Il y a 45 ans, Saint-Jean-Vianney

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Des hélicoptères ont survolé la zone sinistrée le matin de la tragédie, mais aucun survivant n'a pu être retrouvé.

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Il est environ 23h, en ce 4 mai 1971, et plusieurs personnes à Saint-Jean-Vianney, comme ailleurs au Québec, sont rassemblées autour du téléviseur. Elles ont les yeux rivés sur le premier match de la finale de la Coupe Stanley qui oppose le Canadien de Montréal aux Blackhawks de Chicago. Les enfants dorment, tandis que des travailleurs de l'Alcan, à Arvida, descendent de l'autobus qui les ramène de l'usine, pour y en amener d'autres.

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Plusieurs personnes ont tenté de fuir les lieux avec leur automobile. Des voitures ont été emportées par la vase, tandis que certains automobilistes s'en sont sauvés de justesse.

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L'électricité est soudainement coupée. Des bruits d'explosion retentissent. Des vibrations secouent les maisons et les premiers cris d'horreur et de détresse se font entendre.

Une dizaine de maisons sont alors déjà englouties dans la boue, sans que leurs habitants n'aient pu s'en extirper. Les résidants encore épargnés se précipitent à l'extérieur de leur résidence pour comprendre ce qui se passe. Ils retournent à la course chercher femme, enfants, parents et avertir les voisins. L'état de panique est généralisé.

Mais pour certains, il est déjà trop tard et ils ne peuvent qu'assister avec horreur à la disparition de leur maison et de leurs proches dans la coulée d'argile. D'autres qui tentaient de fuir dans leur automobile sont aussi emportés.

Les passagers de l'autobus ont tout juste le temps d'en descendre avant que le véhicule ne disparaisse lui aussi dans la boue.

Des mères et pères de famille se retrouvent au bord de l'immense trou laissé par le glissement de terrain, criant pour tenter de retrouver leurs enfants.

Les secours arrivent, et c'est dans un désarroi complet que la petite communauté constate l'ampleur de la tragédie, aux premières lueurs du jour. Le trou béant laissé en bordure de la rivière aux Vases, qui se jette dans le Saguenay, fait environ 300 mètres de diamètre par 60 mètres de profondeur.

Des hélicoptères survolent rapidement la zone sinistrée, à la recherche de survivants, en vain.

31 morts, 42 maisons

Au total, 31 personnes perdent la vie dans cette tragédie et 42 maisons sont englouties. Ce récit des événements, repris à partir d'articles de la revue historique Saguenayensia, de coupures de journaux et de transcription de témoignages, rappelle l'ampleur de la catastrophe naturelle, survenue il y a exactement 45 ans aujourd'hui. La nouvelle avait fait les manchettes à travers le monde.

« C'est un drame humain, reprend à plusieurs reprises l'historien Éric Tremblay, lors d'un entretien avec Le Quotidien. Chaque personne touchée a son histoire à raconter. »

« Il s'agit d'une catastrophe naturelle majeure dans l'histoire du Québec », ajoute celui qui a réalisé l'exposition permanente qui se trouve dans le Centre multiservice de Shisphaw.

Ironiquement, il rappelle que si ce n'avait été du match de hockey à la télévision, bien plus de personnes auraient déjà été au lit au moment de la tragédie. « Les hommes qui étaient debout ont pu réagir rapidement », souligne-t-il.

Après les événements, la petite communauté doit faire son deuil. « Plusieurs corps n'ont pas été retrouvés. Un corps a même été retrouvé au Nouveau-Brunswick, beaucoup plus tard », indique l'historien.

Les survivants ont dû ensuite vivre dans des roulottes, avant d'emménager, pour la plupart, sur le plateau Deschênes, où 200 maisons ont été déménagées à partir de septembre 1971.

« La tragédie de Saint-Jean-Vianney a marqué un tournant en matière de sécurité civile au Québec. Cela a fait prendre conscience au gouvernement qu'il devrait être prêt à intervenir en cas de catastrophe majeure », conclut-il.

Le photographe Marc Ellefsen, le matin de la... (Archives, FONDS MARC ELLEFSEN, Société historique du Saguenay) - image 2.0

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Le photographe Marc Ellefsen, le matin de la tragédie, a loué un hélicoptère pour photographier la zone sinistrée. Il a légué de nombreuses et magnifiques photos à la Société historique du Saguenay.

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Des impacts négatifs, mais aussi positifs

(MGA) - Des décennies plus tard, le drame de Saint-Jean-Vianney a toujours des impacts sur la vie des victimes. Ils sont négatifs, certes, mais peuvent aussi être positifs.

C'est ce qu'a constaté Danielle Maltais, professeure en travail social à l'Université du Québec à Chicoutimi. La spécialiste des conséquences psychosociales des catastrophes a notamment travaillé sur le Déluge de 1996, et plus récemment, sur la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic.

