Adieu à un jeune homme enjoué

Mille policiers, parents, amis et dignitaires étaient réunis... (Photo La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Mille policiers, parents, amis et dignitaires étaient réunis pour rendre un dernier hommage à Thierry Leroux.

Photo La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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Thierry Leroux a été amené à son dernier repos lors d'une cérémonie empreinte d'émotions, vendredi après-midi, à la cathédrale de Chicoutimi. De nombreux policiers, dignitaires, invités et membres de sa famille se sont unis pour assister aux funérailles civiques du policier tué il y a deux semaines, à Lac-Simon.

Vers 13h15, le cortège, composé de 450 policiers, a quitté la Zone portuaire, sous le son des tambours, en direction de l'édifice religieux. Le corbillard transportant le cercueil de l'agent de 26 ans mort en service le 13 février fermait la marche. Il a été transporté à l'intérieur de la cathédrale par huit policiers de la Sûreté du Québec. Un agent tenait la casquette du jeune agent tout au long du protocole.

Les proches de la victime se sont ensuite joints au déploiement, avant de pénétrer à l'intérieur de la cathédrale pour une cérémonie de deux heures. Les médias n'étaient pas admis dans l'enceinte.

Environ 1000 policiers venus d'un peu partout au Canada ont tenu à être présents pour rendre un dernier hommage à leur collègue. Des agents de New York se sont même déplacés.

Au cours de la messe présidée par le curé Jean Gagné, les témoignages touchants se sont succédé. Le père de Thierry Leroux, Michel, et son frère cadet, Steffan, lui ont rendu un vibrant hommage, tout comme quelques-uns de ses amis et autres membres de la famille. Tous ont parlé d'un jeune homme enjoué et généreux qui pensait avant tout à aimer.

«Tu as été un enfant merveilleux et doté d'une grande gentillesse, a décrit le paternel. Tu ne voyais aucune malice dans ton prochain. Tu me disais: ''apprends à connaître les gens et tu verras qu'il y a du bon en chacun d'eux''.»

La compagne de vie de Thierry Leroux a également fait preuve de courage en prenant la parole.

«Aujourd'hui, c'est une journée incroyablement difficile, car je suis obligée de te dire au revoir, a affirmé Joannie Vaillancourt, la gorge nouée par l'émotion. Tu es et seras toujours le grand amour de ma vie.»

«Tu pourras toujours compter sur moi mon frère, nous devons nous protéger en tout temps, a pour sa part témoigné Steffan Leroux. Je ne pourrai plus jamais te protéger comme nous nous l'étions promis, car tu nous as quittés beaucoup trop tôt. Chaque matin j'enfilerai ton gilet pare-balles, ton ceinturon, tes bottes et ta casquette pour veiller sur notre famille.»

Au quart de tour

Se déroulant par un temps froid pimenté d'importantes bourrasques de vent, la cérémonie organisée par la Sûreté du Québec a respecté l'horaire prévu. Une bonne partie du centre-ville de Chicoutimi a été fermée à la circulation toute la journée. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, tenait à être présent pour cette journée. Il était notamment flanqué du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Le député libéral dans Dubuc, Serge Simard, était présent, tout comme le député péquiste dans Jonquière, Sylvain Gaudreault, et celui de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier. Le gouvernement fédéral était représenté par le débuté libéral Denis Lemieux, élu dans le circonscription de Chicoutimi-Le Fjord aux dernières élections.

Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a assisté aux obsèques, ainsi que le chef du conseil de bande de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique. D'autres personnalités publiques et politiques étaient également sur place.

Rappelons que Thierry Leroux est mort dans l'exercice de ses fonctions le 13 février à Lac-Simon. Il avait été mortellement atteint lors d'une intervention. Le jeune policier était originaire d'Amos, mais il a étudié en Techniques policières au Collège d'Alma. Il habitait à La Baie en compagnie de sa conjointe et ses parents demeurent à Chicoutimi. Avec la Presse Canadienne

Le premier ministre Philippe Couillard et le ministre... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Le premier ministre Philippe Couillard et le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux étaient présents.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Ce qu'ils ont dit

«Je suis venu ici avec mes collègues de l'Assemblée nationale pour exprimer au nom de tous les Québécois notre chagrin, nos sympathies à cette belle famille et également notre reconnaissance envers tous les hommes et les femmes au Québec et ailleurs qui consacrent leur vie au service des autres et à la protection de nos sociétés. Que ce soit dans les forces policières, d'armée ou de sécurité, on leur doit beaucoup de reconnaissance et d'appréciation. Souvenons-nous en dans les moments plus difficiles. Nos pensées sont avec la famille. C'est une famille qui est très proche et on sent beaucoup d'affection entre eux et d'amour. J'ai regardé à maintes reprises la photo du jeune homme et j'ai remarqué un sourire ouvert, un sourire franc et rempli d'espoir. Malheureusement, sa vie se termine, mais il laisse derrière lui beaucoup d'amour.» 

- Philippe Couillard, premier ministre du Québec

«On est ici avant tout pour exprimer nos sympathies à la famille et en même temps, de souligner le travail exigeant et difficile que font les policiers à travers tout le Québec au service des autres.»

- Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique

«On connaît bien le père qui était directeur de l'usine d'Alcan à Alma. On tenait à exprimer toute notre solidarité. C'est un jeune de chez nous, un jeune qui a été formé au Collège d'Alma et la cérémonie a été extrêmement émouvante.»

- Alexandre Cloutier, député péquiste dans Lac-Saint-Jean

Les funérailles ont été présidées par le prêtre... (Photo fournie par la Sûreté du Québec) - image 3.0

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Les funérailles ont été présidées par le prêtre Jean Gagné.

Photo fournie par la Sûreté du Québec

Homélie du prêtre Jean Gagné

«Il n'y a pas de plus grand sacrifice que de donner sa vie pour protéger celle de son prochain.» Voilà les paroles de Michel, le père de Thierry. Paroles qui rejoignent l'enseignement de Jésus, qui vient de nous dire «qu'il ne peut pas y avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis». Dans ce passage d'évangile, Jésus nous livre ce que Dieu souhaite pour le monde. C'est là ce qu'il y a de plus cher à Dieu, mais aussi pour lui-même. Car lorsque nous lisons les évangiles, nous ne pouvons que constater qu'il «a accordé à l'amour la première place dans les relations avec Dieu et avec les autres personnes». N'est-ce pas là un enseignement qui décrit de belle façon ce qu'a été Thierry. Car comme ses amis me l'ont partagé, «Thierry, c'était Thierry». Cette expression renforce l'idée que Thierry était le même en famille, avec sa conjointe, avec ses amis (es), avec ses collègues de travail et avec les gens qu'il rencontrait.

Thierry était ce gars enjoué, positif, énergique. Il ne portait pas de masque. Il était lui-même. Il ne cherchait pas à être en avant. Mais il était là, bien présent pour sa famille et ses amis (es). Pour sa famille et ses amis (es), il aurait déplacé ciel et terre. Il était là, à l'écoute des gens. Il était également, de ce que j'ai entendu de ses parents, un homme qui aimait rire. Ce rire, au dire de sa mère Christine, il l'a eu dès sa naissance. Et son père Michel de renchérir en disant qu'il était contagieux.

Thierry n'avait que de bons liens avec tout le monde. Les témoignages entendus au début de la célébration en sont une belle illustration. Pensons à ces liens développés avec ses parents, son frère Steffan avec qui il avait développé une belle et profonde complicité. Pensons à cette belle relation qu'il avait avec Joannie, sa conjointe. Pensons à vous ses amis, ses consoeurs et confrères de travail. Thierry est de ceux qui possédaient des qualités de coeur exceptionnelles. Pour reprendre une belle expression de son beau-frère Nicolas, il était un être d'exception.

Ses parents nous ont rappelé que dès son jeune âge, Thierry caressait le rêve de devenir policier. Son oncle Roger nous a fait mention que le métier de policier comporte des dangers, mais il le savait et l'avait accepté. Non pas par goût du risque ou pour prouver sa bravoure, mais parce qu'il croyait fermement que c'était un travail utile, qu'il pouvait venir en aide aux autres et ultimement protéger ceux qui en ont besoin. Il savait aussi que ce métier n'en est pas un où la reconnaissance et la gratitude du public ou des médias sont souvent présentes, loin de là. Celle de sa famille, de ses amis et de ses confrères lui suffisait. Le don de soi et le sens de la famille, voilà une autre très belle qualité.

Michel, son père, me disait que la passion de Thierry de devenir policier est vite devenue une vocation. Qui dit vocation, dit don de soi, abnégation, dévouement.

Dans un article paru dans le journal La Presse + en date du 17 février dernier, Mme Nathalie Gravel écrivait, et je cite:

«Porter l'uniforme policier, c'est accepter de s'effacer au profit du rôle que la société nous confère. Au coeur de cet engagement, le serment de service s'ancre fondamentalement dans ce contrat social entre le policier et sa collectivité: protéger et servir.

«En d'autres termes, bien qu'on intervienne avec et grâce à ce que l'on est comme personne, les intérêts, les envies, les préférences et les priorités personnelles doivent rester au vestiaire. Lorsque vous revêtez votre uniforme, vous devenez la société que vous protégez et servez. Voilà à la fois une haute responsabilité et un immense privilège social, lourds de conséquences et de risques sécuritaires.»

Ce que Mme Gravel mentionne met grandement en valeur le travail du corps policier. C'est avec une grande fierté que Thierry portait l'uniforme. Il ne le portait pas par prestige, mais par «vocation», par appel à servir tout citoyen dans le besoin. «Porter l'uniforme», c'était également «porter l'honneur». Il l'a fait avec toute la dignité que vous lui connaissiez. Thierry a porté l'uniforme et l'honneur de façon honorable et respectueuse.

Aujourd'hui, les funérailles civiques de Thierry nous permettent de rendre hommage à un jeune homme de 26 ans qui avait à coeur de servir. À travers lui, vous me permettrez d'ajouter que c'est à tous les corps policiers que nous rendons également hommage.

Jean Gagné, prêtre

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