Les gestionnaires du CIUSSS démotivés

L'hôpital de Chicoutimi... (Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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L'hôpital de Chicoutimi

Archives Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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«Très démobilisant, on a l'impression d'être comme des condamnés et compter le temps qu'il nous reste à travailler.»

Le jugement est lapidaire, mais ne fait que recouper les commentaires recueillis dans le cadre d'un sondage réalisé par l'Association des gestionnaires des établissements de santé et des services sociaux du Québec (AGESS) auprès de ses membres. Dans la région, 124 des 295 gestionnaires du nouveau Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) ont rempli ce questionnaire et, surtout, formulé des dizaines de commentaires particulièrement abrasifs sur le sentiment qui prévaut dans cette nouvelle structure.

Selon le directeur général de l'association, Yves Bolduc, le taux de réponse dépasse très largement les résultats obtenus dans des exercices similaires. Ce qui traduit selon sa lecture de la situation un grand désarroi chez les gestionnaires qui vivent des situations anormales. Au Québec, 2534 des 6700 membres de l'association ont pris le temps de répondre au questionnaire, en plus de rédiger pas moins de 145 pages de commentaires sur les situations qu'ils vivent.

«La situation est encore plus difficile dans les grandes régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Nous savons maintenant que tout le transport qui se fait pour se rendre dans les établissements hypothèque le temps familial de nos membres. Quand une personne est à Chicoutimi et doit participer à une réunion à Dolbeau à 8h le matin, c'est certain qu'elle va partir à 6h30 et le gouvernement n'accorde pas de temps supplémentaire. Il a même coupé la semaine de reprise de temps qui était en vigueur. On estime que pour plusieurs, c'est au moins un ajout de 300 heures de travail par année qui ne sont pas rémunérées», insiste Yves Bolduc.

Les cadres ont aussi des défis qui seront pratiquement impossibles à relever malgré toute la bonne volonté du monde. Ce sont des situations encore plus vraies dans les régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean ou la Côte-Nord. Certains gestionnaires, selon ce que constate l'association, doivent diriger des groupes de 25 à 75 employés répartis sur trois, quatre ou même cinq sites. Dans certains cas, on parle de sept ou huit sites.

«On demande à une personne de gérer des gens qu'elle ne connaît pratiquement pas et, surtout, qu'elle n'a pas l'opportunité de côtoyer sur une base quotidienne. Ça ne tient à aucun cadre théorique de gestion.

«La mise en place de la loi 10 et la fusion forcée des établissements de notre région a fait en sorte que les huit établissements de la région ont perdu tous leurs pouvoirs décisionnels, participatifs ou directionnels au profit d'un seul établissement soit disant le plus gros de la région. Leur philosophie, c'est que tout le monde fonctionnera dorénavant comme eux même si c'est géré tout croche. L'imagination et la créativité des gestionnaires sont complètement anéanties et mises de côté. Le ''power trip'' des gestionnaires du plus gros s'étend dans toutes les sphères des différents départements du nouveau CIUSSS au grand désespoir de nous tous», écrit un cadre qui considère que l'Agence de la santé et l'hôpital de Chicoutimi ont littéralement pris le contrôle du nouvel hôpital régional.

Ce dernier renchaîne en soulignant que «la démotivation est grande et ne va pas en s'améliorant, nous n'avons plus aucune minute pour nous rencontrer et ventiler ensemble, je parle ici des petites équipes présentes dans les anciens établissements. C'est complètement décourageant», écrit un autre cadre.

Dans toute la révision des commentaires formulés aux quatre coins du Québec et dans la réponse aux questions formelles, l'AGESS n'a pas relevé de réponse significative où des cadres confirmaient que la nouvelle création du gouvernement libéral et du ministre Gaétan Barrette allait produire des effets positifs pour la santé. Yves Bolduc affirme qu'aux quatre coins du Québec, ce sont des constats semblables quant à la grande désorganisation du réseau et surtout l'état d'esprit de ceux qui ont à le faire fonctionner.

Yves Bolduc entend sensibiliser le ministre de la Santé et des Services sociaux de cette situation. Malgré toute la bonne volonté des directions des CIUSSS dans les régions du Québec, il ne croit pas qu'un seul cadre supérieur ait l'audace de se lever pour oser parler de cette problématique au docteur Barrette.

Le sondage en huit points

Horaire

• Plus de 97% des répondants affirment travailler plus de 35 heures par semaine. De ce nombre, 31% travaillent entre 41 et 45 heures, 30% travaillent entre 46 à 50 heures et près de 15% travaillent plus de 50 heures par semaine.

Installations

• Près de 82% des répondants supervisent leurs équipes dans plus de deux installations. De ce nombre, 45% des répondants ont des équipes dans plus de cinq installations.

Déplacements

• Près de 50% des répondants parcourent plus de 50 kilomètres par semaine dans le cadre de leur travail. De ce nombre, près de 34% parcourent plus de 100 kilomètres par semaine.

Plan d'organisation

• 47% des répondants affirment que leur employeur ne leur a pas communiqué de façon claire et précise le plan d'organisation (qui fait quoi).

Transparence

• 67% des répondants affirment que leur employeur a été transparent dans le processus de réorganisation administrative.

Supervision

• Plus de 58% des répondants au sondage supervisent plus de 26 employés, dont 24% qui en supervisent plus de 75.

Travail

• Plus de 70% des répondants affirment être souvent ralentis dans leur travail parce qu'ils doivent attendre que d'autres personnes aient terminé le leur.

Changements

• Près de 62% des répondants affirment que leur employeur les informe régulièrement et adéquatement des changements apportés dans l'organisation.

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