Miser sur l'aluminium de spécialité

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Étienne Jacques, chef des opérations Métal primaire, lance un appel à l'ouverture d'un dialogue constructif avec les leaders et décideurs régionaux.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Dans le nouveau contexte mondial du marché de l'aluminium, où le creux de vague est appelé à devenir la normalité, Rio Tinto (RT) entend tirer son épingle du jeu en misant sur la production des aluminiums de spécialité offrant une marge bénéficiaire supérieure, un marché de 14 millions de tonnes en pleine croissance.

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Plus de 125 membres de la Chambre de commerce du Saguenay s'étaient déplacés, mardi, pour entendre les propos d'Étienne Jacques sur la situation mondiale du marché de l'aluminium.

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Face à cette nouvelle réalité qui nécessite une optimisation et une plus grande flexibilité des opérations, Étienne Jacques, chef des opérations Métal primaire, lance un appel à l'ouverture d'un dialogue constructif avec les leaders et décideurs régionaux. La démarche vise l'atteinte d'objectifs communs comme le prolongement de la vie utile de l'usine Vaudreuil avec son site d'entreposage des résidus de bauxite, le futur décret portant sur la gestion des berges du lac Saint-Jean et la négociation de nouveaux contrats d'approvisionnement en électricité avec Hydro-Québec.

Conférencier invité devant 125 membres de la Chambre de commerce du Saguenay, mardi, Étienne Jacques a tracé un portrait réaliste du nouveau contexte mondial du marché de l'aluminium. Il a mentionné que les producteurs doivent composer avec une reconfiguration complète du marché qui provoque la fermeture de nombreuses alumineries à travers le monde. Dans le même temps, la demande de métal gris est en croissance et les prix baissent. Une situation qui est complètement paradoxale d'un point de vue économique. Selon lui, 33% de la production mondiale d'aluminium se fait à perte présentement et, si le prix de la tonne atteignait 1400$, 75% des usines mondiales tourneraient à perte.

Ces bouleversements sont provoqués par la Chine. Ces dernières années, elle a développé la plus grosse industrie de l'aluminium au monde avec une capacité de 25 millions de tonnes, devenant non plus un importateur d'aluminium, mais plutôt un exportateur, comme la Russie et le Moyen-Orient. Le ralentissement économique de la Chine, qui avait connu des croissances annuelles de son PIB de 10% à 12% et qui effectue un retour à des taux de 5%, ajoute de la pression. «Nous sommes dans un autre monde. En anglais, ils disent "the new normal" et il faut maintenant évoluer dans cette nouvelle normalité», a mentionné M. Jacques.

Trois atouts

Face à la situation, RT a décidé d'adopter une nouvelle stratégie reposant sur trois atouts précis. Le premier touche le marché. RT vise à répondre, entre autres, aux besoins des marchés nord-américains qui importent près de 1,9 million de tonnes d'aluminium d'outre-mer, notamment les industries de l'automobile et du transport.

Le second concerne la qualité de la main-d'oeuvre, le parc d'usines performantes ainsi qu'un accès à l'hydro-électricité permettant de produire l'aluminium le plus vert au monde, un atout qui n'est pas encore monnayable, confie M. Jacques.

Le patron de RT dans la région a indiqué que l'entreprise continuera de réduire ses coûts d'opération comme elle l'a fait en 2015 avec une réduction de 20%.

Désormais, RT ne veut plus être une compagnie de production de gueuses et de gros volume et elle entend produire des alliages spéciaux et du métal à haute pureté pour l'aéronautique, des tiges pour l'industrie des fils et des câbles, des billettes pour la construction de portes, fenêtres, lingots de laminage, «T» de fonderie pour la production de roues et pièces moulées et «T» de refonte.

«Nous avons mis en opération l'usine Petit Lingot Saguenay où l'on coule de petits lingots pour l'industrie automobile. Nous sommes devenus agiles, créatifs, dynamiques. On n'est plus dans le "rough" que n'importe qui peut faire. On est dans le produit à valeur ajoutée qui demande de l'expertise», affirme M. Jacques.

Mieux se connecter à la région

Étienne Jacques juge normal que Rio Tinto (RT) fasse l'objet de critiques de temps à autre puisqu'elle tente de jouer deux coups à l'avance pour assurer son avenir dans un climat économique de plus en plus complexe.

Toutefois, il croit que la population régionale et l'entreprise doivent mieux se connecter afin de dégager des consensus sur les objectifs à atteindre.

M. Jacques a rappelé qu'en 2015, l'entreprise a annoncé des investissements de 315 M$ visant à consolider les opérations de ses usines régionales et le développement de nouvelles technologies comme la plateforme AP44 à Alma, des études pour l'augmentation de l'Usine Laterrière, la réfection du four Riedhammer de Grande-Baie et les centrales d'Énergie Électrique, sans compter la mise en place du Centre opérationnel aluminium contrôlant plus de 3000 cuves d'électrolyse en Amérique du Nord et en Europe.

« Il devient plus difficile de faire comprendre qu'on veut jouer deux coups d'avance. Il est plus difficile de faire comprendre que ça va bien. Il y a des éléments de déconnexion entre ce qu'on vise à long terme et la réalité sur le terrain. »

Il a cité en exemple le projet d'expansion du site d'entreposage des boues rouges qui nécessitera un investissement de 250 M$ et qui permettra à l'usine Vaudreuil de fonctionner jusqu'en 2047. « Pensez-y! On offre quelque chose pour 25 ans. »

Il a précisé qu'en 90 ans d'exploitation du site actuel, aucun incident conduisant à des catastrophes n'a été signalé dans les annales même si la rivière Saguenay a pris des couleurs rougeâtres à deux reprises.

Avec le nouveau contexte de l'industrie de l'aluminium, M. Jacques soutient que plusieurs régions du monde se battent pour conserver leurs alumineries et il souhaiterait que Vaudreuil et le dossier des berges deviennent un enjeu collectif et une ambition pour la région. « Il faut se donner une vision qu'on partage et un leadership qui nous réunit. »

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