lui qui avait dirigé la campagne de Carl Savard, également porte-étendard adéquiste, en 2003.

Jocelyn Fradette et Sylvain Carbonneau accompagnent leur ami... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Jocelyn Fradette et Sylvain Carbonneau accompagnent leur ami Luc Picard dans les derniers moments de sa vie.

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Jocelyn Fradette et Sylvain Carbonneau accompagnent leur « chum » dans les derniers moments de sa vie. Ils le visitent au moins une fois par semaine et lui parlent au téléphone tous les jours. Ils revoient leur parcours commun, comme un film qu'on ne se lasse pas de regarder, rient et pleurent ensemble. Ils se font des accolades, se moquent l'un de l'autre avec repartie comme on a seulement le loisir de le faire avec ceux qui ne nous en tiendront jamais rigueur. Ils parlent du passé, du présent et de l'avenir. Pour eux, Luc sera toujours là.

Le trio, déjà homogène, est devenu fusionnel après le diagnostic de Luc, tombé sur lui comme une tonne de briques en août 2014. 

C'est d'ailleurs grâce à Fradette et Carbonneau s'il a décidé d'enfiler les gants pour tenter d'infliger une raclée à ce foutu cancer. Au départ, il n'avait pas envie de se battre.

« Je suis originaire d'Hochelaga-Maisonneuve, un quartier très dur de Montréal. J'ai eu à me battre toute ma vie pour me faire une place. Quand j'ai eu le diagnostic, j'ai dit : ''Ai-je le droit, pour une fois, de baisser les bras ? '' », raconte-t-il. Ce à quoi Sylvain Carbonneau a répondu qu'il n'en était absolument pas question. 

Un premier protocole de chimio s'est avéré vain. Un deuxième a fait pire que bien. Les médecins l'ont dirigé vers les soins palliatifs.

« J'aurais pu m'installer dans un coin et pleurer toutes les larmes de mon corps. Je me serais écrasé et tout le monde autour de moi se serait écrasé aussi », pointe celui qui a longtemps oeuvré pour le compte de l'entreprise Hobart.

Luc Picard, sa femme Myriam Lussier et leurs... (Photo courtoisie) - image 3.0

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Luc Picard, sa femme Myriam Lussier et leurs enfants Carole-Anne, Guillaume et Pierre-Alain forment une famille unie. 

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Son épouse est prête à le laisser partir

La sérénité qui habite Luc Picard a gagné sa conjointe des 30 dernières années, Myriam Lussier. 

«Ça fait presque deux ans qu'on se prépare, qu'on franchit les étapes. Tout s'est fait naturellement et les enfants ont embarqué. La maladie fait partie de notre quotidien. On peut même faire des blagues avec ça», explique-t-elle. 

La famille a déjà amorcé le processus du deuil. Celui-ci a été facilité par l'implication de Luc dans l'organisation de ses propres funérailles. 

«Luc, c'est quelqu'un de plus grand que nature. Il y a juste lui qui est capable de chanter à ses propres funérailles», fait valoir Myriam Lussier, sourire en coin. Son mari a enregistré sa propre version de la chanson Si fragile de Luc De la Rochelière. La pièce sera jouée à l'église. Un legs de la part de Luc Picard et un rappel de l'importance de profiter du moment présent.

Impliqué

Tout au long de sa vie adulte, Luc s'est investi bénévolement pour de nombreuses causes, notamment dans le domaine de l'éducation. À la tête d'une famille tissée serrée, le papa de Carole-Ann, Guillaume et Pierre-Alain apprend aujourd'hui à recevoir de ceux à qui il a tant donné. Des soins, de l'amour, des témoignages d'affection, de la tendresse.

La semaine dernière, l'ex-député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, a effectué une visite-surprise à la Maison Notre-Dame pour saluer Luc. Mario Dumont lui a donné un petit coup de fil pour prendre de ses nouvelles.  

Luc Picard partira bientôt, mais il ne sait pas précisément quand. Peut-être verra-t-il défiler l'été. Peut-être s'envolera-t-il doucement avec le printemps. L'attente est sans douleur ni amertume et l'homme de 52 ans vit chaque jour comme le dernier. Il n'a aucun regret : tout son monde a reçu un «je t'aime».

Luc Picard regrette seulement de ne pas pouvoir... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 4.0

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Luc Picard regrette seulement de ne pas pouvoir connaître ses petits-enfants.

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Une entrevue émouvante

Une ambiance quasi onirique a régné tout au long de l'entrevue que nous a accordée Luc. Dur de trouver les mots pour la décrire avec justesse, mais disons simplement que la salle donnait l'impression de s'être laissée enrobée de lumière. Il n'y avait absolument rien de lugubre à parler de la mort.

Difficile, aussi, pour la journaliste et le photographe Rocket Lavoie de demeurer imperméables à l'émotion ambiante. Dans les yeux de Luc Picard, d'un bleu profond à double ton, on pouvait lire la paix, mais aussi la peine.

« C'est sûr que je suis triste. Personne n'est content de mourir à 52 ans. J'ai accepté le fait que je vais partir. Ce que je n'ai pas accepté, par contre, c'est que je n'aurai pas l'occasion de serrer mes futurs petits-enfants dans mes bras. Ça me hante et ça m'habite », a confié cet amoureux des bébés. 

Ce sujet l'a ému, encore plus que parler de son frère, avec qui il a repris contact après 20 ans de silence. Sa voix, déjà ténue et frêle, s'est tue pendant quelques secondes avant de revenir, vacillante, pendant que ses yeux fixaient toujours le sol. Puis, il s'est ressaisi, le regard devant, résigné. 

« Pendant les deux années que j'ai passées à me battre, j'ai eu la chance de faire la paix autour de moi. Je voulais partir en paix et je vais partir en paix », a-t-il terminé.

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