Bagotville pourra récupérer ses CF-18

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Le commandant de la Base de Bagotville, le colonel Darcy Molstad.

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Normand Boivin
Le Quotidien

L'arrêt des bombardements contre le groupe armé État islamique en Syrie aura un effet positif à Bagotville, qui pourra ainsi récupérer les trois chasseurs qui participaient aux frappes.

«Ça fera plus d'avions disponibles pour l'entraînement de nos pilotes», a expliqué le commandant de la 3e Escadre, le colonel Darcy Molstad. Sur le plan des budgets, ça ne changera pas grand-chose puisqu'au moment du retour des aéronefs, la base militaire entreprendra sa nouvelle année financière. Quant au personnel, le colonel Molstad précise que la quinzaine de militaires de Bagotville déployés au quartier général de l'opération Impact au Koweït devraient rester en poste pour assurer un support logistique à la coalition. Il rappelle que trois appareils canadiens, le Airbus servant au ravitaillement en vol des bombardiers ainsi que deux avions de patrouille Aurora, continueront de participer à la mission.

Actuellement, ce sont des pilotes de Cold Lake qui participent aux bombardements devant prendre fin le 22, mais ils devaient être relevés par ceux de la 3e Escadre de Bagotville en avril. Ça ne se fera pas. Depuis le début des frappes, en octobre 2014, les pilotes des deux bases de chasseurs alternent sur le terrain tous les six mois.

Fier

Cela dit, le commandant Molstad est fier du travail accompli par les CF-18 canadiens qui ont bombardé avec succès plus de 300 cibles. «Je suis fier de la performance de nos pilotes là-bas. Nos avions sont équipés d'excellents systèmes qui permettent des frappes précises, évitant les pertes civiles.»

Celui qui a pris le commandement de Bagotville le 17 juillet n'a pas d'état d'âme face aux propos du premier ministre Justin Trudeau, qui a choisi de privilégier dorénavant la formation des militaires sur le terrain par l'envoi de soldats des forces spéciales, plutôt que de continuer les bombardements.

«Une guerre ne se gagne pas que dans les airs ni au sol. Ça prend les deux. Le Canada a jugé que les forces aériennes sont suffisantes sans la présence des CF-18 canadiens et a choisi dorénavant d'envoyer plus de troupes au sol», a simplement indiqué le commandant.

Ce dernier n'a pas non plus exprimé de préférence sur le type d'avion qui devra remplacer la flotte vieillissante de chasseurs-bombardiers canadiens, eut égard à la décision d'Ottawa de retourner en appels d'offres.

Rôle du Canada

«Avant d'en arriver là, il faudra que le Canada décide du rôle qu'il voudra jouer à l'avenir. Aura-t-on besoin d'avions pour tout simplement défendre l'espace aérien canadien, pour mener des missions de bombardement comme la Syrie, ou pour participer à la Troisième Guerre mondiale? Il faudra aussi déterminer quel niveau de risque le Canada sera prêt à faire courir à ses pilotes. Peu importe l'avion qu'on aura, il faudra qu'il corresponde à ce que nous aurons décidé de faire», a prudemment indiqué le commandant, pour ne pas s'aventurer sur le terrain politique.

Interrogé quant à savoir si on pourrait revenir à l'époque précédant l'arrivée des CF-18, où le Canada disposait de plusieurs types d'appareils pour répondre aux différentes missions, le colonel Molstad a admis que ce pourrait être une solution, mais qu'il y a un coût opérationnel rattaché à ça.

Acquérir, par exemple, une vingtaine de F-35 pour mener des attaques où la furtivité est essentielle et compléter la flotte avec des CF-18 Super Hornet pour patrouiller le Canada serait moins cher à l'achat, mais impliquerait des coûts de formation supplémentaires pour le personnel qui aurait à composer avec des aéronefs différents.

Cela dit, les CF-18 pourront servir jusqu'en 2025, permettant l'arrivée progressive des nouveaux appareils.

«Nos CF-18 ont été modernisés et sont aujourd'hui des avions de quatrième génération. Ce sont d'excellents chasseurs et remplissent de façon adéquate les missions qui nous sont confiées. La seule limite est le vieillissement de leur structure et ils sont munis de senseurs qui nous permettent de suivre la situation de près.»

