Boues rouges: un comité demande des audiences du BAPE

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Le Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable (CCVD) demande au ministre du Développement durable, David Heurtel, que le projet d'expansion du site d'entreposage des boues rouges de Rio Tinto Alcan (RTA) fasse l'objet d'un processus d'examen environnemental par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), en raison de l'ampleur des travaux qui seront réalisés et de leurs impacts à long terme sur la qualité de vie des citoyens.

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Christian Lemieux, Hélène Savard et Lana Pedneault du Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable demandent au ministère du Développement durable du Québec de tenir des audiences publiques sur le projet d'expansion du lac de bauxite de RTA.

Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

Le comité a déposé cette demande au ministre Heurtel le 29 mars en la justifiant par l'empressement dont le conseil de Saguenay semble faire preuve pour la modification au zonage des terrains ciblés. Une première étape sera franchie lundi lors de la prochaine séance du conseil municipal.

Rappelons que RTA envisage l'aménagement d'un troisième site d'entreposage de ses résidus de bauxite sur un terrain zoné parc et espace vert sur une superficie de 1,1 km carré au coeur du boisé Panoramique. De plus, une usine de filtration des boues est envisagée dans le même secteur afin d'entreposer annuellement 1 million de tonnes de boue rouge, et ce, jusqu'en 2047, année prévue de la fermeture de l'Usine Vaudreuil.

Lana Pedneault, présidente du comité, Christian Lemieux, vice-président et trésorier, et Hélène Savard, responsable des affaires juridiques et réglementaires, poursuivent leurs démarches afin d'aider RTA à développer une alternative viable et durable afin de protéger à la fois les emplois et la population dans le cadre de ce projet. Des rencontres et des correspondances ont eu lieu avec le Comité consultatif d'urbanisme (CCU) le 23 novembre dernier, avec le ministère du Développement durable, le Conseil régional de l'environnement et autres organismes ainsi qu'avec le maire Jean Tremblay, des conseillers et élus provinciaux ou leurs représentants. De plus, un groupe de travail mixte composé de 18 membres incluant des représentants de RTA et six citoyens du comité demeurant dans les secteurs limitrophes du site (Panoramique, Côte Réserve, Arvida, Saint-Jean-Eudes) a tenu cinq rencontres jusqu'à maintenant. Une autre rencontre avec le CCU était prévue le 19 avril.

Or, de l'avis de Mme Pedneault, il y a du sable dans l'engrenage puisque dans le cadre des travaux du groupe de travail, il avait été entendu avec le service d'urbanisme de Saguenay que le processus d'amendement au zonage serait suspendu en attendant que le travail de ce groupe et du CCU soit terminé. À la grande surprise des membres, le groupe a appris qu'un avis de motion serait déposé lundi pour modifier le zonage du boisé panoramique.

La présidente du groupe affirme que la surprise est d'autant plus grande que RTA n'a pas terminé l'étude d'impact environnemental et sur la santé qu'elle a commandée à une firme d'ingénierie, ce qui soulève de grandes inquiétudes sur la façon dont Saguenay entend piloter le dossier. Cette inquiétude est d'autant plus justifiée, selon Mme Pedneault, que plusieurs conseillers municipaux ignorent tout du dossier qui pourrait affecter jusqu'à 20 000 citoyens de la ville. «La Ville veut faire passer le boisé Panoramique d'une zone parc et espace vert à zone industrielle sans qu'il n'y ait d'étude d'impact déposée, sans attendre les recommandations du CCU et du comité de travail mixte. On trouve que ce n'est pas très respectueux envers les citoyens et même RTA», affirme Mme Savard.

Le CCVD est conscient que dans ce dossier, 1000 emplois sont en jeu et que la pression est forte pour réaliser le projet, sauf que d'autres considérations doivent être analysées. Selon Mme Pedneault, bien des interrogations demeurent sans réponse puisque RTA prévoit l'amoncellement de boue asséchée contenant de l'arsenic, du thorium, du plomb et de l'uranium jusqu'à une hauteur de 30 mètres. Elle ajoute que l'entreprise prévoit une zone tampon de 500 mètres entre les résidences et le nouveau site. Il y a lieu de se demander, selon elle, sur quelles analyses se base RTA pour déterminer que cette zone est suffisante. Les citoyens veulent savoir si les résidus de bauxite, considérés comme produits dangereux, peuvent affecter la santé des citoyens demeurant dans les zones limitrophes.

Le CCVD ne compte pas sur les élus municipaux pour faire la lumière sur l'ensemble des impacts de ce projet et c'est pourquoi ils interpellent le ministre Heurtel afin que l'ensemble du projet soit examiné sous toutes ses coutures.

