Exploitation forestière: la limite nordique conservée

Depuis plusieurs années, l'industrie réclamait que la limite... (Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens)

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Depuis plusieurs années, l'industrie réclamait que la limite nordique soit repoussée, car elle considérait qu'il était possible d'y faire de l'exploitation forestière.

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Louis Potvin
Le Quotidien

La limite nordique pour pratiquer des activités forestières ne sera pas repoussée. Un comité d'experts a réalisé une étude scientifique qui a permis d'identifier tous les secteurs à risque.

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Sur cette carte, la limite nordique de 2002 apparaît en noir. Les zones rouges sont les secteurs où il est impossible de faire de l'exploitation forestière. Les jaunes sont celles jugées sensibles et les vertes admissibles.

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Les seuls nouveaux endroits où de l'exploitation forestière pourrait se faire se situent au nord de Natashquan et dans le secteur des Montagnes Blanches, situé au nord du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les résultats de cette étude qui a pris près de 10 ans à se réaliser ont été partagés à une centaine de personnes du domaine forestier cette semaine à Québec, dans le cadre des colloques du Service canadien des forêts. Depuis plusieurs années, l'industrie réclamait que la limite nordique soit repoussée, car elle considérait qu'il était possible d'y faire de l'exploitation forestière. Cette étude vient contrecarrer leur volonté.

«On peut constater que les gens qui avaient tracé une limite nordique en 2002 sont tombés pas mal juste. Avec cette étude, la science appuie la prise de décision de gestion du ministère», a mentionné Jean-Pierre Saucier, directeur à la recherche forestière au ministère de la Forêt de la faune et des Parcs.

Ce dernier informe donc que c'est le ministère qui décidera ultimement s'il y a de nouveaux secteurs ajoutés à des Unités d'aménagement forestier (UAF). Selon les conclusions de l'étude, il n'y a pas vraiment de nouvelles zones surprises. Les quelques-unes déterminées comme «exploitables» sont déjà sur le radar du ministère pour les décréter «aires protégées».

«Sur la Basse-Côte-Nord, c'est plus le volet économique qui va entrer en jeu. Le bois sera peut-être trop loin à aller chercher pour que ça soit rentable. Aussi, il n'est pas facile de construire des routes dans ce secteur et de trouver une manière de transporter le bois vers les usines, car la route arrête à Natashquan», a soulevé Sylvie Gauthier, chercheuse au Service canadien des forêts.

Montagnes blanches

Pour ce qui est du secteur des Montagnes blanches situé au nord de Dolbeau-Mistassini, comme il est très sensible parce que les groupes environnementaux considèrent qu'il s'agit d'une forêt intacte qui devrait être protégée, c'est le ministre qui prendra la décision s'il y aura des coupes forestières ou non.

Le groupe de travail n'a pas déterminé le nombre d'hectares qui serait disponible pour l'exploitation forestière.

Les chercheurs ont basé leur analyse sur quatre critères. Le premier était les contraintes physiques, c'est-à-dire la qualité du sol et l'accessibilité du territoire. Le deuxième; le potentiel de productivité des secteurs. Un seuil de 50 mètres cubes de bois à l'hectare et des tiges de plus de 70 décimètres cubes de diamètre a été déterminé. En troisième lieu, l'indice des dangers de feu de forêt a été pris en compte. Finalement, les dangers sur les habitats, la biodiversité et tout particulièrement sur le caribou forestier ont été considérés. Ce critère n'a pas eu plus d'incidence que les autres dans le rejet des zones exploitables.

Au total, 482 000 km2 ont été analysés. De cette superficie, 68% sont considérés comme disponibles pour de la coupe forestière.

Parmi les recommandations, en plus de celle de demander de modifier la limite nordique, le comité demande que des stratégies d'aménagement soient faites dans certains secteurs sensibles pour qu'ils deviennent plus productifs. Et pour les territoires qui s'ajoutent, réaliser une cartographie plus poussée pour valider la vraie capacité forestière.

Cette carte montre la progression de l'épidémie en... (Photo courtoisie) - image 2.0

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Cette carte montre la progression de l'épidémie en 2006.

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Cette carte montre l'ampleur qu'avait pris la tordeuse du bourgeon de l'épinette en 2015.

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Une arme pour la prochaine épidémie de tordeuse

La prochaine épidémie de tordeuse du bourgeon de l'épinette pourrait être évitée grâce à une nouvelle façon de faire, développée par des chercheurs du Service canadien des forêts. Celle actuellement en cours va poursuivre sa progression encore quelques années.

