Des failles de sécurité évidentes, selon un professeur

Khadiyatoulah Fall n'a pas été surpris lorsqu'il a... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Khadiyatoulah Fall n'a pas été surpris lorsqu'il a appris que des attentats avaient frappé Bruxelles.

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Les tristes événements qui ont frappé Bruxelles ont permis de dresser un constat: la façon de neutraliser le terrorisme radical doit être revue. C'est ce que croit Khadiyatoulah Fall, titulaire de la Chaire d'enseignement et de recherches interethniques et interculturels à l'UQAC.

« Depuis les attentats de Paris, on a vu une grande présence policière, armée jusqu'aux dents, a observé le professeur sénégalais. On a eu l'impression d'une force de frappe incroyable chez les Belges, mais au final, on se rend compte qu'il y a eu des attentats. Ça veut dire que nos stratégies de lutte et de surveillance du terrorisme ont des failles. Au-delà de la démonstration des forces de l'ordre, il faut autre chose. Ça prend un travail extrêmement serré d'infiltration de ces groupes. Si on n'a pas une collaboration de l'intérieur, j'ai l'impression qu'il va toujours être trop tard. »

De plus, les endroits visés par les terroristes n'ont rien d'un hasard pour le professeur sénégalais. Mardi, deux explosions ont retenti à l'aéroport de Zaventem, suivi d'une autre à la station de métro Malbeek, dans le quartier des institutions européennes.

« Les aéroports et les métros, ce sont des endroits où se trouvent les Belges, mais aussi des gens d'autres nationalités, a mis en valeur M. Fall. C'est dans la stratégie de dissémination des terroristes radicaux. Ils veulent frapper dans un espace limité et donner du même coup l'impression qu'ils sont en train de toucher tout le monde. C'est une manière de rayonnement de l'État islamique et du terrorisme djihadiste. »

Khadiyatoulah Fall s'attend également à ce que les radicaux ne ralentissent pas les actes de violence.

« En Syrie et en Irak, l'État islamique perd du terrain, a-t-il soutenu. J'ai donc l'impression qu'ils sont plus actifs ailleurs, par exemple, comme c'est le cas en Afrique actuellement et comme ce fut le cas en France en novembre. »

représailles prévisibles

L'arrestation vendredi dernier de celui qui a été qualifié comme étant le terroriste le plus recherché d'Europe, Salah Abdeslam, laissait présager des gestes regrettables comme ceux survenus en Belgique, mardi matin, croit Khadiyatoulah Fall. L'enseignant a fait savoir qu'à ses yeux, Abdeslam a été perçu comme un traître par l'État islamique (EI) depuis les attentats du 13 novembre 2015, à Paris.

« Il était sensé se faire exploser et il ne l'a pas fait, a expliqué le professeur sénégalais. Il a donc failli à sa tâche, il s'est dégonflé. À partir de ce moment, il était devenu un ennemi et un traître de l'EI. »

Au moment de son arrestation, Abdeslam Salah aurait collaboré avec les autorités. Un autre élément qui a poussé les terroristes à agir rapidement, estime Khadiyatoulah Fall.

« Depuis qu'il a été arrêté, j'ai l'impression qu'on s'en allait vers des représailles, a-t-il ajouté. Cela a occasionné que ses complices se sont dit qu'ils étaient cuits. Ils ont donc décidé de passer à l'action en se disant qu'ils n'avaient plus rien à perdre. Ils ont décidé de poser des gestes et de semer le bordel avec ces kamikazes. »

En lien avec les attentats de Bruxelles, Saguenay a mis les drapeaux de l'hôtel de ville en berne jusqu'à jeudi.

S'attaquer aux nouveaux mécanismes de communication

(Jonathan Hudon) - Ce n'est pas uniquement avec des fusils et une démonstration de la force qu'on peut contrer les terroristes radicaux.

Khadiyatoulah Fall indique que des ajustements doivent être apportés afin que la lutte au radicalisme aboutisse. «La sécurité en France et en Belgique, on la sent, mais on a l'impression qu'on rassure la population en leur disant que tout est fouillé et que les militaires sont partout, a-t-il expliqué. Il y a toutefois l'autre niveau, qui nous permet d'être au coeur des réseaux djihadistes. Est-ce qu'on a développé cette expertise? Pour moi, c'est le point faible.»

M. Fall ajoute qu'il est temps d'arrêter de s'attaquer uniquement aux mosquées et aux différents sites Web afin de retracer les potentiels auteurs d'actes terroristes. Les nouveaux langages de radicalisation se font entendre à d'autres endroits, selon lui.

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