Des questions légitimes, selon le ministre délégué

(Denis Villeneuve) - Le ministre délégué à l'Environnement, Luc Blanchette, considère qu'il est légitime que les citoyens posent des questions portant sur l'expansion du site de résidus de bauxite du Complexe Jonquière.

Interrogé à la suite de son passage devant la Chambre de commerce du Saguenay vendredi, M. Blanchette a indiqué qu'il disposait de bien peu d'information pour répondre à nos questions, mais a mentionné qu'il est nécessaire aujourd'hui d'avoir une population et des entreprises soucieuses de préserver l'environnement.

Le député de Rouyn-Noranda a présenté à son auditoire formé d'une cinquantaine de personnes un survol de la nouvelle vision stratégique du développement minier du Québec qui vise entre autres à soutenir davantage les entreprises d'exploration minière, réduire les formalités administratives et les délais d'émission des claims, prévenir et atténuer les impacts sur l'environnement des projets miniers.

Sur le sujet, Luc Blanchette a mentionné que Québec entend poursuivre les projets de restauration des sites miniers les plus problématiques (sites orphelins) en investissant 625 M$ d'ici 2022 afin de réduire de 50 % leur nombre.

Soulignons au passage que le site d'entreposage des boues routes de RTA n'est pas assujetti à la loi sur les mines puisqu'il n'y a pas d'activité d'extraction de minerai.

Le ministre Blanchette a parlé de la mise en production éventuelle de la mine d'Arianne Phosphate, un projet de 1,2 G$ en invitant la population régionale à s'y préparer en invitant les cégeps et centres de formation professionnelle à dispenser de la formation spécifique à ce secteur économique, entre autres, pour les autochtones. Le sujet a soulevé l'intérêt d'un intervenant de la Comission scolaire des Rives-du-Saguenay qui a fait part de la difficulté d'obtenir des cartes de compétence pour dispenser ces enseignements.

Par ailleurs, le ministre a fait part des efforts qu'il a déployés pour obtenir dans le cadre du dernier budget des mesures de stimulation du secteur minier, entre autres, pour l'exploration minière ainsi que des crédits pour les régions ressources. Il a ajouté que ses propositions ont été refusées.

Il a incité la direction de la Chambre à inviter plus souvent la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, et le ministre des Finances, Carlos J. Leitão, afin de faire part de leurs demandes.

«On va aider les gens»

(Jonathan Hudon) - Jean Tremblay est catégorique. Il soutiendra ses citoyens dans le dossier du projet d'expansion du site d'entreposage des boues rouges de Rio Tinto Alcan.

Appelé à commenter la situation, le maire de Saguenay a promis de tout faire en son possible pour que tout se fasse dans les règles de l'art et à la satisfaction de tous.

«On va aider les gens qui sont près du dossier, la Ville ne les laissera pas tomber, a-t-il assuré. Le député fédéral Denis Lemieux m'a confirmé qu'il allait être présent pour que personne n'ait à subir d'inconvénients.

M. Tremblay a également indiqué qu'il allait rapidement s'entretenir du sujet avec le prochain député provincial, élu le 11 avril dans la circonscription de Chicoutimi.

Pour la question du zonage qui devra inévitablement être modifié, le maire a confirmé que la question allait devoir être réglée rapidement.

Le sujet pourrait même être abordé lors de la prochaine séance du conseil municipal, ce lundi.

Recommandation du BAPE en 2011: une ceinture verte

(Denis Villeneuve) - La création d'une ceinture verte autour du Complexe Jonquière a déjà fait l'objet d'une recommandation par le Bureau d'audiences public sur l'environnement en 2011 dans un rapport déposé par la Commission d'enquête portant sur le projet de construction de l'usine AP-60.

Le Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable a fouillé dans les archives du BAPE pour constater qu'au chapitre de la réglementation municipale, le bureau affirmait que pour accroître le bien-être des populations vivant dans les secteurs environnants du Complexe Jonquière, RTA devrait entourer ses installations d'une ceinture verte. Cette ceinture devra comprendre trois zones tampons reboisées. «Il importe que cette ceinture verte soit dotée d'une protection légale à perpétuité», y lit-on. Il était même suggéré que RTA envisage la possibilité de faire un don de ces espaces à un organisme de protection de la nature qui pourrait émettre un reçu d'impôt équivalent à la valeur des terrains.

À l'époque, le BAPE avait constaté que Saguenay avait l'intention de reconnaître dans son plan d'aménagement et ses règlements ces trois zones, chose qui a été faite.

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