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Le conseiller François Tremblay: de la culpabilité au deuil

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François Tremblay avait pris cette photo avec son père Denis lors de la campagne électorale. Ses proches lui ont offert mardi une oeuvre d'art unique de cette photo.

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L'état de choc, l'isolement, puis la culpabilité. L'incompréhension, la douleur, puis le deuil. «On ne réalise pas encore l'ampleur de la tragédie», confie le conseiller municipal et président de l'arrondissement de La Baie, François Tremblay, qui vit de durs moments depuis l'incendie de sa résidence et, surtout, la mort tragique de son père.

L'échevin a décidé de briser le silence avant de rendre, samedi, un dernier hommage à son père, Denis J. Tremblay, décédé lors du drame de la nuit du 8 mars. Il a accueilli, mercredi, à sa demande, le journaliste du Quotidien, dans une maison louée à des amis. Une rencontre émotive, où les larmes et les rires se sont succédé. Des larmes de tristesse; des rires de nostalgie.

«Ma véritable détresse, c'est le décès de l'homme de ma vie»

François Tremblay
François Tremblay a tenu à briser le silence... (Photo Le Quotidien, Julien Renaud) - image 3.0

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François Tremblay a tenu à briser le silence avant la tenue des funérailles de son père, samedi.

Photo Le Quotidien, Julien Renaud

Tout au long de cet entretien de quelques heures, François Tremblay, qui espère ainsi pouvoir vivre la célébration loin des projecteurs, s'est tenu debout, en faisant les cent pas dans la résidence, pour ventiler ses idées et ses émotions. Il a d'abord entrepris de relater les faits. Un récit douloureux.

«J'ai tenté à deux reprises d'accéder à l'étage où il vivait pour le sauver. La première fois, à mi-chemin, j'avais déjà trop aspiré de fumée. Mon cerveau m'a dit que si je montais, je ne redescendais probablement pas. C'était un choix déchirant. Je vais vivre avec ce choix, le gérer pour le reste de ma vie.»

«Je suis retourné sur mes pas pour consolider l'évacuation de mes filles et de ma conjointe. Après, j'ai essayé une deuxième fois. Je n'ai même pas pu avancer aussi loin que la première fois», relate le conseiller municipal, qui a plus tard été transporté à l'hôpital. Il avait les lèvres légèrement brûlées et avait inhalé une importante quantité de fumée.

Denis J. Tremblay est décédé dans l'incendie de... (Archives Le Quotidien) - image 4.0

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Denis J. Tremblay est décédé dans l'incendie de la résidence bigénérationnelle de la famille.

Archives Le Quotidien

Entre-temps, Loréna, sa conjointe, s'est réfugiée avec leurs filles, Rachel et Camille, âgées de 7 et 5 ans, dans la voiture. François Tremblay les a rejointes. «On a crié à Papa de sortir sur son balcon.»

«Les filles sont parties chez des amis, et les pompiers sont arrivés. Ils m'ont lancé un boyau que j'ai traîné vers la maison. J'étais en sous-vêtements. J'ai sorti mes échelles du garage et je criais que mon père était dans la maison. Puis, les ambulanciers m'ont pris en charge.»

«Toute la nuit, je revendiquais des nouvelles de Papa. J'ai eu espoir jusqu'à ce que le coroner nous confirme le décès. J'imaginais Papa, avec son sens de survie et son humour, caché dans sa douche et qui allait sortir deux ou trois blagues de son cru quand les pompiers allaient ouvrir la porte.»

Le deuil

Depuis ces tristes événements, le conseiller municipal et sa famille vivent leur deuil, isolés. «Je réalise que je vis ça à travers différentes étapes. La première a été l'état de choc. Ensuite, j'ai eu besoin de m'isoler, puis j'ai eu une phase de culpabilité. J'ai dû travailler rapidement sur mon esprit. J'avais beaucoup d'images et de scénarios qui formaient un vortex dans ma tête», partage l'échevin, qui avait acheté la résidence incendiée avec son père, en 2004, après le décès de sa mère, emportée par le cancer. Il a ensuite rencontré la femme de sa vie, Loréna, avec qui il a eu Rachel et Camille.

«Je me sentais responsable du confort de Papa, surtout depuis son diagnostic d'anévrisme de l'aorte. C'était mon soin de l'amener le plus loin possible, mais le destin a fait qu'il est décédé tragiquement dans les décombres de notre résidence», se désole l'échevin, qui ne sent pas le besoin de retourner sur les lieux. «Je n'y suis pas retourné. Je n'ai pas besoin de me tatouer ces images-là dans ma tête.»

«Avec ma mère, je n'avais pas eu de discussion finale. Je m'étais juré d'en avoir une avec mon père. C'est ce qui me fait le plus mal dans cette tragédie. L'aspect matériel ne m'a jamais affecté. Ma véritable détresse, c'est le décès de l'homme de ma vie», poursuit François Tremblay, qui avoue toutefois être défait à l'idée de perdre de précieux souvenirs.

«Ce sont plein de souvenirs qui sont effacés: la première couette des filles, la couverte dans laquelle ma maman se réchauffait quand elle était mourante. On perd nos repères. C'est incalculable la valeur de ce patrimoine familial. C'est un nouveau départ, une nouvelle vie. Il va falloir se refaire des souvenirs.»

