La retraite bien méritée de Michel Guy

Michel Guy travaillé à la fromagerie Perron de... (Photo Le Quotidien, Louis Potvin)

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Michel Guy travaillé à la fromagerie Perron de Saint-Prime pendant plus de 47 ans.

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Louis Potvin
Le Quotidien

Michel Guy en a brassé du fromage dans sa vie. Il a travaillé à la Fromagerie Perron de Saint-Prime pendant plus de 47 ans.

«J'ai commencé à l'âge de 15-16 ans durant l'été. Je travaillais déjà à la ferme de mon père, mais comme nous n'étions pas riches, j'ai commencé à travailler à la fromagerie. C'était à la vieille fromagerie, à côté d'ici», relate-t-il.

L'homme qui vient d'avoir 65 ans ne réalisait pas encore qu'il prendrait sa retraite après tant d'années passées à fabriquer du fromage, lorsque nous l'avons rencontré mercredi de la semaine dernière, veille de son dernier jour de travail. «J'ai évolué avec la fromagerie. J'ai commencé comme aide fromager avec Marius Lamontagne. Nous étions huit à neuf employés à l'époque. Aujourd'hui, nous sommes plus de 80 pour fabriquer le fromage. La technologie a beaucoup évolué, mais la technique pour fabriquer du bon fromage reste la même», souligne l'homme, les yeux pétillants.

Quand il a commencé à travailler vers 1968, Michel Guy gagnait 45 cents de l'heure. Au moment de quitter, il gagnait 18$. «Il fallait que tu sois bon avec le boss pour négocier des augmentations. À l'époque, je travaillais du matin à la noirceur et je faisais environ 45$ par semaine», se souvient-il. Il a bossé deux étés à la vieille fromagerie avant que la nouvelle soit construite.

Lors de notre visite, Michel avoue aimer encore son travail. Mais l'âge le rattrape. L'emballage des tortillons reste physique. Michel passe une bonne partie de la journée debout. Il ensache des paquets de 10 kilos de tortillons. La petite pelle qui sert à les remplir devient pesante à la fin de la journée.

Une chose dont il ne s'ennuiera pas, c'est le lavage des bassins et des équipements. «Ça ne me manquera jamais. Ça représente 80% du travail. Heureusement, ça s'est mécanisé et les produits sont plus efficaces. Quand j'ai commencé, j'avais les bras morts à la fin de la journée tant on frottait. Ce n'était pas un travail facile», souligne-t-il.

À l'époque, il séparait le fromage à la fourche et le caillage du lait se faisait à la main.

Fromage vieilli

Michel Guy a tellement d'expérience qu'il peut savoir au visuel ou au toucher si une meule de fromage vieilli est bonne ou pas. «Encore aujourd'hui, juste à l'oeil, je peux vous le dire. Ce que les nouveaux employés ne sont pas capables de faire. J'ai appris ça de Marius Lamontagne que je considère comme le meilleur fromager qui a passé ici. Lui, il ne goûtait pas au fromage. Seulement en le pressant et le manipulant dans le bassin, il savait s'il était à son goût. Il ne se trompait jamais. C'était un homme très consciencieux et perfectionniste. Je garde de très bons souvenirs de lui», mentionne-t-il.

Bien qu'il ait côtoyé Albert Perron pendant plusieurs années, l'homme l'a moins marqué que son ami fromager. «Je n'ai jamais vu Albert faire du fromage, il était dans les bureaux», se rappelle-t-il.

Selon Michel Guy, ce qui fait la notoriété du Perron est lié à la qualité constante maintenue au cours des années. «Jamais les patrons n'ont lésiné sur la qualité. L'attention que l'on porte au nettoyage et à l'hygiène permet de maintenir un fromage d'une très grande qualité.»

Michel Guy estime que quand il a commencé, le fromage était presque biologique. «Moi, je trouve que le fromage était meilleur à l'époque. Chaque producteur venait porter son lait et il y avait moins de produits dedans. Aussi, le fait d'avoir une petite production aidait à avoir un goût un peu différent d'aujourd'hui. C'était plus artisanal, le bassin dans lequel on fabriquait le fromage était tout petit», souligne-t-il.

Malgré toutes ces années à le brasser, l'homme de 64 ans n'a pas abusé du fromage en grains. «Je ne suis pas un amateur de fromage. J'aurais eu beau en manger beaucoup. Heureusement, parce que je ne fais pas de cholestérol aujourd'hui», lance-t-il en riant.

Jeudi, quand il a terminé son dernier quart de travail, à 14 h 30, il est parti en se disant que ce sont les employés qu'il côtoie depuis plusieurs années qui vont lui manquer le plus. «C'est comme une famille chez Perron. J'ai de bons compagnons de travail. Ça va faire vraiment drôle de ne plus les voir et de ne plus sentir l'odeur particulière du fromage. Ça va me manquer...», laisse-t-il tomber en regardant au loin.

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