Elle a rencontré 22 survivants de la tragédie de Saint-Jean-Vianney, en 2000, 29 ans après la tragédie. Près de 30 ans plus tard, plusieurs des aînés rencontrés peinaient à raconter ce qu'ils avaient vu, entendu et ressenti.

Encore aujourd'hui, la chercheuse croit que les personnes touchées par les événements doivent avoir une pensée à chaque anniversaire de la tragédie.

« Des personnes nous disaient être inquiètes dès qu'il y a de fortes pluies et qu'il y a des intempéries, et ça doit encore être le cas pour certains aujourd'hui, souligne Mme Maltais à l'occasion d'une entrevue téléphonique. Ce qui peut être difficile, aussi, aujourd'hui, pour les anciens citoyens, ce doit être de voir que Saint-Jean-Vianney est devenue un lieu de compétition récréative. Ça peut être vécu comme un manque de respect. »

Malgré les difficultés vécues par les survivants, la chercheuse a noté que plusieurs pouvaient tout de même retirer du positif du drame.

« Les gens ont constaté un impact sur leur estime de soi. Ils ont constaté qu'ils avaient des forces insoupçonnées et se disaient plus positifs par rapport à la vie », explique-t-elle.

Un changement de valeurs se produit aussi après avoir vécu de tels événements. « Les gens disaient maintenant accorder plus d'importance aux autres, aux personnes, qu'à l'aspect matériel », ajoute la professeure en travail social.

Au chapitre des difficultés, la perte d'êtres chers, la relocalisation temporaire dans des roulottes et le déménagement dans un nouveau quartier ont été une succession d'épreuves pour les familles touchées. La vie sociale, familiale, professionnelle, financière, ainsi que la santé subissent les contrecoups pendant de nombreuses années.

Toutefois, Danielle Maltais constate que permettre à la communauté de s'installer sur le plateau Deschênes, en reproduisant le même voisinage, a été bénéfique. « Permettre de conserver les mêmes liens de voisinage en installant les maisons dans le nouveau quartier, comme à Saint-Jean-Vianney, a aidé la communauté à se soutenir », souligne Mme Maltais.

Au total, 31 personnes ont perdu la vie... (Archives, FONDS MARC ELLEFSEN, Société historique du Saguenay) - image 3.0

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Au total, 31 personnes ont perdu la vie et 42 maisons ont été englouties dans la boue, lors du glissement de terrain survenu à Saint-Jean-Vianney, aux alentours de 23h, le 4 mai 1971, il y a 45 ans.

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Un sol instable depuis longtemps

Certains signes avant-coureurs, tels que des fissures de fondation, des terrains et des sous-sols inondés, des petits affaissements de terrain, et même le comportement étrange d'animaux de compagnie, se sont produits peu avant le glissement de terrain.

La fragilité du sous-sol de Saint-Jean-Vianney n'était toutefois pas récente. Un grand tremblement de terre, survenu en 1663, a causé des ruptures et des glissements de terrain dans le secteur. L'ancienne désignation du secteur de Shipshaw, les Terres-Rompues, parle d'elle-même à ce sujet. Le nom de la rivière en bordure de laquelle le terrain s'est effondré, en 1971, la rivière aux Vases, montre bien aussi que les sols vaseux du secteur étaient connus.

Le nom de Shipshaw signifie d'ailleurs « rivière enfermée », en langue amérindienne, qui fait référence à une déviation produite dans le cours de la rivière par un glissement de terrain.

Un sol argileux n'est cependant pas une réalité circonscrite au secteur de Saint-Jean-Vianney, prévient l'historien Éric Tremblay.

« Nous ne sommes pas à l'abri, surtout pas dans notre région, géologiquement parlant. Des coulées d'argile se sont produites à plusieurs reprises, explique-t-il. L'être humain étant ce qu'il est, il continue à se construire en bordure des cours d'eau et plusieurs quartiers ont été construits sur des sols argileux. Se rappeler des événements de Saint-Jean-Vianney, c'est aussi se rappeler que nous ne sommes pas à l'abri d'une telle catastrophe. »

La tragédie du 4 mai 1971, en chiffres

23h, l'heure du drame (approximative)

31 morts

42 maisons anéanties

300 mètres de diamètre par 60 mètres de profondeur, étendue du trou laissé par le glissement de terrain

2 M$ en pertes matérielles

240 familles se trouvent sans logis

1700 personnes doivent être relocalisées

27 mai 1971, annonce de la fermeture définitive de Saint-Jean-Vianney, déclarée zone sinistrée

200 maisons déménagées sur le plateau Deschênes, à Arvida, à partir de septembre 1971

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