Il faut faciliter la pratique des médecins étrangers

Le docteur François Brochet, chef du Service de... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

Agrandir

Le docteur François Brochet, chef du Service de radio-oncologie de l'hôpital de Chicoutimi

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La pratique des médecins d'origine étrangère ayant une bonne formation devrait être facilitée au Québec, estime le docteur François Brochet. Français d'origine, il a lui-même pu obtenir son droit de pratique plus rapidement pour mettre en place le service de radio-oncologie de l'hôpital de Chicoutimi, dans les années 1980, alors que la plupart des personnes atteintes de cancer dans la région devaient traverser la Réserve faunique des Laurentides pour obtenir des soins.

Des critères de sélection doivent cependant être établis, estime-t-il. «Tout le monde n'a pas le même niveau de formation, pointe celui qui demeure dans la région depuis 1983 (voir autre texte), lors d'une entrevue accordée au Quotidien. [...] Mais si les gens ont une bonne formation, aux États-Unis ou en France, par exemple, même si ce sont des étrangers, je crois qu'il faudrait leur faire passer des examens pour faciliter les choses.»

Dans un camp de bûcherons

Comme à bien d'autres médecins, la situation difficile de médecins d'origine syrienne relatée en début de semaine par Radio-Canada a rappelé au docteur Brochet la triste situation de collègues étrangers qu'il a connus dans la région.

«Je pense à un chirurgien-oncologue cambodgien, formé en France, qui a fui le Cambodge et le régime de Pol Pot dans les années 80. Dans la région, il a seulement pu obtenir un emploi d'infirmier dans un camp de bûcherons, raconte-t-il avec regrets. Ça m'avait un petit peu choqué de voir cela, à une époque où on manquait énormément de gens.»

Il constate que la situation demeure encore difficile pour plusieurs médecins d'origine étrangère, tandis que les besoins de spécialistes sont criants dans plusieurs hôpitaux.

«On manque de médecins, c'est indéniable. [...] Dans plusieurs régions, on manque de médecins dans plein de spécialités. Il faudrait ouvrir un petit peu, en regardant le cursus des gens. Je connais des médecins maghrébins formés en France, par exemple, qui ont tous une bonne formation.»

En fonction du curriculum vitae de chaque personne, un processus d'évaluation plus rapide, en procédant à des entrevues ou à des stages d'évaluation, par exemple, pourrait permettre à la société québécoise de bénéficier de l'expertise de médecins qualifiés, estime-t-il. «Il ne faut pas ouvrir à n'importe quoi, mais il ne faut pas fermer n'importe comment.»

La pratique des médecins d'origine étrangère ayant une bonne... (Photo 123RF) - image 2.0

Agrandir

Photo 123RF

La contribution du Dr Brochet, un exemple

Le Québec ne devrait pas se priver de l'expertise de médecins étrangers qualifiés, selon le cardiologue à la retraite Yves Savard. La contribution du radio-oncologue français François Brochet dans la région en est un exemple qu'il aime rappeler.

Le docteur Yves Savard se souvient très bien lorsqu'il a entrepris des démarches, dans les années 80, pour que la région puisse bénéficier des services d'un radio-oncologue. Il avait alors ciblé le docteur François Brochet, qui oeuvrait alors en coopération française pour développer des départements de radio-oncologie aux quatre coins du globe.

Au début des années 80, le service de radiothérapie de l'hôpital de Chicoutimi, doté d'équipements désuets, avait été fermé. Des autobus étaient alors nolisés pour transporter vers Québec les personnes souffrant de cancer, souligne le cardiologue.

«De temps en temps, on avait un médecin en itinérance qui venait, mais nous avions besoin d'un spécialiste», se rappelle le Dr Savard, lors d'un entretien téléphonique avec Le Quotidien.

«J'ai entrepris des démarches auprès du Collège des médecins. À ce moment, le service se développait à Québec et la compétition était forte pour obtenir des spécialistes», ajoute celui qui a oeuvré pendant sa carrière à l'hôpital de Chicoutimi.

Le docteur François Brochet souhaitait s'établir à Chicoutimi. Mais pas question pour le spécialiste qui a oeuvré en Tunisie, au Sénégal et à l'île de La Réunion, de passer une longue période en évaluation. «Je leur ai dit que je voulais bien venir, mais que j'ai deux doctorats, et que je ne referais pas d'examens!» lance en riant le Dr Brochet.

Permis restrictif

Après une évaluation à l'hôpital Notre-Dame de Montréal, il a rapidement obtenu un permis de pratique restrictif.

Son permis de pratique l'autorisait à pratiquer sa spécialité uniquement à l'hôpital de Chicoutimi.

Il s'est alors chargé de mettre sur pied le Service de radio-oncologie qui compte aujourd'hui 60 employés et des équipements à la fine pointe de la technologie. «Nous avons maintenant un service de radio-oncologie qui est très bien structuré», insiste le cardiologue Yves Savard.

Étonnamment, il a ensuite fallu 25 ans pour que le chef du Service de radio-oncologie de Chicoutimi obtienne son «vrai diplôme» du Collège des médecins du Québec.

«Mon histoire est un peu particulière, car c'était une urgence, précise le docteur Brochet. Par la suite, j'ai dû faire renouveler mon permis restrictif chaque année, en joignant un chèque de 2500$ au Collège des médecins, en plus de ma cotisation annuelle, jusqu'en 2008». Il a pu bénéficier à ce moment de la Reconnaissance sur les qualifications professionnelles entre la France et le Québec pour obtenir son droit de pratique de façon permanente.

Médecins étrangers dans la région

Le recrutement, le traitement des dossiers et les demandes de médecins d'origine étrangère et autres professionnels de la santé sont traités par Recrutement santé Québec (RSQ), qui collabore avec différents organismes et ministères.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région n'intervient pas dans ce processus, précise Karine Gagnon, agente d'information au CIUSSS. L'organisation ne dispose pas, dans ses listes de professionnels, de données sur leur provenance ni sur le nombre de médecins d'origine étrangère accueillis au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le RSQ n'a pas rendu l'appel du Quotidien cette semaine.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer