Lac Saint-Jean: RTA dit non aux scénarios qui font perdre de l'argent

Rio Tinto Aluminium a écarté tous les scénarios de gestion de niveau du lac... (Archives Le Quotidien)

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Louis Potvin
Le Quotidien

Rio Tinto Aluminium a écarté tous les scénarios de gestion de niveau du lac Saint-Jean qui lui feraient perdre de l'argent. Des considérations économiques que la compagnie n'a pas voulu rendre publiques.

Le Quotidien a obtenu copie de documents qui font état des répercussions sur la production électrique des différents scénarios proposés lors des consultations publiques. 

À titre d'exemple, si le niveau du lac Saint-Jean était maintenu à 15,5 pieds par année, les pertes de production annuelle estimée par Rio Tinto seraient de 11 mégawatts, ce qui représenterait selon le tarif grande puissance accordé aux alumineries une somme de 3,1 millions $.

La compagnie a rejeté ce scénario présenté par l'organisme Riverain 2000 lors de sa divulgation, en mars, de certains éléments de son étude d'impact. À ce moment, elle n'avait pas cru bon de dévoiler les pertes économiques qu'engendreraient différents scénarios présentés lors des consultations citoyennes. D'ailleurs, la majorité des scénarios qui provoqueraient des pertes de revenus a été écartée, sauf le scénario B.

Ce dernier implique un niveau à 16,5 pieds le printemps, à 16 pieds en été et 15,5 pieds pour le reste de l'année. La baisse de production d'électricité serait alors de 3MW, soit 856 000 $ de moins par année dans les coffres de RTA. 

Dans le cas du scénario D, le fait d'abaisser le niveau à 15,5 pieds en été ferait augmenter les pertes en électricité à 5MW, soit 1,4 million $.

Le scénario le plus coûteux pour RTA serait celui de laisser le Piekuagami à 14 pieds à l'année. La capacité électrique serait réduite de 31 MW, ce qui causerait des pertes annuelles de 8,8 millions $. Ces deux dernières éventualités ont été écartées.

La multinationale présente même un scénario qui lui permettrait d'accroître de 2MW sa production annuelle comparée à celle actuelle. Pour ce faire, le niveau serait haussé à 17,5 pieds pendant 10 jours durant la crue printanière. Il serait abaissé à 16 pieds par la suite durant tout l'été pour ensuite le diminuer à 15,5 pieds à l'automne. Les revenus supplémentaires seraient alors de l'ordre de 571 000 $. Ce scénario fait partie des propositions comme celui de maintenir le statu quo avec les niveaux actuels.

Le Quotidien n'a pas obtenu les données concernant la proposition faite par le comité des parties prenantes qui est composé des trois MRC du Lac-Saint-Jean et de la communauté de Mashteuiatsh. On suggère un lac à 16 pieds au printemps, à 15,5 pieds en été et à 15 pieds en automne.

Pas des pertes énormes

Ces chiffres démontrent que les pertes monétaires pour RTA ne seraient pas si dramatiques dans certains cas. En maintenant un niveau du lac Saint-Jean plus bas, est-ce que la multinationale économiserait sur les frais de rechargement et stabilisation des berges ?

RTA investit en moyenne trois à quatre millions $ par année dans son programme de stabilisation des berges. En 2015, ce sont 6,3 millions $ qui ont été injectés.

Nos calculs ont été faits à partir du tarif grande puissance accordé aux alumineries qui est fixé à 3,26 cents du mégawatt par Hydro-Québec.

Le préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est André Paradis... (Montage Le Quotidien) - image 2.0

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Le préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est André Paradis

Montage Le Quotidien

Une plus grande ouverture souhaitée

Le préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est, André Paradis, et le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, déplorent le manque de transparence de Rio Tinto Aluminium.

«Nous avons demandé à deux reprises d'avoir ces chiffres concernant les pertes de production électrique selon les différents scénarios analysés. Ils ont toujours refusé. Ça me déçoit cette façon de faire. Ce sont des éléments importants qu'ils auraient dû nous déposer pour que nous puissions en discuter», a déclaré André Paradis.

Alexandre Cloutier rappelle que RTA gère des ressources naturelles qui appartiennent aux Québécois. «Les gens de la région sont en droit d'avoir toutes les informations nécessaires pour se faire une opinion. L'aspect économique est l'une des choses à prendre en considération, mais il ne faut pas le cacher si on veut instaurer un vrai dialogue. Je demande à la compagnie d'être plus transparente.»

Il sait que les relations sont difficiles et que ce n'est pas ce genre d'attitude qui va améliorer les choses. «Je crois qu'un rapprochement est possible avant la tenue des audiences du BAPE. Rio Tinto doit montrer une plus grande ouverture et rendre toute l'information pertinente disponible. Aussi, je demande au gouvernement de surveiller la situation de près et de choisir une date pour la tenue des audiences. Nous avions demandé au printemps et j'ai l'impression que ça va aller à l'automne», a ajouté le député péquiste.

Un nouveau scénario à l'étude

André Paradis informe que la proposition soumise par le comité formé des élus du Lac-Saint-Jean et Mashteuiatsh devra être analysée par RTA. Ce scénario n'avait pas été considéré par la multinationale.

«Nous avons eu une rencontre avec le ministère et ils vont obliger Rio Tinto à l'intégrer dans les scénarios qu'ils vont déposer. Le ministère trouvait notre argumentaire solide et qu'il méritait d'être analysé. C'est une bonne nouvelle, car elle sera soumise au BAPE. J'espère maintenant que Rio Tinto va l'analyser et va en discuter avec nous notamment sur l'implication économique que ça pourrait avoir», souhaite-t-il.

En effet, les scénarios qui ont été écartés par Rio Tinto ne pourront même pas être évalués par les commissaires du BAPE.

La porte-parole de Rio Tinto, Xuân-Lan Vu... (Archives Le Quotidien) - image 3.0

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La porte-parole de Rio Tinto, Xuân-Lan Vu

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«Ce n'est pas un manque de transparence»

Rio Tinto assure qu'elle ne cache pas les chiffres concernant les scénarios sur les niveaux du lac Saint-Jean. L'entreprise a dévoilé à un comité technique les pertes de production électrique qu'ils engendreraient, mais attend que l'étude d'impact soit complétée avant de les rendre publics.

« Ce n'est pas un manque de transparence. Nous sommes ouverts depuis le début. C'est normal qu'on n'entre pas dans tous les détails. Il y a encore de nombreux éléments à valider. Les données concernant les impacts économiques seront publiques bientôt quand le compte rendu de la dernière rencontre du comité technique sera prêt », a justifié la responsable des communications Xuân-Lan Vu.

Cette dernière assure que ce ne sont pas seulement les aspects économiques qui ont mené la compagnie à rejeter les scénarios qui réduisaient le plus la capacité électrique des barrages. « Nous avons une grille d'analyse très complète et tous les éléments du développement durable sont considérés, soit l'environnement, le social, le technique et l'économique. On n'a pas juste regardé l'élément économique », a-t-elle ajouté.

Xuân-Lan Vu assure que toutes les analyses faites pour les six scénarios étudiés seront présentées dans l'étude d'impact et sera soumis aux commissaires du BAPE. Les citoyens pourront donc les commenter et en débattre. 

La porte-parole indique qu'on ne peut pas faire l'équation qu'en abaissant le niveau du lac Saint-Jean, les dommages causés par l'érosion seront moins importants. Ce qui générerait des économies pour les travaux de rechargement et de stabilisation. « C'est beaucoup plus complexe que ça. C'est loin d'être une science exacte. Il y a différents paramètres à prendre en compte. Les intempéries jouent pour beaucoup dans les dommages causés aux berges », a-t-elle affirmé.

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