Lac-Mégantic : comprendre pourquoi certains s'en sortent mieux

La directrice de la Chaire de recherche sur... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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La directrice de la Chaire de recherche sur les événements traumatiques, santé mentale et résilience des individus de l'UQAC, Danielle Maltais, pose ici à droite avec l'une des cochercheuse de la chaire, Ève Pouliot.

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Une troisième étude populationnelle débutera à l'automne à Lac-Mégantic pour comprendre pourquoi certains individus s'en sortent mieux que d'autres, trois ans après la catastrophe ferroviaire. L'étude sera dirigée par des chercheurs de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Deux enquêtes populationnelles ont déjà été menées en Estrie, après la première et la deuxième année de la tragédie qui a rasé le centre-ville et coûté la vie à 47 personnes. Les études étaient menées par les responsables de la santé publique en Estrie, en collaboration avec Danielle Maltais, professeure à l'UQAC. La chercheuse est reconnue pour son expertise, elle qui se consacre depuis 1996 à l'étude des conséquences psychosociales des catastrophes.

La première étude a montré que les personnes exposées à la tragédie de Lac-Mégantic présentaient plusieurs problèmes de santé, un an après les événements. Deux ans plus tard, on constatait que l'état de santé de la population de Lac-Mégantic s'améliorait peu, et connaissait même une détérioration.

Cette nouvelle étude portera sur les séquelles et les conséquences de la tragédie de Lac-Mégantic et le processus de résilience des adultes.

«Les résultats nous permettront de comprendre ce qui a fait la différence dans le cas des adultes et des familles qui s'en sont mieux sortis, pour développer une méthode d'intervention et pouvoir mettre dans le même contexte les individus qui seront touchés par d'autres catastrophes», explique Danielle Maltais, la directrice de la nouvelle Chaire de recherche sur les événements traumatiques, santé mentale et résilience des individus de l'UQAC.

L'étude se penchera aussi sur l'impact de la tragédie sur la dynamique familiale et sur les enfants.

L'équipe de recherche mènera quelque 600 entrevues téléphoniques. Elle compte en réaliser 200 auprès de résidants de Lac-Mégantic, 200 dans la MRC du Granit, où se trouve Lac-Mégantic, et 200 dans les autres MRC de l'Estrie.

Parmi ces 600 entrevues, 100 personnes seront sélectionnées pour mener des entrevues plus en profondeur. On souhaite ainsi cibler, par exemple, des personnes ayant perdu un être cher, des familles qui s'en sortent bien, et d'autres qui s'en sortent mal depuis les événements.

La directrice estime que les résultats de l'étude pourront être diffusés au printemps 2017. Le projet de recherche est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines à la hauteur de 350 000$. Tout le processus est mené en étroite collaboration avec Mélissa Généreux, directrice de la santé publique en Estrie.

Une voie de contournement essentielle

Nous pensons que tant qu'il n'y aura pas de voie de contournement à Lac-Mégantic, ça n'aidera pas la population à s'en sortir», soutient la spécialiste des conséquences psychosociales des catastrophes, Danielle Maltais.

Plusieurs résidants de Lac-Mégantic n'entendaient plus passer le train dans leur petite municipalité. Mais depuis la tragédie, ce bruit qui faisait partie du quotidien est maintenant associé à un traumatisme. Il trouble le sommeil de plusieurs Méganticois.

«Un parent me disait que son jeune enfant est inquiet chaque fois qu'il entend passer le train. Mais il n'était pas à Lac-Mégantic lors de la tragédie. Cela montre les stigmates de la population, et que les craintes peuvent se transmettre collectivement», pointe Mme Maltais.

Les impacts de ce genre de tragédie sont longs avant de s'amoindrir, ajoute-t-elle, et affectent toutes les sphères de la vie, autant familiale, professionnelle, financière que la santé physique et psychologique des populations touchées.

En bref

• La nouvelle Chaire de recherche sur les événements traumatiques, santé mentale et résilience des individus de l'UQAC, fondée en novembre 2015, est le résultat de 20 ans de recherche à l'université dans ce domaine. Dirigée par Danielle Maltais, elle rassemble les cochercheurs Christiane Bergeron-Leclerc, Jacques Cherblanc et Ève Pouliot. Six livres sont issus de cette expertise depuis 1996. Des recherches liées au Déluge du Saguenay (1996), au glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney (1971) et à la crise du verglas (1998) ont notamment contribué à faire changer les méthodes d'intervention en travail social lors de catastrophes. Parmi ses projets, la chaire souhaite étudier les conséquences psychosociales liées aux pertes d'emploi massives, aux difficultés économiques et à la perte de conditions de travail dans certains secteurs.

• Un livre rassemblant les témoignages des divers intervenants lors de la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic sera publié à l'automne 2016. Le livre de quelque 30 chapitres, dirigé par la professeure Danielle Maltais, porte le titre provisoire Lac-Mégantic: du sinistre... à la résilience. L'ouvrage qui se veut un post mortem sur les événements devrait être publié aux Presses de l'Université du Québec.

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