Vivre avec une phobie

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Patricia Rainville
Le Quotidien

Environ 90% des gens souffrant d'une phobie ne consulteront jamais. Mais, pour certains, la peur devient tellement handicapante qu'ils n'auront d'autres choix que de se tourner vers la thérapie ou la médication.

La phobie sociale, la peur de vomir, la peur des clowns, la peur des araignées, celle de l'avion et celle du sang font partie des phobies les plus fréquentes.

«Lorsque la personne s'isole, s'empêche de faire ses activités quotidiennes ou est freinée par la peur dans le cadre de son travail, c'est là que la thérapie est envisageable. Presque toutes les phobies peuvent être traitées. Et j'en ai vu de toutes les couleurs dans mon bureau au cours de ma pratique», explique le psychiatre Jean Hébert.

Une phobie n'est pas nécessairement la conséquence d'un grave traumatisme, explique le Dr Hébert.

«J'ai traité une femme qui avait eu un accident de voiture il y a 10 ans. Elle n'avait pas été blessée, mais l'impact avait été violent. Dix ans plus tard, elle a été victime d'un petit accrochage, mais au cours des jours suivants, elle a développé une phobie de la conduite hivernale. Elle était paralysée, était obsédée par la température. Elle est ensuite tombée dans un état dépressif et elle songeait au suicide. Elle vivait en quelque sorte un choc post-traumatique, 10 ans en retard», raconte le psychiatre. Dans ce cas précis, la prise d'antidépresseurs a été nécessaire.

«J'ai aussi rencontré un homme qui avait une phobie alimentaire. Il a mangé des hamburgers durant 10 ans, parce qu'il était incapable de manger autre chose. Un autre avait une phobie de la sexualité. Il était marié, mais n'avait pas fait l'amour depuis 30 ans. La peur d'être chauve est une phobie aussi très répandue chez les hommes. Certains vont acheter tous les produits imaginables pour éviter de perdre leurs cheveux. J'ai également traité un homme qui avait développé une phobie de rougir. Plus il avait peur, plus il rougissait. Il en était venu à un point où il ne sortait plus de chez lui», raconte le Dr Hébert.

Le psychiatre se souvient également d'un cas où le patient avait développé une grave phobie par rapport à ses tatouages. «Il était tatoué à la grandeur du haut du corps. Il s'était mis en tête que ses tatouages empêchaient sa peau de respirer. Il le croyait tellement qu'il tentait de les effacer avec une laine d'acier. Cet homme a finalement dû être hospitalisé et soigné avec des antipsychotiques. Mais, dans ce cas, la médication n'a pas fonctionné», raconte le Dr Jean Hébert.

Le psychiatre a d'ailleurs référé quelques cas au centre de traitement phobique de l'hôpital Louis-H. Lafontaine, à Montréal. «La plupart des phobies peuvent être traitées en une dizaine de séances de thérapie. La peur des clowns, par exemple, peut paraître ridicule vue de l'extérieur. Mais il s'agit d'une phobie très répandue. Souvent, la personne va avoir vécu un événement traumatisant durant son enfance. Ça n'a pas besoin d'être un événement très grave, mais la personne le perçoit avec ses yeux d'enfant et n'a pas été capable de se débarrasser de cette vision. Même chose avec la peur de vomir. La personne qui en est atteinte croit réellement qu'elle va mourir si elle est malade. C'est irrationnel, mais c'est une peur tellement ancrée qu'il est difficile de s'en débarrasser sans l'aide d'un professionnel», explique le psychiatre.

Il ajoute que certaines phobies naissent de l'éducation parentale, comme la peur du sang, par exemple. «Si un enfant voit sa mère avoir une peur bleue du sang ou des aiguilles, il développera fort probablement cette phobie également», indique le Dr Hébert.

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Le psychiatre Jean Hébert estime que 90% des gens souffrant d'une phobie ne consulteront jamais.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Trop peur pour avoir des enfants

Le désir de maternité de Stéphanie est compromis par sa phobie. Elle angoisse terriblement lorsqu'une personne de son entourage est atteinte de la gastro-entérite. Au simple petit symptôme nauséeux, elle avale une tisane au gingembre et des Gravol. Et elle prie que ça n'arrive pas. Stéphanie souffre d'eméthophobie, soit la peur viscérale de vomir.

«Ç'a commencé lorsque j'avais six ou sept ans. J'avais eu une bonne gastro et ma mère ne voulait pas nettoyer mon lit. C'était ''la job'' de mon père de s'occuper de ça. Dans ma tête d'enfant, ça sonnait que j'étais repoussante et j'ai associé ça à quelque chose de mal. Par contre, même une fois devenue adulte, c'est tellement ancré dans mon subconscient que j'ai de la misère à me déprogrammer, à me raisonner et me dire que ce n'est pas grave. Au fil des années, ma phobie a pris des proportions démesurées», raconte la jeune femme, qui hésite à vouloir devenir mère, craignant les nausées liées à la grossesse.

«Ma vie est devenue assez compliquée en raison de cette phobie. Enfant, je me souviens que je ressentais une profonde anxiété à la vue ou à l'idée de vomir. L'image pouvait me hanter pendant des semaines. J'ai fait un bout de thérapie déjà. Étant donné que l'éméthophobie est associée à l'anxiété généralisée, je dois aussi régler ce trouble. À la blague, on me dit souvent que ma phobie va disparaître le jour où je vais avoir des enfants. Alors, je laisse ça aller!», confie Stéphanie.

Les phobies

Il existe des centaines et des centaines de phobies. En voici quelques-unes, tantôt répandues, tantôt extrêmement rares.

Achmophobie: peur des aiguilles et des objets pointus

Ailurophobie: peur des chats

Anuptaphobie: peur du célibat

Coulrophobie: peur des clowns

Brontophobie: peur du tonnerre

Géphyrophobie: peur des ponts (ou de traverser les ponts)

Laxophobie: peur d'être pris de diarrhées impérieuses en public, en dehors de chez soi, et de ne pas arriver à se retenir

Nomophobie: peur d'être séparé de son téléphone portable

Mysophobie: peur de la saleté, de la contamination par les microbes

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