Forêt: 1592 emplois vont disparaître

Que les entreprises conservent ou non la norme... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Que les entreprises conservent ou non la norme FSC ne changera pas l'enjeu environnemental, selon l'économiste Gilles Bergeron.

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L'adoption de politiques gouvernementales visant à compléter le réseau d'aires protégées et à préserver le caribou forestier correspondrait à une réduction de la possibilité forestière d'un million de mètres cubes et à la disparition de 1592 emplois au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il s'agit de l'une des conclusions de l'étude menée par l'économiste Gilles Bergeron de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et Nancy Gélinas de la faculté de foresterie de l'Université Laval, pour le compte du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Ce million de mètres cubes pourrait doubler si Québec accepte de répondre intégralement aux exigences de la certification du Forest Stewardship Council (FSC).

En terme d'impact économique et selon les ratios utilisés par le ministère des Forêts - qui sont de 200$ le mètre cube -, la perte pour l'économie régionale atteindrait 200 M$ par année, incluant les salaires et les revenus gouvernementaux provenant de la récolte.

Le document intitulé Évaluation de l'impact social et économique de la mise en oeuvre des exigences du Forest Stewardship Council sur le territoire de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean était grandement attendu. Il permet, selon l'économiste Gilles Bergeron, d'établir un portrait précis du secteur et surtout de mesurer les impacts spécifiques à l'économie régionale des différents enjeux que le secteur doit négocier.

«Ce sont les impacts qui se produiront si rien n'est fait pour atténuer les enjeux identifiés ou les décisions qui seront prises», reconnaissent les deux professeurs. Quant à l'application de la norme FSC, l'impact précis n'a pu être évalué, mais il ne sera pas supérieur à deux millions de mètres cubes.

À la limite, ont convenu les auteurs en conférence de presse, la simple application des mesures gouvernementales en forêt publique fera mentir le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui s'est engagé à ne pas sacrifier «un emploi pour un caribou». Le lien entre la réduction de la possibilité forestière et les emplois est une équation indiscutable.

Que les entreprises conservent ou non la norme FSC ne changera pas l'enjeu environnemental, selon Gilles Bergeron. La région sera toujours exposée aux pressions des groupes environnementaux et de toute la problématique autochtone. Il devra donc y avoir, selon les chercheurs, un dialogue pour en arriver à des consensus sur la récolte forestière qui est à la base de tout ce secteur industriel.

Les petites municipalités touchées

La grande particularité de cette étude, reprend Gilles Bergeron, est qu'elle permet d'identifier clairement les communautés qui devront composer avec les conséquences économiques de la réduction de la possibilité forestière. Il s'agit d'un chapelet de petites municipalités principalement situées dans les deux MRC du nord du Lac-Saint-Jean.

Les chiffres utilisés pour mesurer les impacts sur l'emploi diffèrent de ceux du gouvernement du Québec. Selon Gilles Bergeron, pour la structure économique régionale, il est plus réaliste de parler d'une perte de 159 emplois par tranche de 100 000 mètres cubes de bois, contrairement au ratio utilisé par Québec qui est de 300 emplois par 100 000 mètres cubes.

Dans le cadre de cette étude, les intervenants ont rencontré les représentants des différents groupes environnementaux. Selon Nancy Gélinas, les représentants de ces groupes ne croient pas à des conséquences aussi importantes pour les communautés forestières. «Ils avancent que d'autres emplois vont compenser dans des domaines reliés à la forêt, mais on ne parle pas d'emplois de même niveau», explique la géographe qui croit que ces emplois de remplacement ne permettront jamais de compenser la totalité des pertes.

Nonobstant les impacts découlant des contraintes de la norme FSC et des enjeux environnementaux, les deux professeurs affirment que l'industrie régionale fera l'objet d'une nouvelle phase de consolidation. La capacité de production régionale dépasse la capacité forestière. Il y aura donc, selon Gilles Bergeron, des arbitrages à faire entre les communautés.

Les auteurs recommandent donc déjà au gouvernement la mise en place d'un plan fédéral provincial pour compenser les pertes économiques découlant de la réduction forestière, la réalisation d'une évaluation par le forestier en chef d'une étude sur l'impact de la protection des forêts intactes et, finalement, l'amélioration des connaissances économiques associées à tout ce secteur industriel pour les régions du Québec.

