Aider les municipalités dévitalisées

Les professeurs en socio-anthropologie, Pierre-André Tremblay, Suzanne Tremblay,... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Les professeurs en socio-anthropologie, Pierre-André Tremblay, Suzanne Tremblay, ainsi que l'archéologue et professeur associé Érik Langevin.

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Comment aider une municipalité dévitalisée à stopper l'hémorragie démographique et économique? En aidant les membres de la communauté à prendre conscience de leur potentiel et de leurs ressources, et surtout, en ne leur disant pas quoi faire.

C'est ce que constatent les professeurs Suzanne Tremblay et Pierre-André Tremblay de l'Université du Québec à Chicoutimi, au fil des études auxquelles ils ont pris part, que ce soit concernant des municipalités de la région ou de l'extérieur.

«Il faut agir comme des révélateurs», souligne Mme Tremblay, spécialisée dans le développement des communautés et en intervention sociale.

Elle a étudié les municipalités de Petit-Saguenay, de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, entre autres. Les quartiers centraux de Saguenay ont aussi fait partie de ses travaux. Elle travaille d'ailleurs sur un livre sur Saint-Jean-Eudes.

Celle qui est directrice de la maîtrise en études et interventions régionales a constaté qu'il n'existe pas de recette miracle ou de marche précise à suivre pour renverser le courant de la dévitalisation.

«Pour chaque village, c'est différent. Les démarches de revitalisation se font à long terme, sur 10-15 ans, et plus, et comportent des hauts et des bas. Ce n'est pas une trajectoire linéaire», explique celle qui fait aussi partie du comité de coordination du Groupe de recherche et d'intervention régionales (GRIR).

Industrie forestière

Dans la région, ces municipalités ont toutes un point commun: leur économie était entièrement basée sur l'industrie forestière. La crise forestière et les difficultés de l'industrie depuis ont laissé de profondes cicatrices à ces communautés qui doivent se diversifier en misant sur d'autres secteurs. Pour le Bas-Saguenay, par exemple, cette solution a passé par le développement de l'industrie touristique. «Notre travail n'est pas de régler la situation et d'apporter des solutions, ajoute Pierre-André Tremblay. En 50 ans de développement international, on a compris qu'on ne peut arriver en greffant une solution. Ce sont des greffes qui ne marchent pas. Les solutions doivent venir des gens du milieu.» Le sociologue, membre du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), a notamment participé, dans les dernières années, à étudier la municipalité de Saint-Camille, en Estrie.

Une fois les études sur le milieu faites, il revient donc aux communautés de prendre ces rapports et de poser les actions qu'elles jugent nécessaires. Les deux collègues se réjouissent de constater que les populations ont pris le relais, à la suite de leurs travaux, en organisant des forums, des colloques, ou en formant des comités.

Archéologie

Le même principe général peut s'appliquer aux communautés autochtones, souligne par ailleurs Érik Langevin, archéologue. La prise en charge des communautés par elles-mêmes, et non par des spécialistes de l'extérieur, passe aussi par une réappropriation de leur histoire et des artéfacts, explique celui qui dirige différents projets en ce sens dans la région, notamment.

Le vrai visage de l'itinérance

Le véritable visage de l'itinérance au Saguenay-Lac-Saint-Jean est peu connu. Chose certaine, il ne prend pas la forme du clochard, mal habillé, qui quête au coin d'une rue. Pour mieux comprendre l'itinérance, et mieux intervenir, une première étude d'envergure en région est menée sur le sujet.

«La définition de l'itinérance, ce n'est pas un bloc monolithique», souligne d'emblée le Pierre-André Tremblay, sociologue à l'UQAC, qui s'intéresse particulièrement aux sujets reliés à la lutte à la pauvreté.

Le projet de recherche, en cours depuis deux ans, rassemble différents intervenants afin de brosser un premier portrait précis de l'itinérance dans la région. «Les études qui ont été faites au Québec sur l'itinérance concernent surtout Montréal, et c'est la première fois qu'une étude se concentrera uniquement sur une région comme nous le faisons», explique-t-il.

Des intervenants ont été rencontrés, tels que des travailleurs sociaux, mais aussi des policiers et des médecins, par exemple. Vingt-cinq personnes vivant l'itinérance ont aussi été interviewées. «Le but est de comprendre comment tout ce réseau interagit et voir comment les personnes vivent dans ce réseau», souligne le professeur.

Les premières constatations montrent que le portrait est beaucoup plus complexe qu'on peut le penser, et remet en question la définition même des conditions qui entourent l'itinérance.

«Dans la région, plusieurs ont un domicile, une chambre, un endroit où dormir, mais qui peut changer souvent. Plusieurs vivent dans le bois, dans un chalet, dans une tente sur un terrain. Ils vivent les difficultés et les problèmes de l'itinérance, ont recours aux différents services, mais leur réalité amène à revoir les définitions préétablies», souligne le chercheur.

L'analyse des informations recueillies sera effectuée au courant des prochains mois.

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