Des projets pour 80 M$

Bagotville a dans ses cartons pour plus de 80 millions de dollars d'investissements. Une nouvelle, selon le commandant Darcy Molstad, qui confirme l'importance de la base de chasseurs pour l'Aviation royale canadienne et le bel avenir qui lui est promis.

D'ici un mois, on terminera la construction de 16 nouvelles unités de logement pour les militaires et on amorcera les travaux pour 16 unités supplémentaires qui seront livrées au printemps de 2017, pour des investissements de 32 millions$.

Bagotville investira 50 M$ pour la construction d'un immense hangar servant de garage et d'atelier de réparation pour les véhicules lourds qui entretiennent les pistes de l'aéroport, des outils essentiels pour une base qui doit assurer la défense aérospatiale du Canada 24 heures sur 24, 365 jours par année. L'ancien hangar de bois sera démoli. Enfin, Bagotville consacrera 5 M$ pour le réaménagement de la rampe d'accès au hangar dès cet été.

Plusieurs autres projets mijotent, mais on parle de plus long terme. Ainsi, le commandant convient qu'on ne dispose pas encore des budgets pour fournir à la 2e Escadre expéditionnaire les installations nécessaires. Également, le commandant estime qu'il faudra songer à déménager la zone d'alerte qui est trop près de la route 170.

La zone d'alerte, là où des CF-18 et leur équipage se tiennent prêts 24 heures sur 24 à décoller en cas d'urgence, présente problème depuis les attaques du 11-Septembre 2001, où on a renforcé les règles de sécurité.

À l'époque, on a érigé un immense mur sur le bord de la route 170, et le colonel Molstad convient que l'inauguration de la portion de l'autoroute qui passera au nord du quartier résidentiel améliorera la situation en diminuant le trafic de passage sur la 170. Mais ce ne sera pas suffisant pour répondre aux normes.

Bagotville aurait pu choisir d'installer une guérite sur cette portion de la route 170 pour limiter les accès devant l'aéroport, mais ce n'est pas la volonté des militaires.

«Nous souhaitons que les citoyens du Saguenay aient encore un accès facile à la base pour visiter notre musée et magasiner dans notre Canex. Nous songeons plutôt à déménager la zone d'alerte de l'autre côté de la piste 29 (au sud de l'aéroport)», a expliqué le colonel Molstad.

Retombées économiques

Bagotville, qui est la seule au Canada à maintenir deux escadres opérationnelles, compte 1500 militaires de carrière, 142 réservistes et 330 employés civils, constituant le troisième employeur de la région. Elle représente des retombées économiques de 180 M$ par année dans la région.

À cela s'ajoute l'implication caritative de ses militaires qui peuvent se vanter d'avoir amassé et redistribué 84 000$ annuellement à des oeuvres, dont 39 000$ à quatre écoles à l'occasion du Grand défi Pierre Lavoie.

Ce qu'il a dit sur...

  • Un CF-18 pour un monument à Saguenay
«Si acquérir une carcasse de CF-18 intéresse la Ville de Saguenay, cela m'intéresse aussi, car nous sommes des partenaires. Cependant, la décision ne relève pas de moi, mais d'Ottawa. C'est un dossier que je suis et je supporte, mais je n'ai pas de pouvoir là dessus.»

  • La Russie
Même si la Guerre froide est terminée, les Russes continuent de frôler nos frontières régulièrement avec leurs bombardiers Bears, et les CF-18 canadiens les accompagnent «amicalement» pour éviter toute intrusion dans notre espace aérien. Cependant, ces visites se font surtout du côté de Cold Lake et les avions de la 4e Escadre doivent sortir plus souvent que ceux de la 3e Escadre de Bagotville.

  • Les drones
Bagotville entretient de bonnes relations avec le Centre d'excellence des drones à Alma, à qui elle prête, au besoin, une partie de son espace aérien. Le colonel Molstad affirme que les drones ne sont pas le futur, mais le présent. Il ne sait pas si Ottawa s'en portera acquéreur sous peu, mais advenant le cas, il croit que Bagotville sera fortement considérée. Selon lui, un drone, par sa capacité à tenir l'air très longtemps, peut remplir un rôle de surveillance de nos contrées nordiques.

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