Réactions

Jean-Pierre Boivin, Alliance forêt boréale

Le préfet de la MRC Maria-Chapdelaine et représentant d'Alliance forêt boréale, Jean-Pierre Boivin, accueille avec satisfaction les résultats de l'étude menée par les professeurs Gilles Bergeron et Nancy Gélinas qui confirment les risques importants associés à une réduction de la possibilité forestière pour la région et plus spécifiquement pour les communautés forestières du Lac-Saint-Jean.

« Nous avions besoin de connaître le portrait régional. Cette fois, ce sont des chercheurs indépendants. Ils n'ont pas de lien avec le gouvernement, Résolu ou les groupes environnementaux. Ce sont des chiffres crédibles qui sont sur la table et qui démontrent que nous avions raison de nous inquiéter », indique le préfet qui a été parmi les premiers à connaître les conclusions de l'étude.

Il rappelle que les deux éléments mesurés par les chercheurs ne forment pas le tableau complet des enjeux auxquels l'industrie est confrontée. L'ensemble du portrait mérite selon lui que l'on prenne très au sérieux les recommandations des auteurs. « Les impacts de FSC et des politiques d'aire protégée sont maintenant bien chiffrés pour la région. On doit ajouter les inconnues découlant de la surtaxe sur le papier surcalandré qui coûte 30 M$ par année pour deux usines de la région. On va aussi passer par une autre négociation sur le bois d'oeuvre résineux », a conclu le préfet.

On peut toujours discuter sur les ratios d'emplois et autres détails, ajoute-t-il, mais on ne peut plus nier l'évidence voulant qu'il y ait un prix élevé à payer à une réduction de la possibilité forestière régionale.

André Tremblay, CIFQ

Le président du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), André Tremblay, juge que les résultats de l'étude de Bergeron et Gélinas permettent à l'organisme qu'il dirige de maintenir ses demandes historiques quant à la possibilité forestière.

« Pour nos membres, il n'est pas question d'accepter de nouvelles réductions de la possibilité forestière. Les chiffres confirment que ces réductions ont un impact important pour l'emploi et l'économie », a-t-il déclaré d'entrée de jeu.

Une fois que cette position est rappelée, André Tremblay juge pertinent de travailler à mettre en place des moyens qui vont permettre de soutenir la possibilité forestière à son niveau actuel. « On a la démonstration directe des conséquences qu'il faudra assumer si nous ne sommes pas en mesure de maintenir notre possibilité forestière. »

Tout comme le préfet Jean-Pierre Boivin, André Tremblay affirme que l'on peut avoir des opinions différentes sur les ratios utilisés pour évaluer les pertes d'emploi et économiques. Il ressort malgré tout que ces pertes sont majeures pour le Québec et plus spécifiquement la région.

Ce dernier a été agacé par le titre du communiqué, Une foresterie durable, un défi important pour le développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean. André Tremblay rappelle aux auteurs de l'étude que la loi qui encadre les opérations forestières porte le nom de la Loi sur l'Aménagement durable des forêts...

Laurent Lessard, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, qualifie « d'éclairage intéressant » le rapport publié mercredi sur l'évaluation des impacts des différentes politiques gouvernementales et des exigences FSC en matière de protection de l'environnement sur la possibilité forestière.

Pour le ministre, le fait que le rapport porte sur une seule région lui confère un caractère novateur. La publication de cette étude ouvre maintenant la porte à une série de décisions du gouvernement du Québec visant à rencontrer les obligations internationales pour le réseau des aires protégées ainsi que la protection du caribou forestier.

« Ce rapport confirme que le gouvernement est sur la bonne voie et que nos discussions avec l'organisme de certification ne pourront qu'augmenter sa compréhension de la réalité forestière du Québec. Nous avons déjà pris des mesures qui vont dans le sens de certaines de ces recommandations et nous entendons en annoncer d'autres, dont la publication prochaine d'un plan d'action pour la protection du caribou forestier et un appui à l'innovation pour que les entreprises forestières soient plus à même de répondre aux nouveaux besoins du marché », a déclaré le ministre.

Cette déclaration donne une bonne indication sur la très forte possibilité que le gouvernement du Québec présente dans le cadre de son budget jeudi un important volet sur le secteur forestier québécois.

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