«Pour l'épidémie actuelle, il est trop tard. Les zones infestées vont doubler notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Nous avons réussi jusqu'à maintenant à freiner la progression au Nouveau-Brunswick, mais l'ampleur de l'épidémie dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie risque de sauter dans cette province», informe le chercheur Jacques Régnière rencontré à ses bureaux de Québec.

Ce spécialiste de cet insecte ravageur de la forêt boréale pense avoir l'outil pour combattre la tordeuse. Un programme de recherche de 18 M$ a permis de faire des interventions hâtives et préventives dans des zones jugées sensibles au Nouveau-Brunswick. Bien que la tordeuse soit très présente à quelques dizaines de kilomètres au Québec, l'épidémie n'a pas réussi à s'instaurer dans la province voisine. «On a analysé les modèles de déplacement et comment se développe l'épidémie. En s'attaquant au point chaud, on réduit le nombre de tordeuses et les prédateurs naturels font leur travail et prennent le dessus. Les bébés des migrants du Québec sont tués dès leur arrivée au Nouveau-Brunswick. On évite ainsi que le nombre d'individus soit trop élevé pour favoriser l'épidémie», explique-t-il.

30 000 hectares ont été traités l'an dernier au Nouveau-Brunswick et on prévoit arroser 60 000 hectares en 2016.

Une carte permet de voir clairement la présence de l'insecte au Québec alors qu'il est presque qu'absent dans la province voisine.

C'est donc des insecticides qui sont épandus dans des zones très ciblées qui permettent d'empêcher la propagation. Aussi, une phéromone a été pulvérisée à titre de projet-pilote, Jacques Régnière n'est pas persuadé que cette méthode qui consiste à mélanger les mâles est réellement efficace.

La tordeuse parcourt des centaines de kilomètres

Jacques Régnière croit que si la méthode développée récemment avait été connue en 2006 quand un foyer d'infestation a été localisé sur la Côte-Nord, l'épidémie aurait probablement pu être évitée.

«Il faut empêcher les papillons de voyager. Nous avons découvert qu'ils peuvent parcourir des distances de plus de 100 kilomètres en 24 heures», informe-t-il.

Une station météo a enregistré en 2013 sur ses radars le déplacement de trilliards de papillons de la Côte-Nord vers le Bas-Saint-Laurent. «Il pensait que c'était des nuages, or c'était une nuit sans nuages. Il s'agissait d'une immense nuée de papillons. Le phénomène a été observé par des citoyens de Rimouski», a mentionné un autre chercheur, Louis De Grandpré qui s'intéresse au dommage que pourrait causer la bestiole à l'épinette noire.

On retrouve même une vidéo sur YouTube démontrant la présence innombrable de papillons.

Il est très difficile de stopper l'épidémie quand elle est amorcée, surtout qu'un papillon transporte 200 oeufs. Le taux de reproduction est donc effarant.

Des craintes pour l'épinette noire

Les spécialistes de la tordeuse du bourgeon de l'épinette craignent que les changements climatiques poussent le ravageur à s'attaquer à l'épinette noire.

«Pour l'instant, les dommages ne sont pas encore importants. Par contre, on voit une évolution de la tordeuse encore plus vers le nord et on remarque que l'épinette noire commence à être défoliée», explique le chercheur en écologie forestière Louis de Granpré du Service canadien des forêts.

Si jamais la tordeuse s'attaque plus férocement à l'épinette noire, il s'agirait d'une catastrophe pour l'industrie forestière. En effet, cette essence de bois est très prisée pour ses propriétés de résistance. Comme sa croissance est lente, si une population était dévastée par la tordeuse, la régénération serait très longue.

Actuellement, la tordeuse s'attaque principalement au sapin pour sauter ensuite sur l'épinette blanche. Ce qui sauvait jusqu'à maintenant l'épinette noire c'est que l'éclosion des bourgeons se fait deux semaines plus tard que le sapin et l'épinette blanche. Un temps suffisamment long pour que la tordeuse meure de faim entre le temps d'attente.

Par contre, les changements climatiques et une possible adaptation de la tordeuse inquiètent. «Ce que l'on craint c'est qu'elle s'adapte au cycle de l'épinette noire. Comme les étés sont plus chauds, la tordeuse monte vers le nord. Elle rencontre plus d'épinettes noires sur son chemin. Pour l'instant, l'éclosion tardive des bourgeons l'empêche de causer trop de dommages», mentionne le chercheur.

Des tests sont faits dans le secteur de Valcartier. On chauffe artificiellement une parcelle de forêt et on introduit de la tordeuse pour voir comme elle se comporte avec l'épinette noire. Les résultats de cette expérimentation seront connus plus tard.

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