Gaétan Gauthier: le deuil de son indépendance

Gaétan Gauthier garde le sourire malgré cette épreuve... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque)

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Gaétan Gauthier garde le sourire malgré cette épreuve qui a chamboulé sa vie.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

«Ce qui fait le plus mal, ce n'est pas la douleur physique. Le plus dur, c'est d'accepter.» Gaétan Gauthier, âgé de 76 ans, a dû quitter sa maison de Sacré-Coeur, vendre sa voiture et dire adieu à son autonomie du jour au lendemain. L'homme a été amputé de sa jambe gauche, l'automne dernier. Une blessure qui refusait de guérir en raison de son diabète a forcé les médecins à procéder à l'amputation sans délai. Un choc difficile à encaisser, raconte le septuagénaire.

«Ils m'ont dit qu'ils allaient devoir la couper dans cinq jours», confie Gaétan Gauthier, lorsque rencontré cette semaine à la résidence du Fjord de Chicoutimi, où il est actuellement en convalescence.

L'homme de 76 ans souffre de diabète de type 1 depuis de nombreuses années. Il y a un an, une plaie a commencé à s'infecter sous son pied.

Pour ceux et celles qui sont atteints de diabète, chaque blessure au pied risque de ne pas se cicatriser correctement et évoluer vers une gangrène rapidement. «J'ai souffert le martyre durant huit mois. Ça me faisait tellement mal, c'était insupportable. J'ai consulté, mais ça ne donnait rien, la blessure évoluait», raconte M. Gauthier. En novembre dernier, il a été hospitalisé d'urgence, puisque la gangrène faisait ses ravages. Des ravages irréversibles, qui ont forcé les médecins à se tourner vers l'amputation. «Ils m'ont dit qu'ils pouvaient couper jusqu'au genou, mais qu'ils devraient sûrement m'amputer le reste de la jambe plus tard. J'ai dit de me la couper au complet tout de suite», explique le septuagénaire.

Accepter la réalité a été le plus difficile pour M. Gauthier. «La guérison a été douloureuse, mais tolérable. Ce qui est le plus dur, c'est se rendre à l'évidence que notre vie ne sera plus jamais pareille. J'étais autonome, je bougeais beaucoup. Je chassais. J'avais une maison, une auto. J'ai dû tout quitter. Maintenant, il faut que je m'habitue à devoir demander de l'aide. Il faut que je me rende à l'évidence que je ne serai plus jamais indépendant», confie-t-il.

«L'un des premiers matins, à l'hôpital, je me suis levé pour aller à la salle de bain. Je n'ai pas pensé qu'il me manquait une jambe et je suis tombé au sol. C'est ce genre de petite chose qui est dur. Il faut tout réapprendre. À mon âge, ce n'est pas facile», raconte Gaétan Gauthier.

Les médecins lui ont demandé s'il avait des pensées suicidaires. «Non, je leur ai répondu que c'était trop d'ouvrage! Je n'ai jamais pensé mourir», ajoute l'homme, qui garde d'ailleurs le moral malgré cette épreuve.

Membre fantôme

Comme bien des personnes amputées, les premiers temps ont été difficiles physiquement. Le syndrome du fameux membre fantôme a touché Gaétan Gauthier. «J'avais froid au pied au début. Je demandais des couvertures de plus à l'hôpital, mais les infirmières se rendaient bien compte que je ne pouvais pas geler du pied pour vrai! C'est une sensation étrange de sentir un membre qu'on n'a plus. Parfois, ça donne des coups et ça tire, mais ça se calme avec le temps», ajoute le sympathique septuagénaire.

Atteint de diabète de type 1, avait-il déjà songé qu'il pourrait un jour être confronté à l'amputation? «Non, je ne pensais pas à ça. Ç'a été vraiment un grand choc lorsque les médecins me l'ont annoncé», a confié M. Gauthier, qui, heureusement, peut compter sur l'aide de sa soeur et des enfants de celle-ci. «Sans eux, c'est sûr que je serais devenu fou.»

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Gaétan Gauthier garde le sourire malgré cette épreuve qui a chamboulé sa vie.

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En chiffres

  • 5 à 10% des diabétiques doivent subir une amputation.

  • Le diabète augmente de 15 fois le risque d'amputation des membres inférieurs (orteil, pied ou jambe).

  • Près de 70% des amputations concernent des personnes atteintes de diabète.

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