Russel-Aurore Bouchard déchaînée contre le registre

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L'historienne Russel-Aurore Bouchard

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Normand Boivin
Le Quotidien

Le registre des armes à feu que veut implanter le gouvernement du Québec repose sur deux prémisses complètement fausses, plaide l'historienne Russel-Aurore Bouchard, dans le mémoire rédigé en prévision de la commission parlementaire sur la loi 64 qu'elle a rendu public mercredi.

Au premier chapitre, elle attaque le taux de suicide qui, selon les données compilées par le sociologue Charles Côté, n'a pas baissé depuis l'adoption du défunt registre fédéral en 1995, mais a plutôt continué d'augmenter.

«C'est vrai que, selon les statistiques, il y a eu un certain fléchissement au début des années 2000. Mais c'est en raison d'une directive envoyée aux coroners qui changeait les critères définissant un suicide», a invoqué Mme Bouchard devant le Cercle de presse du Saguenay.

Ainsi, illustre-t-elle, le fait de se tirer une balle dans la tête, de s'accrocher au bout d'une corde ou de vider un flacon de pilules ne suffit plus pour déterminer qu'il y a bel et bien eu suicide. La démarche et l'intention de mourir s'ajoutent, ce qui fait, selon l'historienne, que plusieurs suicides autrefois répertoriés n'entrent plus dans cette catégorie même si, selon toutes vraisemblances, la personne a bel et bien posé l'ultime geste.

«Ce changement eut donc pour effet de porter au compte de la mortalité accidentelle de véritables suicides, sous prétexte que le suicidé n'avait pas manifesté de façon suffisamment explicite son intention de s'enlever la vie avant de poser son geste fatal; ou encore de les assimiler à des cas de mortalité attribuables à la maladie, sous prétexte que le suicidé était trop perturbé mentalement pour être tenu responsable de ses actes», écrit Mme Bouchard dans son mémoire, citant Charles Côté.

Déchaînée à plusieurs reprises, Russel-Aurore, qui a promis de mourir les bottes aux pieds même si elles sont aujourd'hui à talons hauts, a fait flèche de tout bois pour dénoncer l'intention gouvernementale. Elle a attaqué le puissant lobby féministe, clamant haut et fort que non seulement elle n'en faisait pas partie, mais qu'elle était contre, car il s'agit d'un mouvement radical, ainsi que la classe politique au grand complet qui ne représente plus les intérêts des électeurs, mais ne sert que ceux d'un gouvernement au service de Montréal. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'elle a renoncé à soumettre sa candidature à l'élection partielle dans Chicoutimi, comme elle l'avait laissé entendre au départ.

«Je n'irai pas cautionner ce parlement qui tente d'annihiler le peuple fondateur du Québec, et c'est pour ça aussi que je vais annuler mon bulletin de vote», dit-elle, refusant de se laisser séduire par les propos de la candidate libérale Francyne T. Gobeil, qui a laissé entendre qu'elle pourrait voter contre le registre si elle est élue.

«Elle va s'écraser comme une pancarte électorale», a statué l'historienne, juste avant que le premier ministre Philippe Couillard annonce qu'il refusera le vote libre à sa députation (voir autre texte).

Polytechnique

Sur le drame de 1989 à Polytechnique, qui est le fer de lance de plusieurs tenants du registre, Mme Bouchard rappelle les conclusions du coroner qui s'est attardé davantage à la lenteur de l'intervention policière pour expliquer l'ampleur du carnage, que par le type d'arme utilisé.

En outre, les pressions venant des corps policiers pour l'implantation du registre tiennent davantage, selon elle, de la dérive totalitaire visant à désarmer le peuple fondateur qui, s'il en est un, est pourtant le plus pacifique du Canada. Pour illustrer «l'errance» des autorités à ce sujet, Russel-Aurore Bouchard rappelle que le registre ne s'applique pas aux nations autochtones, qui par ailleurs peuvent se procurer les armes sans suivre de cours de formation, alors que celles-ci sont particulièrement touchées par des problèmes de violence.

Selon Mme Bouchard, invoquer le marquage d'une arme pour protéger les policiers est un non-sens, comme le démontre le triste événement de Lac-Simon où un policier a été abattu même s'il savait qu'il y avait plusieurs armes à l'intérieur de la résidence. «Dans ces communautés autochtones, où la violence faite aux femmes et aux enfants relève carrément de l'épidémie, va-t-on étendre le bras de la loi 64 et exiger l'enregistrement des armes d'épaule? Poser la question, c'est y répondre.»

L'historienne promet de ne jamais se soumettre au registre si jamais Québec l'adopte. Elle vendra plutôt ses armes à perte, comme elle le fit en 1995. Elle soutient d'ailleurs que plusieurs chasseurs acquièrent armes et munitions dans d'autres provinces canadiennes depuis qu'un registre québécois hante l'actualité, et que ceux-ci se promettent de ne jamais les enregistrer au Québec.

Couillard n'autorisera pas de vote libre

(Presse Canadienne) - Le gouvernement n'autorisera pas le vote libre de ses députés pour la création du futur registre des armes à feu, a fait savoir le premier ministre Philippe Couillard mercredi.

Il ne s'agit pas d'un cas de conscience, a tranché le chef libéral pour clore le débat et resserrer les rangs dans ses troupes. Au cours des derniers mois, l'opposition au projet de registre des armes à feu a pris de l'ampleur, notamment parmi les chasseurs et collectionneurs qui ont manifesté et fait pression auprès de députés libéraux, mais aussi péquistes.

Cependant, les élus libéraux devront au final adhérer à la position du gouvernement qui veut faire adopter son projet de loi, a laissé entendre M. Couillard, pour qui un vote libre sur cet enjeu serait inapproprié. La ligne de parti sera donc imposée.

« Le vote libre, c'est réservé à des questions exceptionnelles », a-t-il déclaré dans une mêlée de presse avant de se rendre à la séance du caucus libéral.

« On se souvient de la loi sur les soins de fin de vie, a-t-il évoqué en exemple. Ce sont vraiment des questions morales, très profondes, très personnelles, où des questions spirituelles ou religieuses également entrent en jeu. Je pense que c'était tout à fait approprié de faire un vote libre sur des questions semblables (les soins de fin de vie), mais pas sur des questions de politique gouvernementale. »

Le projet de loi 64 sur l'immatriculation des armes à feu a été déposé, les consultations commencent mercredi prochain, mais le premier ministre a ainsi déterminé d'emblée le sort du futur registre.

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