Le cri du coeur de Guillaume Bergeron

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Guillaume Bergeron, sa conjointe Chrystina Munger-Turcotte et leurs deux filles, Lauralie et Clara, ont fait visiter l'étable à la députée Karine Trudel.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Guillaume Bergeron, un producteur laitier du chemin Saint-Damien, à Jonquière, s'inquiète des répercussions de l'importation massive de lait diafiltré en provenance des États-Unis sur les entreprises de la région.

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Guillaume Bergeron veut faire de la production laitière une carrière et ainsi subvenir aux besoins de sa famille, dont la petite Clara, 17 mois.

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L'agriculteur de 28 ans a acquis la moitié des parts de la ferme de son père en 2011 et en est devenu propriétaire à part entière avec sa conjointe Chrystina Munger-Turcotte l'an dernier. Passionné d'agriculture, il a fait ses études à Alma dans le but de devenir le quatrième Bergeron à élire domicile sur ces terres ancestrales appartenant à la famille depuis plus de 100 ans.

Depuis janvier, Guillaume Bergeron encaisse des pertes mensuelles oscillant autour de 2000$, un manque à gagner qu'il attribue directement à l'entrée, au Canada, de protéines de lait diafiltré. Dans ce qui possède tous les attributs d'un cri du coeur, le père de deux fillettes âgées de 17 mois et trois ans a écrit à sa députée, la néodémocrate Karine Trudel, et l'a invitée à venir visiter la ferme Marica. Il voulait ainsi démontrer à la représentante de Jonquière aux Communes l'ampleur des dommages financiers auxquels il est confronté. Le Progrès-Dimanche s'est joint à l'agriculteur et à la politicienne lors de la visite de l'étable mardi.

«J'ai un troupeau de 70 têtes, mais j'ai entre 42 et 45 vaches qui produisent du lait. En 2015, j'ai perdu environ 11 000$. Je vis beaucoup d'inquiétude. Je ne veux pas couper les budgets d'alimentation et les soins de santé des animaux ni dans les équipements. L'argent que je perds, on le prend directement dans le budget familial. C'est pratiquement l'équivalent de mon salaire», dit Guillaume Bergeron, dont la conjointe est enseignante. Heureusement que la petite famille peut compter sur un deuxième revenu. Autrement, il lui serait impossible de joindre les deux bouts.

Pas dans les quotas

Le lait diafiltré est le produit par lequel certains transformateurs passent pour importer la matière première utilisée dans la fabrication du fromage à bas prix. Pendant que le lait diafiltré entre massivement au Canada, les producteurs se retrouvent avec un surplus de leurs propres protéines de lait. Incapables d'écouler leurs stocks, ils les accumulent ou les vendent carrément à perte. L'impact sur leurs revenus est significatif et les producteurs laitiers en appellent au gouvernement fédéral pour qu'il modifie la Codification du tarif des douanes. Il faut comprendre que lorsqu'il arrive au Canada en provenance des États-Unis, le lait diafiltré n'est pas considéré comme du lait. Or, dans les usines de transformation, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) considère qu'il s'agit bel et bien d'or blanc. Le lait diafiltré en provenance des États-Unis n'est donc pas inclus dans les quotas d'importation.

«On ne peut pas s'en aller par là. On avait eu des promesses que ce serait réglé dans les 100 premiers jours du mandat du gouvernement Trudeau et rien n'a été fait. On croit que le système de gestion de l'offre est équitable. On ne comprend pas pourquoi le gouvernement n'agit pas», poursuit Guillaume Bergeron, qui avait demandé à son amie Vicky Boily, elle aussi une productrice de la relève, de se joindre au groupe pour la visite.

Profession noble

Guillaume Bergeron rappelle que malgré les difficultés et les embûches, il souhaite faire de la production laitière une carrière. Bien qu'elle soit perçue comme une profession noble, l'agriculture peine à attirer des jeunes. Le dossier du lait diafiltré nuit aux membres de la relève, estime le propriétaire de la ferme Marica, qui voit là un élément de plus pour dissuader des jeunes de faire le saut.

«On regarde vers l'avenir, mais tout ça est inquiétant et très stressant. La ferme n'a pas été rénovée depuis 1976. On avait des projets, mais tout a été mis sur la glace», pointe celui qui s'investit à hauteur de 60 heures par semaine, au bas mot, pour assurer le fonctionnement de son entreprise. Il compte sur l'appui d'un employé.

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Depuis janvier, Guillaume Bergeron encaisse des pertes mensuelles oscillant autour de 2000$, un manque à gagner qu'il attribue directement à l'entrée, au Canada, de protéines de lait diafiltré.

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Le NPD a déposé un avis de motion

Karine Trudel croit que si le gouvernement n'agit pas, il provoquera l'effritement des fermes canadiennes, particulièrement celles des régions.

«Le gouvernement met de côté ceux et celles qui nous nourrissent. On travaille beaucoup sur le dossier de l'agriculture avec notre collègue de Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau. On va continuer jusqu'à ce que le gouvernement pose les bons gestes», a indiqué l'élue. Karine Trudel n'a pas manqué de rappeler que le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte 325 fermes laitières, ce qui représente 2500 emplois et une valeur de production estimée à plus de 123 millions $.

Denis Lemieux

La semaine dernière, le NPD a déposé une motion pour forcer le gouvernement à faire respecter les normes de composition fromagères à tous les transformateurs canadiens. Karine Trudel croit qu'il s'agit là de quelque chose de très simple.

«Ce n'est qu'une question de codification aux douanes. Que le gouvernement agisse! On est capable de le faire rapidement. C'est facile et ça ne coûte rien», fait-elle valoir.

Les parlementaires devront se prononcer sur la question mardi. Employant l'expression populaire qui souligne l'importance que «les bottines suivent les babines», la députée Trudel espère que son collègue libéral et voisin de circonscription, Denis Lemieux, appuiera la motion du NPD. Le représentant de Chicoutimi-Le Fjord s'est versé un sac de lait en poudre sur la tête lors d'une manifestation tenue la semaine dernière à l'initiative des producteurs de lait régionaux en clamant qu'il n'avait pas peur de se salir pour eux.

«Le vrai geste d'appui devra être posé mardi», a lancé Karine Trudel, qui invite son homologue à appuyer la motion du NPD.

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