L'oeuvre de Mgr Bouchard persiste

La Maison d'accueil fêtera ses 25 ans lundi.... (Photo Le Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque)

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La Maison d'accueil fêtera ses 25 ans lundi. Elle a été fondée par Mgr Léonce Bouchard (à droite). Le nouveau directeur général, Michel Saint-Gelais, a bien des projets pour l'organisme.

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Patricia Rainville
Le Quotidien

La Maison d'accueil pour sans-abri de Chicoutimi, située sur la rue Lafontaine, fêtera ses 25 ans lundi. Au fil des ans, le visage de la pauvreté a évolué au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La demande ne cesse d'augmenter. Mais les différentes problématiques rencontrées par les intervenants n'ont pas changé.

Tout a commencé un dimanche, en 1991. Lorsque deux jeunes hommes de Joliette, en fugue, sont débarqués au presbytère de la cathédrale de Chicoutimi. Mgr Léonce Bouchard, à l'époque évêque du Diocèse de Chicoutimi, les a accueillis comme il accueillait toute personne égarée.

«C'est à partir de ça que nous avons eu l'idée de fonder la Maison d'accueil pour sans-abri. Nous aidions déjà des gens en les logeant au presbytère, mais là, nous n'avions pas de place pour héberger ces deux jeunes hommes en fugue. Alors nous avons loué un petit appartement de deux chambres, situé à Chicoutimi», se rappelle Mgr Léonce Bouchard.

«Ça allait bien. Mais, rapidement, nous avons dû déménager, car la demande augmentait», a affirmé Mgr Bouchard, lorsque rencontré cette semaine par Le Progrès-Dimanche.

La Fondation Léonce Bouchard s'est ensuite installée dans une maison louée près du Foyer Val-Racine, située sur le boulevard Saguenay. L'organisation a rapidement manqué d'espace. Un autre déménagement s'est effectué, cette fois dans une maison de Chicoutimi-Nord. Mais la présence de sans-abri ne faisait pas le bonheur du voisinage. «Nous avons finalement été expulsés», raconte Mgr Bouchard. Encore une fois, la Maison a élu domicile dans le centre-ville de Chicoutimi. Mais c'est finalement en 1998 que l'organisation a déniché la maison de la rue Lafontaine. Depuis, la ressource n'a pas bougé.

La Maison d'accueil pour sans-abri de Chicoutimi affiche... (Photo Le Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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La Maison d'accueil pour sans-abri de Chicoutimi affiche pratiquement toujours complet.

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Qui sont-ils ?

Le bénéficiaire type? Un homme âgé d'environ 35 ans, qui souffre de problèmes de santé mentale et qui consomme. Certains ont également été incarcérés. «Les hommes attendent d'être au bout du rouleau pour demander de l'aide. Ils le font lorsqu'ils en ont plus le choix. Personne ne veut aboutir ici», affirme le nouveau directeur général de la Maison d'accueil pour sans-abri, Michel Saint-Gelais.

«En 25 ans, je n'ai jamais vu quelqu'un qui a décidé de devenir itinérant», ajoute Mgr Bouchard. «Ces personnes qui décident de vivre dans la rue, parce qu'elles en ont assez de la société, c'est une exception qu'on ne rencontre pas ici», affirme Michel Saint-Gelais.

Présentement, 21 lits sont disponibles à la maison. Ils sont pratiquement tous occupés. Le Pavillon Augustinien, situé dans le centre-ville de Chicoutimi, propose également quelques places, pour ceux qui sortent d'un séjour à la Maison d'accueil et qui ont besoin de reprendre leur autonomie. Ce pavillon avait été fermé en 2014, faute de budget. Il a été rouvert au début du mois de mars.

Un léger surplus

D'ailleurs, les années de misère de la Maison d'accueil semblent être chose du passé. Alors qu'un déficit de 100 000$ avait été accumulé au fil des dernières années, l'entrée en poste d'une nouvelle direction a permis une restructuration.

«Nous allons finir avec un léger surplus. Lorsque je suis arrivé, en septembre dernier, nous avions de l'eau jusqu'au nez. Aujourd'hui, nous sommes capables de respirer par la bouche. Ça va mieux, la ressource n'est plus menacée. Mais nous avons dû effectuer plusieurs coupes», explique Michel Saint-Gelais.

La prochaine mission de l'organisation? Offrir des lits de sevrage à ceux qui débarquent intoxiqués par la drogue ou l'alcool.

«Présentement, nous devons refuser les personnes intoxiquées, puisque plusieurs de nos bénéficiaires sont en sevrage. Nous n'avons pas d'endroit pour eux. Mais, éventuellement, j'aimerais offrir un espace dédié au sevrage, parce que je déteste devoir refuser quelqu'un. Ce serait la pire chose de refuser un homme et d'apprendre qu'il ensuite est décédé dans un banc de neige», conclut le directeur général.

La Maison d'accueil propose 21 lits.... (Photo Le Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque) - image 4.0

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La Maison d'accueil propose 21 lits.

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Encore trop de préjugés

Un sondage publié au début de l'année révélait que 50% des Québécois avaient une opinion négative des assistés sociaux. Selon le directeur général de la Maison d'accueil pour sans-abri de Chicoutimi, Michel Saint-Gelais, les préjugés face à la santé mentale, à la consommation et à la pauvreté sont toujours bien présents au sein de la société. Et il y a encore beaucoup du travail à faire pour y mettre fin.

«Les assistés sociaux et les sans-abri ne rapportent rien à la société. Le gouvernement ne s'en soucie pas. Et la population encore moins. Les gens pensent que les itinérants et les assistés sociaux le sont parce qu'ils sont paresseux, alcooliques ou toxicomanes. Qu'ils se retrouvent à la rue parce qu'ils n'ont rien fait pour s'en sortir. C'est ça, l'opinion populaire. Très peu de gens ont pitié de ces personnes», se désole Michel Saint-Gelais.

«Les gens ont peur de l'itinérance, puisqu'ils ne comprennent pas. Les hommes qui arrivent ici ont tout perdu. Ils ne font plus confiance à personne, puisqu'ils ont été rejetés partout où ils sont passés. Nous devons les réapprivoiser pour qu'ils s'en sortent. C'est ça, notre rôle», affirme M. Saint-Gelais.

Les voisins de la maison de la rue Lafontaine ont longtemps été méfiants. «Lors de notre ouverture, nous avons dû rencontrer les voisins. Certains croyaient que nous hébergions des violents et des violeurs. Ç'a été long, mais nous avons fini par être tolérés. Mais les préjugés sont encore bien ancrés et ils sont difficiles à briser», ajoute le fondateur de la Maison d'accueil, Mgr Léonce Bouchard.

Comparativement au début des années 1990, de plus en plus de jeunes se présentent à la ressource. «Plusieurs d'entre eux sortent des centres jeunesse, vivent libres quelques mois, mais n'arrivent pas à s'en sortir seuls. Au début, nous ne voyions pas non plus des cas lourds de santé mentale, puisque ces personnes étaient prises en charge par les institutions. Disons que le portrait a changé au fil des ans et que la demande est en constante augmentation», explique Mgr Bouchard.

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