Denis J. Tremblay n'aurait pas souffert

«Je n'ai jamais souffert, rassurez-vous, au contraire, je vois des ailes de paix qui me propulsent avec tendresse du fjord vers le bleu ciel.»

Denis J. Tremblay, le père du président de l'arrondissement de La Baie, n'a pas souffert dans l'incendie de sa résidence, puisqu'il est mort par asphyxie rapide dans son sommeil, selon les conclusions que le coroner Sylvain Truchon a partagées à la famille. D'où ces mots tirés de l'avis de décès de l'homme de 78 ans.

«Le coroner m'a dit qu'il n'avait pas senti la suite. Papa avait le souffle court et il était médicamenté», informe François Tremblay, visiblement soulagé.

Quant aux causes du brasier, elles demeurent nébuleuses, étant donné l'ampleur des dommages. Le deuxième étage, où l'incendie semble avoir pris naissance, s'est écroulé.

Néanmoins, plusieurs hypothèses ont été écartées, notamment un mégot de cigarette mal éteint (personne ne fumait) et des systèmes de chauffage défectueux (tous intacts). Un trouble électrique pourrait donc être à l'origine du drame.

Borne-fontaine

Au lendemain de la tragédie, certains médias ont affirmé que la borne-fontaine était ensevelie sous la neige, ce qui aurait retardé l'intervention des pompiers. «J'ai entendu ça dans un reportage. Le coroner l'a relevé. Un voisin aurait indiqué son emplacement aux pompiers. J'ai contacté les assurances, car je veux avoir la lumière sur les conséquences et les impacts de cet élément», a commenté François Tremblay.

Durant l'entrevue, l'échevin a lu au journaliste du Quotidien une lettre qu'il a rédigée aux services d'urgence pour les remercier de risquer leur vie avec professionnalisme.

Les funérailles auront lieu samedi

La famille de Denis J. Tremblay accueillera parents et amis, aujourd'hui, à la Coopérative funéraire du Fjord, avant de lui rendre un dernier hommage, samedi, à l'église Saint-Alexis de Grande-Baie.

Les cendres de l'ancien débardeur de l'Alcan seront exposées aujourd'hui, de 14h à 17h, puis de 19h à 21h.

Dans le feu roulant qui a suivi les événements, François Tremblay a redoublé d'efforts, malgré sa peine, pour organiser une célébration à la hauteur de l'amour qu'il portait à son père. «Les circonstances de son décès nous échappent, mais son hommage ne m'échappera pas», a-t-il affirmé, avec conviction. Le conseiller municipal rendra hommage à son père, en s'adressant aux gens rassemblés à la messe, qui sera célébrée par l'Abbé Pierre Bergeron.

«Si aujourd'hui, j'ai le privilège d'être un représentant du peuple, si aujourd'hui, j'arrive à partager des compétences avec mon prochain, si aujourd'hui, je suis ce que je suis avec une famille et un avenir, je lui dois à travers des sacrifices qu'il aura assumés pour nous. Mon père ne négociait jamais ses valeurs. Il était complètement fier de son nom, de sa vie au travail, et je vais m'assurer pour le restant de mes jours de le transmettre à mes enfants et d'honorer sa mémoire», a partagé l'échevin lors de l'entretien.

Plusieurs prestations musicales sont au menu de la célébration, avec Ève Gagnon au violon classique, le directeur de l'arrondissement Gaétan Bergeron qui interprétera Ave Maria accompagné de France Duchesne à l'orgue et les auteurs-compositeurs-interprètes Andréanne Warren et Tommy Boivin.

Ce qu'il a dit...

Sur son statut public

«Je suis pleinement conscient que je suis une personnalité publique. Je considère, avec un peu de recul, que les médias et la population ont été très professionnels et très respectueux. Je ressens l'empathie, l'amour qu'on nous témoigne, et ça nous dépasse. On réalise chaque jour en reprenant contact avec la communauté à quel point le déluge d'amour est apaisant. Dans une tragédie, le bon côté, c'est de réaliser que ce qui nous entoure nous porte et nous pousse par en avant.»

Sur le maire

«Le maire a été gentleman. Il m'a appelé à plusieurs reprises, et c'est moi qui l'ai rappelé. Il m'a dit qu'il priait pour moi et ma famille. J'ai senti sa sincérité.»

Sur son arrêt de travail

«Je veux m'assurer de prendre le temps nécessaire pour revenir en force et compléter mon mandat avec la même intensité et la même passion. Le maire et le gouvernement municipal sont avertis que je vais revenir quand je vais être disposé à réintégrer mes fonctions. Ils m'ont signifié à cet égard que j'avais la latitude de prendre mon temps.»

Sur ses filles

«Mes filles ont repris l'école lundi. Ça se passe bien. Camille et Rachel sont pleinement conscientes. Elles gèrent ça à leur manière. Les enfants ont le droit de comprendre, doivent être impliquées, mais ça demande un encadrement, une vigilance. »

Sur sa conjointe

«Loréna, dans toute cette histoire, est véritablement exceptionnelle. On réalise encore davantage à quel point on forme une équipe. Elle est solide et elle a instinctivement pris en charge le volet logistique pour que je puisse gérer ma douleur.»

Sur les plans de la famille

«On va vivre les funérailles, notre deuil, puis on va se questionner sur notre futur. Pour le moment, notre idée est de reconstruire sur le site.»

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