«Luc nous a fait vivre un enfer»

Luc Hamel... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Luc Hamel

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«Notre fils Luc était une bombe à retardement, pis la bombe a éclaté. Mais elle n'a pas éclaté comme on aurait voulu. On nous aurait annoncé son suicide et nous n'aurions pas été vraiment surpris. Il n'a jamais été heureux avec cette maladie-là. Il aurait pu être libéré de sa maladie et de sa douleur.»

Gisèle Boudreault-Hamel et Fernand Hamel sont les parents de Luc, cet homme de 57 ans qui aurait enlevé la vie à Sandra Fortin, la semaine dernière, à Saguenay.

Le couple d'octogénaires est complètement dévasté et se demande encore aujourd'hui ce qui a pu se passer mercredi soir dernier dans une résidence de Jonquière.

En début de journée mardi, Mme Boudreault-Hamel a communiqué avec l'auteur de ces lignes. Elle n'avait pas aimé lire que son fils, s'il était reconnu coupable du meurtre au premier degré, serait condamné à la prison à vie, sans possibilité d'une libération avant 25 ans. La maman aurait préféré ne pas le lire. Et elle n'a pas apprécié, non plus, l'allusion liée au dossier de Guy Turcotte, élément qui portait sur la non-responsabilité de l'accusé.

En entrevue avec Le Quotidien, le couple Hamel a confirmé que leur enfant souffrait d'une maladie mentale. Les parents n'ont pas voulu élaborer sur cette maladie, mais ont indiqué qu'il en souffrait depuis plusieurs années.

«Ça fait au moins 30 ans que notre fils est malade. Il est suivi par des médecins et un psychiatre. Il était médicamenté. Tout au long de sa vie, Luc nous a fait vivre un enfer. Mais c'est surtout lui qui a vécu l'enfer durant tout ce temps. Il lui arrivait de nous dire que ce n'était pas facile, que nous n'avions aucune idée de ce qui se passait dans sa tête», raconte Gisèle Boudreault-Hamel.

La dame de 82 ans et son mari de près de 87 ans ont toujours tenté d'aider leur enfant. Ils avaient confiance en lui. Il n'était pas un homme violent, disent-ils. «D'ailleurs, personne n'arrive à comprendre, au sein de la famille, ce qui a pu lui prendre. Les gens sont dévastés. En apprenant ce qui s'était produit, nous nous sommes dit que ce sont ses mains qui ont tué, pas sa tête», poursuit la maman, tout en essayant de contenir ses larmes et sa douleur.

Au cours de l'entretien avec Le Quotidien, le couple n'a pas voulu excuser leur fils. Les parents disent éprouver beaucoup de peine pour les membres de la famille de Sandra Fortin.

«Je peux vous dire que nous pensons beaucoup aux membres de la famille de la dame qui est morte. On pense probablement plus à eux qu'à notre propre fils pour le moment.»

«Nous aimerions voir notre fils, mais ce n'est actuellement pas possible. On m'a dit que Luc nous a écrit une lettre. Comme il n'avait pas de papier pour le faire, il a écrit la lettre sur du papier de toilette», a mentionné Fernand Hamel.

Les parents de Luc Hamel, manifestement émotifs et secoués, ont consacré une grande partie de leur vie à lui venir en aide. L'accusé a souvent eu des emplois, mais les a perdus très rapidement lorsque ses employeurs apprenaient qu'il était médicamenté, relate sa maman. Ses parents lui ont payé son cours en éducation spécialisée au collège Mérici, mais il n'a pu travailler que durant une année.

«Il a eu de l'aide sociale durant une partie de sa vie, mais il était surveillé de près tout le temps. Le bien-être social ne comprenait pas qu'il puisse avoir une voiture. C'est nous qui lui avons payé sa dernière automobile. On payait pour son logement. Nous avons même réglé les derniers mois de son appartement (à Chicoutimi). Nous l'avons aidé toute sa vie, car on savait ce qu'il vivait», ajoute son père.

Les derniers jours ont été très difficiles pour le couple. Personne, parmi ses proches, n'a pu envisager les gestes que Luc Hamel aurait commis lors de la fatidique soirée du mercredi 16 mars au domicile de Sandra Fortin, sur la rue Laprairie, à Jonquière.

Trop tôt pour penser à la non-responsabilité criminelle

(Stéphane Bégin) - Même si Luc Hamel souffre d'une maladie mentale depuis de nombreuses années, cela ne signifie pas qu'il s'agira d'un argument de défense pour obtenir un verdict de non-responsabilité criminelle.

Me Pierre Gagnon, avocat de l'homme accusé de meurtre au premier degré sur Sandra Fortin, n'a pas l'intention de dévoiler sa stratégie de défense en prévision du procès de son client devant un juge de la Cour supérieure du Québec.

«Il est effectivement beaucoup trop tôt pour penser à la non-responsabilité criminelle. Ça prendrait des avis d'experts pour en arriver là. Avec ce que je sais, il n'est pas dit que je ne pourrais pas envisager cette avenue, mais pas pour le moment», mentionne Me Gagnon.

Il faut comprendre que le Code criminel canadien prévoit, à l'article 16, que la responsabilité criminelle d'une personne n'est pas engagée à l'égard d'un acte de sa part survenu alors qu'elle était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient incapable de juger de la nature et de la qualité de l'acte ou de savoir que l'acte était mauvais.

«Effectivement, il n'est pas automatique qu'une personne puisse être déclarée criminellement non responsable même si elle est atteinte d'une maladie mentale. Ce ne sont pas tous les troubles mentaux qui sont considérés. Il faut notamment qu'une personne ne puisse faire la différence entre le bien et le mal», d'ajouter Me Gagnon.

Celui-ci reviendra devant le tribunal le mercredi 30 mars afin de recevoir la balance de la preuve recueillie lors du travail des enquêteurs de la Sûreté du Québec.

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